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Fictions / Enfantines
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Fictions / Enfantines

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émission du dimanche 15 novembre 2009
"Lumières pour enfants" de Walter Benjamin (4/4)


Une série d’émissions présentées par Bruno Tackels et réalisées par Jacques Taroni

Texte établi par Rolf Tiedemann, traduit de l'allemand par Sylvie Muller, et paru chez Christian Bourgois éditeur.

Textes lus par Patrice Bornand et Andréa Schieffer

« Le cours de la narration est en chute libre. La première guerre mondiale l’a rendue caduque, voire impossible. Les soldats revenus muets du front en sont l’allégorie la plus puissante. »

Cette analyse du philosophe Walter Benjamin est célèbre, tellement célèbre qu’elle a tendance à occulter cette autre intuition, non moins essentielle : dans ce monde coupé de la narration, se cache la possibilité de nouvelles histoires. Benjamin ne restera pas seulement le théoricien de cette intuition, et il passera à l’acte, en inventant le « conte radiophonique ».

A la fin des années 20, cinq ans durant, il travaillera en effet pour la radio publique de Berlin et Francfort, et il se jettera à corps perdu dans l’aventure de ce nouveau medium, riche en potentialités d’inventions et de véritables créations artistiques. Dans cet esprit, il a notamment réalisé une série d’émissions « pour les enfants », qui s’adressent en réalité tout autant aux adultes, d’une autre manière, grâce à la ruse et la malice de ce narrateur qui prend le masque d’un conteur pour enfants, qui lui permet de dire des choses étonnantes, qu’il ne pourrait pas dire frontalement sur les ondes.

Dans ces émissions pour enfants, à la fois contes et conférences, Walter Benjamin se promène dans l’espace et le temps, exactement comme il le fera dans sa vie d’intellectuel mobile et curieux de tout. La ville de Berlin est la scène privilégiée de ces flâneries radiophoniques : les marchés, les galeries commerçantes, les places, les monuments, les cités casernes, les usines, les théâtres, les marionnettes, les jouets, les escrocs, les marginaux, les enfants des rues, et plus loin de nous, les tziganes, la Bastille, les catastrophes ferroviaires, les brigands, les sorcières — autant de sujets décalés, loin de la grande histoire, l’officielle, toujours au service des vainqueurs et des dominants (donc des adultes !).

En adressant ces contes aux enfants à travers le medium de la radio, Benjamin poursuit en réalité la stratégie qu’il met en œuvre dans son travail philosophique dit « sérieux ». On peut même dire qu’il la pousse plus loin, et que le conte radiophonique lui permet de toucher au cœur de sa pensée, fragmentaire et subversive, prenant à rebrousse-poil l’humanisme socio-démocrate ambiant de l’époque — qui est toujours la nôtre.

Walter Benjamin, Lumières pour enfants. Paris : Christian Bourgois Editeur, 1988

Les Tziganes

Grand érudit curieux de tout, historien des marges et des sujets dits « mineurs », Walter Benjamin s’est intéressé au monde des tziganes, figure de l’autre inassimilable, qui en dit long sur une société qui ne parvient pas à les accueillir véritablement. C’est que Benjamin s’est toujours senti proche de ceux qui ne sont pas conformes à l’ordre : escrocs, prisonniers, sorcières, prostituées — le monde des bas-fonds, qui n’existeraient pas si le monde bourgeois n’en avait pas besoin.

Suivi d’un extrait de Caspar Hauser

Prise de son/ mixage : Michel Mestre
Montage : Alisson Ascrizzi
Assistante : Marie Casanova






des livres à découvrir


Philippe Baudoin
Au microphone, Dr Walter Benjamin : Walter Benjamin et la création radiophonique (1929-1933)
Maison des Sciences de l'homme - 1er octobre 2009

L’œuvre de Walter Benjamin connaît depuis sa mort en 1940 un engouement dont témoigne un nombre croissant d’ouvrages consacrés à l’une des pensées les plus complexes du XXe siècle. Malgré cette exceptionnelle fortune critique, l’étude de Philippe Baudouin offre une lecture originale de la trajectoire intellectuelle de l’auteur en s’attachant à l’une de ses activités les moins connues : sa collaboration au programme de la radio allemande entre 1929 et 1933. Cet épisode de la vie de Benjamin n’est pas seulement anecdotique. Alors qu’il réalise ses émissions littéraires et ses contes radiophoniques pour enfants, naît chez le philosophe une passionnante réflexion sur le sens du nouveau medium à la lumière de la crise culturelle et politique du monde moderne.

