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Place de la toile
par Xavier de la Porte
le vendredi de 11h à 12h
Place de la toile

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émission du vendredi 23 janvier 2009
Et si on se déconnectait ?


Réflexion autour d'une notion séduisante : la déconnexion. Cette idée n’est pas neuve, mais elle devient plus aiguisée au moment où l'on parle de "l’internet des objets" et de l'horizon de la connexion permanente. Déconnexion du trop-plein d'information, déconnexion par crainte de la surveillance, et déconnexion pour une connexion maîtrisée... C'est le sujet de cette Place de la toile.

[Actualisation 26 janvier 09 : sur InternetActu.net, Hubert Guillaud a réalisé une belle synthèse écrite de l'émission]

Invités

Véronique Kleck.  Travaille sur les enjeux croisés entre société de l'information et démocratie participative et en charge des technologies de l'information et de la communication dans divers cabinets politiques, auteure notamment de Numérique & Cie : sociétés en réseaux et gouvernance (C.L.Mayer, 2007).

Pierre Mounier.  Professeur certifié à l'EHESS, responsable du pôle formation et usages du Centre pour l'édition électronique ouverte CLEO / Revues.org, créateur du site Homo Numericus.

Federico Casalegno.  Sociologue, il travaille sur les liens entre technologies et société, et dirige le Mobile Experience Laboratory au MIT de Boston.



Tristan Mendès-France.

Souvenirs virtuels, souvenirs réels. Ecoutez



Commentaires
Faites-nous part de vos commentaires et de vos suggestions sur chaque sujet.
page 1/1 - 5 commentaires
29/01/2009 15:00   Adrienne

Vendredi arrive et je remercie Pierre Mounier pour son post vraiment très intéressant que je dois encore relire pour l’apprécier pleinement. Je ne manquerai pas alors de m’adresser directement à lui pour lui soumettre mes idées s’il m’en vient. Ses précisions étaient indispensables.
Le web de demain sera un web neurologiquement bio ou ne sera pas. Ce n’est pas une question d’intelligence mais de sens des responsabilités. Ce web aujourd’hui incontestablement mort, ne serais ce que par la non assurance de sa constitutive bienveillance. Peut facilement renaître (ça prendra quelques années), et c’est l’affaire de chacun. Danah Boyd, n’a rien à voir avec le web. Car le web est à tout le monde, et sa démarche est d’un égoïsme incompatible avec le web. Comme celui qui roule en 4x4 aujourd’hui n’a non seulement rien à voir avec l’écologie mais surtout avec le monde tout court, car un monde mort est mort.

J’oubliais :

Chacun des visiteurs du web en sont responsables. L’écologie existe depuis 50 ans et commence à peine à rentrer dans les mœurs, mais le monde était déjà là. Le web, totalement neuf est exclusivement constitué de ce que nous sommes collectivement, mais aussi, et c’est très important, individuellement. (Le code est une pure projection des objets de l’esprit. Programmer n’est pas une technique mais une philosophie.) Chaque visiteur du web programme le web.

Il ne pourra donc pas exister tant qu’ils ne s’en sentiront pas les maîtres responsables, comme un automobiliste de son auto. Se déconnecter… pourquoi pas, mais ce qui est important est de bien se connecter.

Je reposte ce link précieux de Nikonoel a propos du minitel 2.0. D’apparence jusqu’au boutiste, il contient une grande somme de vérités qui ne doivent pas quitter l’esprit de ceux qui désirent l’existence d’une réseau informatique tel qu’Internet ou le web.

http://www.fdn.fr/Internet-libre-ou-Minitel-2.html

A Pierre Mounier : « Abscond » ne vous était pas destiné personnellement. ; )


29/01/2009 06:42   Adrienne

Vendredi arrive et je remercie Pierre Mounier pour son post vraiment très intéressant que je dois encore relire pour l’apprécier pleinement. Je ne manquerai pas alors de m’adresser directement à lui pour lui soumettre mes idées s’il m’en vient. Ses précisions étaient indispensables.
Le web de demain sera un web neurologiquement bio ou ne sera pas. Ce n’est pas une question d’intelligence mais de sens des responsabilités. Ce web aujourd’hui incontestablement mort, ne serais ce que par la non assurance de sa constitutive bienveillance. Peut facilement renaître (ça prendra quelques années), et c’est l’affaire de chacun. Danah Boyd, n’a rien à voir avec le web. Car le web est à tout le monde, et sa démarche est d’un égoïsme incompatible avec le web. Comme celui qui roule en 4x4 aujourd’hui n’a non seulement rien à voir avec l’écologie mais surtout avec le monde tout court, car un monde mort est mort.


27/01/2009 23:58   Pierre Mounier

@Adrienne.

Bonjour et merci de votre message qui comporte trois critiques :

1. le caractère abscons de mes propos. Sur ce point je suis assez d'accord à l'écoute de certains moments. Cela tient, je pense, outre les contraintes propres au format, à la volonté de ma part en tout cas d'essayer de trouver une parenté entre des pratiques assez différentes de la déconnexion, selon les contextes. Mais, je dois dire aussi que j'ai cherché à placer cette parenté du côté du rapport de l'individu à la sphère publique dans les environnements numériques, ce qui devrait vous satisfaire si j'ai bien compris le sens de votre introduction.

