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Carnet nomade
par Colette Fellous
le dimanche de 14h à 15h
Carnet nomade

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émission du dimanche 8 juin 2008
Pour Virginia Woolf et pour quelques autres



"Ce sont nos efforts pour saisir tous les aspects de la vie qui la rendent si passionnément intéressantes" écrivait Virginia Woolf. Et à son tour, en relisant le journal de Virginia Woolf, qui paraît aujourd'hui en 2 volumes chez Stock, Geneviève Brisac, dans sa préface revient sur ce même thème : "Noter, noter sans cesse, car déjà la lumière a changé, car déjà la saison a basculé, et la mémoire défaille, le détail s'est évanoui, l'électricité que l'on croyait avoir captée a disparu; La vie chatoie, elle file entre les doigts, comment faire pour la mettre dans un livre ? De cette tension, de cette concentration, de ce travail inlassable, témoignent les milliers de pages lumineuses de ses journaux intimes. Mais c'est dans le premier volume, qui court sur douze ans, de 1897 à 1909, que l'on voit se mettre en place, mot à mot, presque pied à pied, une méthode et un style."Avec Geneviève Brisac donc et plus loin, sur une autre page de ce carnet nomade, avec Roger Grenier, nous entrerons au cœur du secret et de l'immense soutien que peuvent apporter les grands textes littéraires quand ils deviennent aussi intimes que des amis. C'est le cas de Virginia Woolf pour Geneviève Brisac, et de Romain Gary, Julio Cortazar, Albert camus, Gaston Gallimard et Claude Roy, pour Roger Grenier qui, dans son livre "Instantanés" rend hommage à tant de figures inoubliables qu'il a connus et qui ont marqué l'histoire littéraire du 20 ème siècle.

Intervenants

Geneviève Brisac.  A préfacé le Journal d'adolescence de Virginia Woolf, paru aux éditions Stock.

Roger Grenier.  Auteur de Instantanés aux éditions Gallimard.





Bagages à mains

A signaler

Le premier roman de Jean Mattern Les Bains de Kiraly, à paraître en août 2008 aux éditions Sabine Wespieser.



des livres à découvrir


Virginia Woolf
Journal d'adolescence
Stock - 2008

«Je m'efforcerai d'être un serviteur honnête, soucieux de rassembler la matière susceptible d'être utile, par la suite, à une main plus experte», note la jeune Virginia Woolf, apprenti écrivain passionné déjà dévoué corps et âme à la genèse d'une oeuvre qui comptera parmi les chefs d'oeuvres du XXe siècle. Son Journal d'adolescence s'ouvre en 1897, alors qu'elle a quinze ans. L'écriture, d'emblée, s'y révèle salutaire pour la jeune fille au talent précoce. Refuge contre la douleur lorsqu'elle perd ses parents ; garde-fou contre la folie qui rôde.

Mais ce Journal est avant tout un cahier où Woolf s'applique à faire des phrases comme on fait des gammes, en se moquant d'elle-même. Et des autres, tant elle excelle à épingler d'un trait caustique visiteurs et auteurs lus. Car l'adolescente lit sans se rassasier : Aristote et Hawthorne, James et Hardy. Passant son esprit au tamis de la bibliothèque familiale, elle exerce son jugement critique et affine sa singularité propre.

Puis, au fil des années, l'apprentissage livresque se double de séjours à l'étranger. Les cahiers deviennent alors journaux de voyage, en Grèce, en Turquie, en Espagne. Loin d'y céder à la tentation d'un exotisme de convention, l'écrivain en devenir s'interroge sur la manière d'embrasser le vivant sans le figer, se plaçant déjà à rebours des canons en vigueur, des mécanismes romanesques faciles.

Au seuil de son entreprise littéraire, la grande Virginia Woolf touche déjà du doigt son génie à venir.

traduit de l'anglais par Marie-Ange Dutartre
préface de Geneviève Brisac
-4e de couverture-


Virginia Woolf
Journal intégral, 1915-1941
Stock - 2008

Virginia Woolf a quinze ans lorsqu'elle trace les premières lignes de son Journal. Après de nombreuses interruptions, elle en reprend l'écriture en 1915, et le tiendra jusqu'à son suicide en 1941. C'est l'ensemble de cette période captivante que couvre ce volume alors que ressort parallèlement son Journal d'adolescence.

Durant plusieurs décennies, elle note jour après jour ses sentiments, ses illuminations. Avec sa finesse et son humour, un art unique du portrait, elle nous fait découvrir les évolutions sociales et les errements de son époque. Elle y évoque son enfance tout comme la situation politique internationale, des débuts de la Première Guerre mondiale à l'intensification des bombardements nazis sur Londres.

