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L’activité philosophique a emprunté, en terre d’Islam, bien des formes littéraires : traités, correspondances, récits, commentaires des textes révélés ou des œuvres qu’une tradition avait sacralisés. Sa langue majeure fut l’arabe, mais certains philosophes ont rédigé leurs œuvres en plusieurs langues, par exemple en arabe et en persan ; d’autres encore exclusivement en persan. La souplesse, la plasticité, la liberté de ces modes de composition font des œuvres cohérentes mais polymorphes. Prenons pour exemple Abû ‘Alî Ibn Sînâ, celui que nous nommons Avicenne (370h/980-428 h/1037). Né en une famille shi’ite iranienne, qui migra de Balkh, en Bactriane, jusqu’à Boukhara, en l’actuel Ouzbékistan, il savait toute chose que l’on pût savoir en ce monde, le dâr al-ilslâm, et en son temps : sciences traditionnelles et droit islamiques, mathématiques, astronomie, médecine, logique, physique, métaphysique, etc. Où commence, où cesse la philosophie en une œuvre qui se veut savoir total et organiquement unifié ? Rien ne fit barrage à sa curiosité philosophique, la leçon de sa vie est précieuse : le philosophe est, en Islam, celui que rien n’arrête dans l’effort de comprendre, ni la lettre du Coran, qu’il interprète, ni les beautés des cieux, qu’il organise, ni les passions des hommes, qu’il entend réformer, ni les silences de la nature, qu’il interroge. Il est celui qui répugne à l’adhésion aveugle et entend instaurer une autorité plus légitime que celle des juristes ou des théologiens, l’autorité de celui qui sait dévoiler ce qui est caché .
Tel est l’incipit par quoi commence le texte de Christian Jambet en guise de présentation à l’anthologie des philosophes d’Islam qui prend place dans l’ouvrage coordonné par R.-P Droit dont les références sont mentionnées ci-dessous.
Bibliographie :
Philosophies d’ailleurs, 1 & 2, sous la direction de Roger-Pol Droit, Hermann, 2009.
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