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Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au jeudi de 18h20 à 19h
Du grain à moudre

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de Brice Couturier




émission du jeudi 12 novembre 2009
L’universalisme est –il une utopie à bout de souffle ?


Force est de constater que l’universalisme, hier encore conquérant, est aujourd’hui partout sur la défensive. Il passait pour instrument d’émancipation. Le voici accusé par la nouvelle génération des études post-coloniales et autres « subaltern studies » d’être l’instrument idéologique de l’ancien colonisateur en vue de l’éradication des cultures indigènes. Il fait d’ailleurs l’objet d’une virulente « déconstruction » dans les pays anciennement colonisés – cette déconstruction, paradoxalement, est inspirée par certains philosophes européens... Mais dans les vieilles nations occidentales qui l’ont vu naître au XVIII° siècle, l’universalisme des Lumières se retrouve tout autant sur la sellette. Ici, on lui reproche de n’avoir pas tenu ses promesses d’égalité concrète entre citoyens - les inégalités sociales ne montrent-elles pas une bien fâcheuse tendance à recouper les clivages ethniques ? Quand on ne l’accuse pas tout simplement d’avoir défait le tissu social en favorisant le repli sur eux-mêmes d’individus désormais privés d’horizons comme d’appartenances.
Mais si l’universalisme est devenu une utopie, eh bien cette utopie mérite d’être défendue, prétend Caroline Fourest, dans le livre qu’elle fait paraître aujourd’hui. A ses yeux, c’est le communautarisme qui est en crise dans les pays qui l’ont adopté. La France n’a donc pas à renoncer à son modèle d’intégration républicaine. Car la promotion de la diversité culturelle pourrait bien servir de diversion : n’est-ce pas un moyen commode de faire oublier la lutte pour davantage d’égalité sociale ? Quant au multiculturalisme, tellement à la mode, il recouvre un très grand nombre de politiques ; c’est un concept flou, dont l’intention première – préserver la culture de populations indigènes – a été détournée au profit de leurs exigences par toute sorte de minorités revendicatrices. De même, les invocations à la tolérance sont parfois instrumentalisées par certaines communautés pour protéger leur propre intolérance. Cela fait débat. On en parle.

Invités

Caroline Fourest.  Journaliste au "Monde"
Rédactrice en chef revue ProChoix
Chroniqueuse aux Matins de France Culture

Sophie Bessis.  Chercheur à l'IRIS
Secrétaire Générale adjointe de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme

Jean Loup Amselle.  Anthropologue
Directeur d'étude à l'EHESS





les livres


Sophie Bessis
L'occident et les autres: histoire d'une suprématie
La Découverte - 2001

Depuis la renaissance, l'Occident entretient avec les autres peuples des relations hégémoniques et cette suprématie est constitutive de son identité collective.Après une synthèse historique, l'auteur propose un état des lieux des rapports de forces actuels entre le nord et le sud, etudie les formes nouvelles d'hégémonies et tente de comprendre les mutations en cours.


Caroline Fourest
La dernière utopie : menaces sur l'universalisme
Grasset - novembre 2009

Une utopie se meurt : l'universalisme. Cette ambition au coeur de la Révolution française, gravée dans le marbre de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, semble à bout de souffle.

Aux Nations unies, certains Etats invoquent des «circonstances nationales» pour ne pas appliquer les droits de l'homme, et le «respect des religions» pour limiter la liberté d'expression. Au nom de la «diversité», des politiques cultivent le droit à la différence contre le droit à l'égalité. Au nom de la résistance à l'impérialisme, des militants amalgament universalisme et néo-colonialisme. Au nom de la tolérance, on tolère le fanatisme.