Dans son Journal, Virginia commente ses lectures, élabore des théories critiques tout autant qu'elle confie ses projets littéraires, ses doutes, ses réflexions sur son travail d'écriture. Elle y inscrit les critiques des journaux ou les commentaires de ses amis sur son oeuvre. Accueillant encore la voix de son mari Leonard, qui, par endroits, annote les cahiers. Certaines idées, certains projets de romans semblent naître de l'écriture même du Journal dont la lecture permet d'approcher la genèse et le sens intrinsèque avec une justesse incomparable.

traduit de l'anglais par Colette-Marie Huet, Marie-Ange Dutartre
préface de Agnès Desarthe
postface de Frédérique Amselle

-4e de couverture-


Virginia Woolf
La Chambre de Jacob
Stock. Collection La Cosmopolite - 13 février 2008

Capter l'insaisissable, le flux du temps, telle est la préoccupation majeure de Virginia Woolf à travers son oeuvre. Dans ce troisième roman, publié en 1922, elle entend faire le portrait de Jacob, jeune britannique de petite noblesse, mort très jeune au champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Plutôt que de tenter de trouver la voix de Jacob, l'écrivain s'approche de ceux qui l'ont connu de près ou de loin, persuadée que c'est en accordant leurs visions qu'elle effleurera la complexité de ce personnage. La mère, devenue veuve très tôt, les femmes aimées, trahies, les camarades de Cambridge, qui se livrent en même temps qu'ils l'évoquent. Leurs voix se heurtent, s'interrompent, s'unissent parfois, à l'image du choc brutal que représentent la rencontre entre les êtres et leurs tentatives pour se comprendre.

La grande force de ce récit réside dans la justesse avec laquelle Virginia Woolf rend compte des sentiments, de leur inconstance, et du flot capricieux de la mémoire. Replaçant l'intimité de chacun dans un cadre plus large, naturel ou urbain, elle donne ainsi à entendre la musique des âmes, sur fond de vacarme du monde.

- 4e de couverture -

Traduit de l'anglais par Agnès Desarthe.


Virginia Woolf
L'écrivain et la vie : et autres essais
Rivages-Poche - 2008

Pour perdurer, chaque phrase doit receler, en son tréfonds, une petite étincelle de feu que le romancier, en dépit du danger, doit à mains nues extraire du brasier. Partant, sa situation est précaire. Il doit s’exposer à la vie ; il doit courir le risque d’être entraîné au loin et trompé par sa duplicité ; il doit s’emparer de ses trésors et ne pas tenir compte du rebut. Mais à un moment donné il lui faut quitter la compagnie et se retirer, seul, dans cette pièce mystérieuse où son corps s’affermit et atteint à la permanence par le biais de processus qui, s’ils échappent au critique, exercent pourtant sur lui une si profonde fascination.
Virginia Woolf

- 4e de couverture -


Virginia Woolf
Les années
Folio classique - 2008

Le temps, Virginia Woolf n'a pas d'autre sujet. Les années passent, de 1880 à 1918 et au temps présent, dans ce roman de 1937. Il raconte l'histoire d'une famille en trois générations, où tout change, conditions économiques, valeurs spirituelles et morales.

Les faits ne sont rien sans la vision, l'histoire sans le sentiment de la durée, l'extérieur sans l'intériorité. Le présent est pénétré de souvenirs, et le passage du temps marque les corps et les coeurs. Le miracle est que le lecteur se sent à chaque instant touché, englobé dans une histoire qui devient la sienne propre.

L'angoisse est la forme extrême de cette interrogation de la vie qui constitue comme la fondation du roman. Et son sujet, plus que la destinée de tel ou tel personnage, est bien la vie - la vie intérieure, bien sûr, et la contemplation.

-4e de couverture-


Roger Grenier
Instantanés
Gallimard. Coll. Blanche - 2007

"En photographie, l'instantané est le contraire de la pose. Les auteurs dont j'ai saisi ici quelques instantanés ne posent pas. Il ne s'agit ni de biographie ni d'études de leurs oeuvres. Simplement du souvenir que je garde d'eux.
On reverra Dominique Aury entourée de ses animaux favoris, Albert Camus à Combat, Julio Cortázar, aussi insolite dans sa vie que dans ses nouvelles, Gaston Gallimard quand il était un jeune homme fou de littérature, Romain Gary mon voisin de la rue du Bac, Ionesco de retour en Mayenne, son pays d'enfance, Raymond Queneau tenant dans ses bras sa petite chienne tibétaine. Claude Roy sur le pont des Arts. Et l'on entendra de nouvelles paroles de Prévert. Vingt-cinq portraits.
Tous ceux dont je parle ici, ou presque tous, je les ai connus personnellement. Et je continue à penser à eux, toujours avec sympathie et, pour quelques-uns, avec affection."
Roger Grenier