Loin d’être marginale, l’expérience radiophonique de Benjamin plonge donc au cœur de sa pensée. Elle lui permet d’abord de franchir la frontière qui sépare deux mondes généralement distincts - philosophie et media - et de favoriser cette ouverture du champ philosophique qui sera la caractéristique de son œuvre, sinon de la modernité. Par ailleurs, la radio permet à Benjamin de réaliser un projet d’éducation populaire inspiré par les thèses marxistes et surtout par l’esthétique de Brecht. Au lieu de la considérer comme un instrument de divertissement, il voit en elle un medium dont l’impact sur la conscience populaire pourrait être comparable et même supérieur à celui du théâtre, à l’instar des tragédies grecques pendant l’Antiquité classique.

Mais pour Benjamin la pratique radiophonique est avant tout une expérience artistique au sens le plus large. Philippe Baudouin insiste avec raison sur le lien entre cette expérience et les grands thèmes de la pensée de l’auteur. Au lieu de considérer le medium radiophonique comme une forme appauvrie de la création artistique, Benjamin voit en lui l’amorce d’une nouvelle perception du réel, comme le cinéma et la photographie, capable de renouveler les paradigmes de la représentation. L’approche benjaminienne de la radio ne peut donc être séparée de son approche globale de l’œuvre d’art où les notions d’ aura et de reproductibilité occupent une place centrale.

L’expérience de Benjamin culmine avec la création de ses contes radiophoniques pour la jeunesse. Ces contes représentent une tentative de réhabilitation de la narration traditionnelle dont il constate le déclin dans ses essais théoriques. L’impossibilité de raconter et de partager ses expériences est l’une des manifestations les plus évidentes de la perte de l’aura. En créant ses contes pour enfants, Walter Benjamin tente avec enthousiasme de retrouver la magie de la rencontre entre le narrateur et son public où se reflète de manière allégorique la condition de l’homme.

Quelque temps plus tard, en 1933, l’arrivée au pouvoir du national-socialisme coïncide avec les dernières émissions de Walter Benjamin. À partir de cette date, la radio ne sera plus qu’un instrument de propagande politique aux mains d’un seul homme et l’utopie de Benjamin se retrouve rapidement aux oubliettes de l’histoire.

Philippe Derivière

- 4e de couverture -


Bruno Tackels
Walter Benjamin. Une vie dans les textes
Actes Sud - 2009

Walter Benjamin, philosophe, auteur notamment des Passages, des Chroniques berlinoises, a passé sa vie à tenter de comprendre le monde en lisant. Il lisait tout, aussi bien les contes pour enfants que les textes de théâtre ou les écrits des philosophes. Il s'intéressait à tout : au devenir de l'image, à la technologie, à la poésie (il fut un grand spécialiste de Baudelaire), mais aussi à la littérature (il fut le premier introducteur et traducteur de Kafka en France et, quand il fit sa première conférence sur lui à Paris, il y avait cinq personnes dans la salle...).

Son oeuvre est considérable dans bien des domaines, et fragmentaire. Son existence aussi est fascinante. Mais comme lui-même ne pensait pas que la vie de chacun, en tout cas la sienne, était intéressante, il fallait, pour ne pas le trahir, la raconter en partant de ses textes, et les expliquer par les circonstances de la vie.

La méthode de Bruno Tackels s'avère passionnante, car Benjamin eut une vie amoureuse et amicale ô combien fournie et aventureuse. On pourrait même le qualifier d'aventurier. Ami de Brecht et de Scholem, cousin d'Hannah Arendt, issu d'une famille bourgeoise, Benjamin rompt très jeune avec son milieu familial et, dans les cercles intellectuels de Berlin, veut opposer sa vision du monde à la déliquescence de Weimar puis à la montée du nazisme. On connaît hélas le sort des intellectuels antifascistes : réduit à s'enfuir d'Allemagne, Benjamin ira se réfugier à Paris, cette ville qu'il aimait tant et sur laquelle il a tant écrit, puis, progressivement, se précarisera.