2. La banalité de l'idée d'un effacement de la distinction entre public et privé dans les pratiques adolescentes sur les réseaux sociaux. Là, c'est un peu le temps qui m'a manqué pour préciser les choses, et je vous remercie de m'en donner l'occasion. Danah Boyd explique que ces pratiques sont marquées en fait par trois choses : la présence d'un "public invisible" devant lequel les adolescents doivent affirmer leur identité, l'effondrement des contextualisations qui conduisent leurs réseaux amicaux, familiaux, éducatifs à s'entrechoquer autour de leur profil, et enfin ce fameux effacement de la distinction entre public et privé. A propos de ce dernier point, Danah Boyd précise d'ailleurs les choses en disant que ce qui est remarquable, c'est plutôt que les adolescents ne donnent pas le même sens à la notion de vie privée que leurs aînés. Et donc, qu'ils inventent les voies de la construction de leur vie privée d'une manière qui est très différente de celle de leurs parents, parce qu'elle s'expérimente dans un contexte et avec des outils de communication qui sont particuliers et nouveaux, à savoir les réseaux sociaux en ligne (soc nets). Voilà qui est assez original, il me semble, par rapport à l'idée générale et qui relève de la représentation des adultes, que les adolescents dilapident en toute inconscience leur vie privée sur Internet et qu'il faut donc leur apprendre à la protéger (sous-entendu, comme les adultes le font)...

3. Quant au dernier point, je pense qu'en fait nous sommes d'accord mais que vous m'avez mal compris (j'ai conscience de ne m'être pas très bien exprimé aussi). J'évoquais cette idée qu'il ne sert pas à grand-chose de sermonner les adolescents sur les méfaits des réseaux sociaux et d'Internet au risque de les voir apprendre simplement apprendre à dissimuler leur pratique comme une illustration d'une idée plus générale, justement : Internet est un lieu où les régulations ont davantage besoin d'être légitimes (au sens de : acceptée par tous comme étant justes), qu'ailleurs, parce que les moyens de contraintes qu'un pouvoir peut y exercer sont relativement faibles, par comparaison aux moyens que tout individu ou groupe a de contourner ces contraintes. Mon propos est le suivant : à ne pas vouloir le comprendre, les différents pouvoirs, à commencer par les pouvoirs étatiques (et je pense que vous voyez exactement à qui je pense) n'obtiendront pas les résultats escomptés, et n’aboutiront qu’à lacérer l’espace public en poussant les utilisateurs –jeunes et adultes – à se replier sur des communautés fermées, privées, élaborant leurs règles internes dans le secret de leur entre-soi, simplement parce qu’ils disposent facilement d’outils pour le faire : Freenet donc, Mute, Ants, Waste en sont d’autres exemples, mais un forum privé est aussi parfois largement suffisant. Il y a là, il me semble, une menace considérable et un mouvement, d’où mon pessimisme actuel, qui va à l’encontre d’une certaine idée d’Internet comme un espace public où s’élaboreraient collectivement des régulations établies par consensus, ce qui, je vous le rappelle est l’héritage de l’Internet des pères fondateurs, à savoir des scientifiques. Il y a donc bien contradiction entre un idéal de connexion universelle et généralisée dont les conditions politiques de possibilité sont, pour le dire vite, la régulation par le consensus, avec la possibilité d’une évolution vers une fragmentation, du fait du déploiement de contraintes illégitimes, de cet espace en multiples petites communautés partiellement déconnectées les unes des autres. Autre manière donc de voir la déconnexion comme un moyen d’entrer dans la problématique de l’articulation entre privé et public.

Conclusion : qu’est-ce qui se cache, finalement, derrière cette idée de déconnexion ? une résistance individuelle ou collective, consciente ou inconsciente, sauvage ou organisée à la surveillance et à l’oppression. Loin donc d’être un mouvement salvateur de retour à la « vraie vie », comme je l’entends souvent, les mouvements déconnexionnistes sont plutôt le signe que quelque chose ne se passe pas bien dans l’espace numérique, qui se trouve traversé de tyrannies diverses (celles du monde du travail, celles qui concernent les pratiques culturelles ou l’écart des comportements à la norme). Se déconnecter, c’est fuir la tyrannie sans la combattre, sauf lorsqu’il s’agit d’un moment nécessaire dans une mobilisation stratégique visant à vider brutalement de sa substance (c’est-à-dire de son public) l’arène où elle s’exerce, pour en édifier une nouvelle /à côté/. Cet espèce de jeu de chat et souris entre la tyrannie et la résistance qu’elle suscite est, me semble-t-il, très caractéristique de notre époque, et des réseaux numériques (mais pas inédit dans l’histoire) : il n’y a pas de champs de bataille, juste des batailles pour dé/construire des champs de bataille.

C’est ce que j’essayais de dire, de manière assez confuse, je l’avoue.