- 4e de couverture -


Julio Cortazar
Nouvelles, histoires et autres contes
Gallimard. Collection Quarto - 13 mars 2008

Les histoires de Julio Cortázar s’inscrivent dans une grande tradition classique de la littérature fantastique. Mais chez lui, contrairement à ses prédécesseurs, pas de fantômes, pas d’ambiguïté : les histoires les plus élaborées ne tendent pas vers l’abstraction, elles gardent – et c’est leur mystère – la vitalité du quotidien. Cortázar s’inscrit aussi dans la tradition surréaliste du « merveilleux quotidien », du mystère de la réalité qu’il est réservé au poète de percer derrière les apparences, dans un état de rêve éveillé ou de transe. Il est ce voyant qui extrait l’insolite de la banalité, l’absurde de la logique, le prodigieux de l’ordinaire. L’extrême dépouillement du style ne peut qu’ajouter à l’illusion de la facilité. Ces histoires si simples à lire atteignent un sommet de la sophistication : l’alliance imprévisible du jeu, de la folie, de la poésie et de l’humour.

Edition établie par Sylvie Protin

Traduit par Laure Guille-Bataillon, Karine Berriot, Françoise Campo-Timal et al.


ET AUSSI...




Diane de Margerie
La passion Brando
Albin Michel. Collection Romans français - 2 avril 2008

Quelle est la vraie nature d'Agnès, cette gouvernante qui écrit à son employeur après avoir été licenciée ? Se sent-elle frustrée par son obsession pour Marlon Brando, dont il écrit la biographie ? Et pourquoi Julie, sa belle-fille, dont Agnès avait la garde, a-t-elle disparu ? Autant de questions auxquelles elle croit pouvoir répondre dans cette lettre haletante, à la fois réquisitoire et enquête concernant le passé.

Roman subtil où le sentiment amoureux, la manipulation, l'ambiguïté des relations enfants-adultes agissent comme un charme puissant, La Passion Brando s'inscrit dans la grande tradition anglo-saxonne de Henry James à Ishiguro.

- 4e de couverture -


Tchekhov
Récit d'un inconnu : et autres nouvelles
Folio-classique - 2008

«Ce qui est médiocre, dit un personnage dans Ionytch, ce n'est pas de ne pas savoir écrire des nouvelles, mais d'en écrire et de ne pas savoir le cacher.»



Petit clin d'oeil ironique d'Anton Tchékhov, qui a publié des centaines de nouvelles... et ne l'a pas caché.

Celles qui composent le présent recueil ont été écrites entre 1891 et 1898. Tchékhov est au sommet de son art, mais on peut trouver que son inspiration devient de plus en plus noire. Ses héros ne vivent pas des tragédies. Ils s'enlisent dans l'ennui, la monotonie des jours, la banalité. Le romanesque repose d'habitude sur la singularité d'un individu. Tchékhov réussit le tour de force de le créer avec des gens ordinaires.

Seule exception, la longue nouvelle Récit d'un inconnu comporte des péripéties, des voyages, des coups de théâtre. Un socialiste s'introduit comme domestique chez le fils d'un grand personnage, afin de surprendre les secrets du père, voire saisir une occasion de l'assassiner. Mais une femme survient...

édition de Roger Grenier
traduit du russe par Edouard Parayre
-4e de couverture-


Julia Kristeva
Thérèse mon amour
Fayard - avril 2008

Le visage renversé d’une femme endormie, à moins qu’elle ne soit déjà morte de plaisir, bouche ouverte, porte avide d’un corps vide que remplit sous nos yeux un bouillonnement plissé de marbre… Vous vous souvenez certainement de cette sculpture du Bernin, la Transverbération ? L’inspiratrice de l’artiste, c’est Teresa de Ahumada de Cepeda (1515-1582), en religion Thérèse de Jésus, plus célèbre sous le nom de sainte Thérèse d’Avila. En pleine Renaissance, son amour de Dieu vibre à l’intensité du beatus venter que connaissait déjà Maître Eckhart. Ses convulsions extatiques en feront une icône somptueuse de la Contre-Réforme. Une possédée à la manière de Dostoïevski, mais baignant dans les eaux du désir, et non dans les larmes comme Marie-Madelaine, car elle rejoint corps et âme le corps absent de l’Autre. « Où est-Il, où L’a-t-on mis ? » s’inquiétaient les saintes femmes au Golgotha.

- 4e de couverture -


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