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par Abdelwahab Meddeb le dimanche de 6h10 à 7h, et de 22h10 à 23h |
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émission du dimanche 20 septembre 2009
Les Grecs, les Arabes et nous
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Le choc des identités s’exacerbe. La peur des Arabes et de l’islam s’exprime dans la science, dans la recherche, dans l’enquête et l’investigation historiques. Il suffit de se référer aux livres récents de Sylvain Gouguenheim, Thierry Camous, Rémi Brague. Dans le discours du pape à Ratisbonne, l’islam est situé dans le lieu du contre-exemple à partir de quoi se déploie la vérité au nom du logos rabattu exclusivement sur la foi chrétienne, dans sa version catholique. L’islam est l’obstacle à traverser pour retrouver la transparence. Chez certains universitaires, historiens ou philosophes, un déni de l’apport arabe s’affiche avec véhémence. C’est le résultat d’une cinquantaine d’années de recherches qui est nié, refusé. En effet, depuis les années 1960, un immense travail international a montré ce qu’il en est de l’avancée scientifique en langue arabe, à partir des Grecs, des Indous, des anciens Perses et même des Chinois. Ce qui impose une nouvelle périodisation amenant à mettre en situation de contemporanéité des écrits arabes du Xème, XIème, XIIème siècles avec la rupture que connaîtra l’âge classique européen (XVIIème siècle). Face à ce déni ou à cette vision réductrice, nos invités répondent par une enquête historique et linguistique ainsi qu’une spéculation philosophique en acte. Benoît XVI, à Ratisbonne, réduit la vision de Dieu en islam à la seule Toute-Puissance, écrasant la liberté humaine et l’usage du logos, conduisant à un Dieu irrationnel et capricieux. Or, dès les premières spéculations théologiques, avant même l’avènement des Grecs en arabe, l’enjeu philosophique en islam a été de penser la tension entre la Toute-Puissance et la liberté, la prédestination et le libre-arbitre ; la Toute-Puissance a même été perçue dans le cadre d’une Théodicée annonciatrice de Leibniz. Ainsi, philosophiquement aussi, ce qui a été pensé en langue arabe entre la fin du VIIème siècle et le XIIème siècle, constitue un seuil pour le développement philosophique européen à l’âge classique. En philosophie aussi, une nouvelle périodisation s’impose. Ce retour vers l’histoire resitue la dette arabe. Nous avons à penser et à cerner la singularité de notre contemporain : les Arabes sont parmi nous ; c’est aussi dans le savoir, dans la science, qu’ils s’expriment. Leur présence devrait-elle susciter la gêne ? En vérité, nous avons à cerner ce que nous sommes : des Grecs, cela va de soi, mais aussi des Arabes et des musulmans qui s’ajoutent aux Juifs et aux Chrétiens. Les fondements de l’Europe sont, certes, pour l’essentiel à Athènes, Jérusalem et Rome. Ils sont aussi, néanmoins, à Bagdad et Cordoue.
Bibliographie :
Les Gres, les Arabes et nous, ouvrage collectif (Fayard), sous la direction de Philippe Büttgen (CNRS), laboratoire d’études sur les monothéismes, Paris), Alain de Libéra (EPHE, université de Genève), Marwan Rashed (ENS, Paris), Irène Rosier-Catach (CNRS, laboratoire d’histoire des théories linguistiques, Paris, EPHE)
Et les contributions de Jean-Christophe Attias (EPHE, section science religieuse, centre Alberto Benveniste d’études sépharades et d’histoire socio-culturelle des Juifs), Hélène Bellosta (CNRS, université Paris VII, laboratoire de philosophie et d’histoire des Sciences), Luca Bianchi (université du Piémont oriental Amedeo Avogadro (Vercelli), Alain Boureau (EHESS, groupe d’anthropologie scolastique), Blaise Dufal (EHESS, groupe d’anthropologie scolastique), Christian Förstel (conservateur de la section grecque, département des manuscrits, BNF, Paris), Ruedi Imbach (histoire de la philosophie médiévale, université Paris Sorbonne), Djamal Eddine Kouloughli (CNRS, laboratoire d’histoire des théories linguistiques, Paris VII, ENS), John Marenbon (Trinity college, Cambridge university), Ann Liese Nef (histoire médiévale, université Paris-Sorbonne)

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Philippe Büttgen.
philosophe, CNRS |
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Marwan Rashed.
philosophe, ENS |
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les livres |
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Abdelawahab Meddeb

Pari de civilisation
Volumen - août 2009
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En reprenant à leur compte le passé islamique qui a fait évoluer sinon muter la civilisation, les musulmans sortiront des frontières de leur identité restreinte pour agir sur la scène du monde. Est proposée ici une série de relectures du Coran et de la Tradition pour conduire ce travail de mémoire et de dépassement. Il est demandé à l'islam, pour sortir de son marasme, de rejoindre une modernité à hauteur de celle qu'ont réussie juifs et chrétiens. Pour cela, il ne suffit pas, comme s'y engagent les États islamiques - l'Arabie saoudite par exemple -, d'encourager un «islam du juste milieu» opposé aux interprétations radicales des islamistes. Certes, cet appel à la modération contre toutes les surenchères est fondé sur le Coran. Mais ce pas louable reste, ô combien, timide, surtout par rapport à l'islam en Europe. En effet, les citoyens musulmans du Vieux Continent sont capables de vivre sans restriction dans l'esprit du droit positif et de la charte des droits de l'homme, en se détournant de toute référence à la sharî'a. Ils sont en mesure de pratiquer un culte spiritualisé, nourri, entre autres, par le riche fonds du soufisme. Ce n'est pas dans le déni de soi mais par son affirmation libre que le sujet d'islam sera un acteur efficace dans l'horizon d'une cosmopolitique post-occidentale.
-4e de couverture-
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