Ce livre plonge dans la crise que connaît le multiculturalisme depuis le 11 septembre 2001. En France, au Canada, au Brésil, en Afrique du Sud, aux Pays-Bas, en Belgique, en Grande-Bretagne, partout on se déchire pour savoir comment concilier respect des valeurs communes et respect des particularismes. Peut-on tout tolérer - l'excision ou l'infanticide - au nom des coutumes ? Faut-il organiser des créneaux non mixtes dans les piscines ? Retirer les sapins de Noël des places publiques ? Aller jusqu'à interdire le voile dans la rue ?

Avec talent et pédagogie, Caroline Fourest explique le «modèle français», le malentendu avec le monde «anglo-saxon», raconte le débat canadien sur les «accommodements raisonnables»... Tout en poursuivant sa quête intellectuelle, engagée avec Frère Tariq et La tentation obscurantiste : être antiraciste sans tolérer l'intégrisme, refuser à la fois la confusion multiculturaliste et la tentation mono-culturaliste. Un bréviaire courageux sur lequel rebâtir l'envie de faire société.
- 4e de couverture -


Jean-Loup Amselle
Vers un multiculturalisme français : L'empire de la coutume
Flammarion "Champs" - 2001

Présentation de l'éditeur
L'idée d'une république dont le principe de base est celui de l'assimilation de citoyens isolés les uns des autres paraît contradictoire avec l'existence de l'opposition des Francs et des Gallo-Romains qui imprègne une grande partie de l'historiographie en France. Tel est pourtant le fondement du multiculturalisme français qui, dans ses versions les plus récentes et les plus outrancières, débouche sur la bipartition de la population entre des " communautés " minoritaires et une " ethnie française " majoritaire. C'est dans ce cadre qu'il convient de replacer le phénomène de durcissement des identités et d'essor des fondamentalismes ethniques et religieux qui affecte notre pays.
Ce n'est pas en historien des idées mais en anthropologue spécialiste de l'Afrique noire que nous voudrions examiner la prégnance du schème de la " guerre des deux races " à la fois dans le cadre de l'histoire nationale et dans celui de son exportation dans les colonies. En effet, loin de constituer deux sphères étanches, l'histoire métropolitaine et l'histoire des colonies ne cessent de s'informer mutuellement, au point que le traitement des communautés à l'intérieur du territoire national emprunte aujourd'hui beaucoup à des précédents coloniaux.
J.-L. A.


Jean-Loup Amselle
L'Occident décroché : enquête sur les postcolonialismes
Stock, collection Un ordre d'idées - 23 janvier 2008

De la critique postcoloniale, on retient surtout la remise en cause de l'universalité de la raison occidentale exportant partout les Lumières. Pour Jean-Loup Amselle, cette opposition entre l'Ouest et le reste est simplificatrice : elle ignore les interférences réciproques, oublie des philosophies concurrentes de la pensée occidentale élaborées en Europe même et, enfin, méconnaît les réflexions et les controverses venues d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Centre ou du Sud.

Pour y voir clair, il a donc entrepris une vaste enquête à travers continents et théories. Du renouveau d'une certaine pensée juive à l'indigénisation du mouvement zapatiste, en passant par la défense des savoirs endogènes africains ou l'affirmation d'une temporalité indienne spécifique, il analyse les divers « décrochages » par rapport à l'Occident et les dangers qu'ils recèlent. Chemin faisant, il revient aussi sur la figure tutélaire de Gramsci pour montrer combien l'hommage rituel dont celui-ci fait l'objet dans les études postcoloniales repose sur une lecture infidèle.

Ce vaste parcours, solidement documenté et argumenté, nous ramène finalement dans la France d'aujourd'hui où le postcolonialisme arrive tardivement, au moment où la crise des deux modèles d'intelligibilité de la société, celui de la lutte des classes et celui de la République, favorise l'ethnicisation des rapports sociaux.

- 4e de couverture -


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Ernest Renan
Gallimard, « Tel » - 1992

> Paroles en actes
Carlo Severi, Julien Bonhomme (dir.)
L'Herne, coll. Cahiers D'anthropologie Sociale - 2009

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Gilbert Hottois
Vrin - 2009


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