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On peut tenter d’interpréter la crise en cours à partir de bien des disciplines – économie financière, histoire du commerce international, sociologie de la globalisation, sciences de la terre et du climat, rapports de force internationaux, philosophie politique… Chez nous, en France, on a trop souvent réduit les analyses de la crise à ses aspects économiques. Le scénario dominant, de ce côté-ci de la Manche, de l’Atlantique et des Alpes, part de la mise en cause de la dérégulation de la planète financière anglo-saxonne. Il privilégie la piste qui mène à incriminer une « finance virtuelle », déconnectée de l’économie réelle, laquelle aurait enclenché une « bulle » gonflée par l’appétit insatiable de spéculateurs immoraux. Scénario qui présente l’avantage de flatter notre penchant national pour les politiques industrielles, le dirigisme étatique, le contrôle de l’économie par le politique….
Or, ce type d’analyse fait oublier les aspects culturels et moraux que revêt aussi la crise. Se développe, en effet, chez certains de nos voisins, à la faveur des effets les plus visibles de cette crise, une mise en cause assez radicale de concepts qui, chez nous, font encore l’unanimité : la capacité du progrès technique et de l’innovation financière à entraîner la pacification des mœurs et le développement de l’individualisme démocratique, par exemple. L’extension providentielle de la conception universaliste et libérale des droits de l’homme.
En tous cas, les thèses optimistes sur la « fin de l’histoire » d’il y a vingt ans n’ont jamais paru aussi s’éloigner aussi vite...

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Emile Perrau Saussine.
Professeur de sciences politiques à l’Université de Cambridge |
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Laurent Bouvet.
Professeur de Sciences Politiques à l'université de Sophia-Antipolis de Nice et à Science Po Paris |
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Marc Lazar au téléphone.
Professeur d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po et à la Luiss (Rome) |
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