Bruno Tackels raconte la lente dérive de cet immense intellectuel qui ne peut vivre sans sa bibliothèque, et sa transformation inéluctable en clochard céleste. Au moment de l'invasion allemande, Benjamin, après avoir été interné dans un camp de transit, retrouve ses amis exilés à Marseille. C'est là qu'il décide de s'enfuir par la frontière espagnole, là qu'il décide de se suicider.

Appuyé sur un travail gigantesque nourri par la découverte d'inédits, l'auteur engage ici une démarche très personnelle : le livre s'ouvre sur la lettre qu'il envoie à Benjamin par-delà la mort.
- 4e de couverture -


Walter Benjamin
Images de pensée / Lumières pour enfants
Christian Bourgois. Collection Détroits - 7 novembre 2001

Ce volume prend sa place naturelle après Trois pièces radiophoniques déjà parues dans la même collection. Il regroupe en effet les émissions destinées à la jeunesse réalisées par Benjamin avant la main-mise des nazis sur la radio.
Que Benjamin ait été aussi un conteur, on le savait déjà. Mais ici à travers les prismes de l'enfance et la profusion labyrinthique de récits hantés par le merveilleux, c'est le projet d'une pédagogie libre qui s'énonce familièrement, à la façon des devinettes. Tant dans le " je me souviens " berlinois qui ponctue le livre que dans l'évocation d'évènements lointains, ces " lumières " pour enfants clignotent pour tous comme le butin enjoué de ce collectionneur d'histoires qu'était Benjamin.

Texte établi par Rolf Tiedemann et traduit de l'allemand par Sylvie Muller

- 4e de couverture -


Jean-Michel Palmier
Walter Benjamin : le chiffonnier, l'ange et le petit bossu : esthétique et politique chez Walter Benjamin
Klincksieck - 2006

Jean-Michel Palmier évoquait ainsi la nature des recherches qu'il effectuait sur Walter Benjamin : «Je me suis efforcé de lire tous les livres que lui-même [Benjamin] a lus, de retracer minutieusement son itinéraire philosophique, politique et esthétique...».
Pour un familier des écrits du philosophe allemand, une telle déclaration laisse tout d'abord perplexe et dubitatif mais il suffit d'achever la lecture de cet ouvrage pour que s'évanouisse le moindre doute. Il paraît même hautement vraisemblable que l'auteur ait eu, de surcroît, à l'époque, une connaissance précise de la totalité des travaux - biographies, études, articles et commentaires - consacrés à l'oeuvre benjaminienne.
Cette lecture «historique et critique», si elle ne propose pas une «nouvelle interprétation» ni une synthèse de l'oeuvre, livre néanmoins les clés qui permettent de décrypter le prétendu hermétisme de Benjamin. Elle dissipe les malentendus et les clichés du «rabbin marxiste» victime de ses hésitations, prisonnier de ses contradictions, constamment «assis entre deux chaises», réduisant en un dilemme insoluble l'alternative entre le matérialisme historique et la théologie ; surtout, elle comble les lacunes d'une connaissance fragmentaire, souvent paraphrasique et simplificatrice, trop fréquemment focalisée sur les mêmes thèmes (l'aura, le flâneur, le cinéma, la photographie ou les passages parisiens). Mieux encore : le mode de narration philosophique délibérément adopté par Jean-Michel Palmier livre, en réalité, bien plus qu'une interprétation nouvelle de Benjamin. En effet, rien de moins neutre ni d'objectif que cette «lecture» placée sous le signe de trois allégories majeures : le chiffonnier, l'Ange et le Petit Bossu. Une hotte, une paire d'ailes, une bosse : trois charges, lourdes du passé, de promesses non tenues, recélant malgré tout l'espoir d'un sauvetage, d'une rédemption pour les «vaincus» de l'histoire.
-4ème de couverture-


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Maison des Sciences de l'homme - 1er octobre 2009


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