Quelques liens pour finir :

Je ne pense pas avoir vu le lien vers la déclaration d’indépendance du Cyberespace, de John Perry Barlow. Le voici, donc, en français : http://www.freescape.eu.org/eclat/1partie/Barlow/barlowtxt.h

J’ai, depuis l’émission, fait un compte rendu rapide, de la thèse de Danah Boyd : http://homo-numericus.net/spip.php?breve994

A bientôt,

Piotrr ;-)


27/01/2009 19:30   Adrienne

Je voulais plus d’intérêt général. On m’a répondu qu’il en serait question cette fois ci. Je suis abasourdie de vous voir ne pas considérer cet axe comme une constante de vos émissions.

Ce que j’ai apprécié :

* L’audace de l’idée d’une déconnexion pour une connexion maîtrisée. Malheureusement, une connexion issue d’une déconnexion ne me semble qu’un cas particulier.
* Le désir ardent que Véronique Kleck a exprimé de vouloir assister voir participer à un « Carrotmob » numérique. Cette idée procède de l’avenir du Web que Pierre Mounier croit à tors sans espoir. Merci Madame Kleck. Voila d’ailleurs pour vous un petit blog tout récent de ce type : http://notonmyspace.blogspot.com/
* les nombreuses et précieuses références dont celle-ci qu’Hubert Guillaud a oublié.
http://www.eff.org/

Ce que je n’ai pas apprécié :

* Les raisonnements abscons destinés à présenter une connexion/déconnexion comme une idée intéressante.
* je ne reproche pas la vision au final désespérée de Pierre Mounier (dont j’apprécie pourtant fort Homo Numericus), mais je me demande comment il a pu se référer avec un tel sérieux à ces 2 soit disant grandes idées extraites de la thèse de Danah boyd.
1> Les réseaux sociaux chez les adolescents créeraient un phénomène de flou entre les sphères privées et publiques. Je ne vois pas ce qu’il y a de nouveau là dedans.
2> Ca ne sert à rien de forcer les adolescents à ne pas aller sur les réseaux sociaux car ils le feront quand même en cachette. Distinguer le comportement adolescent ici n’a pas de sens. Le phénomène est exactement identique pour les adultes. Interdisez à un adulte d’aller sur Twitter (pourquoi d’ailleurs ?), il y ira aussi en cachette. Je ne vois pas comment Danah boyd a pu dire ça suposant qu’elle n’a sans doute pas pu proposer d’alternatives à ses adolescents puisqu’elle est elle-même sur Myspace. Il s’agit de proposer une alternative et d’expliquer les intérêts et désavantages de telle ou telle pratique face à une autre, et cela, d’une manière simple et rationnelle. Mais pourvu que ce que vous dites ait du sens. C’est aussi simple que ça.
Comment la croyance en cette « théorie » peut-elle donne à Pierre Mounier matière à désespérer du web ?

[France Culture] Merci de cette avis balancé et précis.

La vision politique présentée par Pierre Mounier en particulier lors de cette émission fait appel à la notion de "sphère publique numérique", et contient évidemment, en tout cas à mes yeux, la notion d'intérêt général. C'est en cela que je vous avais répondu qu'on reviendrait sur cette notion. Même si ce n'était effectivement pas à proprement parler le thème de l'émission (comment une telle notion pourrait-elle être le centre d'une seule émission ?)
Par ailleurs, pour répondre à un autre point de votre message, ce n'est pas parce qu'une idée n'est pas nouvelle qu'on ne doit pas l'exprimer ou l'articuler dans un raisonnement.
Enfin, la référence à des pratiques adolescentes étaient là pour illustrer une déconnexion/ "re"connexion. Et pas pour confisquer la réflexion. Pour une réponse plus circonstanciée, c'est peut-être Pierre Mounier qui pourra vous répondre...

Quoi qu'il en soit, merci de votre écoute. Cordialement, tb.



23/01/2009 11:38   Fournier/Françon (Epernay)

Bonjour

Est ce que je pourrais récouter cette émission?sinon j'aimerai avoir les références citées ainsi que les bouts de sketch ,chanson sont de qui?

Merci

[France Culture] Bonjour. Le sketch est signé Gad Elmaleh, issu de son dernier spectacle, et la chanson : Intime connexion, par Kent. Et la réécoute de l'émission est possible dans quelques minutes par podcast ou en réécoute en ligne (à travers les boutons "Ecoutez" et "Podcast" ci-dessus). Bien cordialement, tb.

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les liens


> "La déconnexion", un texte de 2003 signé Piotrr



> Mobile Experience Laboratory du MIT, dirigé par Federico Casalegno



> "Crackberry" et Blackberry



> Les zones d'autonomie temporaire d'Hakim Bey, explication



> Technology is Great, but Are We Forgetting to Live?



> "Exit, voice and loyalty", la théorie d'Albert Hirschman (Wikipedia, anglais)



> Revues.org, portail des revues de sciences humaines et sociales



> Le site Homo Numericus

Analyses sur les questions de société liées aux nouvelles technologies.


> "Zéromédia" : aux origines d'une déconnexion



> ... et sur le site du violoniste Joshua Bell



> Le récit de Joshua Bell dans le métro, par le Washington Post




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