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par Jean Lebrun du lundi au vendredi de 18h30 à 19h30 |
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émission du lundi 9 juillet 2007
Une semaine en Avignon [1/5] : La parole aux lecteurs de René Char
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liés à cette émission |
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Tous le mois de Juillet, sur les routes de France, en direct et en public depuis les jardins du Ceila 16, impasse J.P Gras en Avignon
Du 2 au 20 juillet 2007, Jean Lebrun vous retrouve sur les routes des festivals de La Rochelle à Montpellier en passant par Arles, Marseille, Nîmes et Avignon. Dans le cadre de cette émission réalisée en direct d'Avignon sur René Char, à l'occasion du centenaire de la naissance du poète, Jean Lebrun propose aux lecteurs et lectrices de l'auteur présents sur Avignon de venir témoigner.
N'hésitez pas à réagir à notre émission sur cette page commentaires ...
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09/07/2007 17:29
erwan
(caen)

"être du bond. N'être pas du festin son épilogue."
Bon appetit tout de même...
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 06/07/2007 10:55
ANDRÉ
(Nantes)

Sur mon blogue
http://grapheus.hauteftort.com
catégorie : "Centenaire René CHAR"
René CHAR
...ou le combat avec l’Ange
à mes deux petites filles, Noémie et Célia,
aux femmes aimées
qui me guidèrent aux marges des poèmes
Aujourd’hui encore, à l’ouverture de ce livre, l’étonnement adolescent, la naïve
lecture....
Toutes les lectures qui suivront lecture de ce livre, se tiendront entre cette
déflagration que fut l’une des premières lignes lues
Si nous habitons un éclair, il est le cœur de l’éternel.
jusqu’au geste de se courber au plus ras de la terre
À partir de la courge, l’horizon s’élargit.
En avril 1955, depuis la découverte de Claudel, de Cadou, l'aventure de la poésie
moderne me passionne ; à la librairie, je vais droit au rayon où s'alignent les
"Seghers". Sous une couverture marron, le n°22 des Poètes d’aujourd’hui.
Une photo du poète : un bel homme mûr au front large, tient “sa clope entre index
et majeur”, il ressemble à mon père, c’est pour cette ressemblance et cette beauté
que je prends le livre.
C’est René Char ! Les premiers mots lus tiennent de l’aveuglement ; je n’y
comprends rien, mais c’est beau. Beau à lire ! Ce qui peut paraître contradictoire
avec l’aveuglement.
Le livre, signé par Pierre Berger, le même qui rédigea “Robert Desnos”,
s’annonce “essai”. Soit ! Un essai qui tient de l’hagiographie, long et lyrique
commentaire du seul recueil, Feuillets d’Hypnos, qui, d'ailleurs, ne figurera pas dans
“les œuvres choisies et textes inédits”, présentés à la fin du bouquin :
Une incantation entre admonestations et objurgations. À l’instar de Char, mais
pas du meilleur Char, écriraient les détracteurs et du poète et de l’essayiste.
Écrit sans doute au début des années cinquante, il est marqué par l’effervescence
inquiète qui suit la Libération : le monde rêvé des grands idéalistes est investi par les
profiteurs de tous bords.
Longtemps, cette introduction au poète me paraîtra aussi obscure, sinon plus, que
le texte de Char lui-même.
L’important pour le lecteur, ce sont les citations en italiques de l’essai - je lirai
ainsi les Feuillets d’Hypnos.
C’est le choix des œuvres et quelques inédits d’alors - jusqu’aux Matinaux inclus.
Ce sont les photographies - Char avec ses amis de la Sorgue, avec les habitants
de Céreste libéré, avec Camus.
C’est un dessin d’Henri Matisse, laissant entrevoir les rapports intenses que le
poète entretiendra avec les peintres , ses “alliés substantiels”.
Ce sont les fac-similés des manuscrits - la graphie finement penchée et très
lisible.
La collection Poètes d’aujourd’hui, dans sa maquette et son appareil éditorial,
offrait ainsi toute une culture du livre qu’ignorait trop souvent l’enseignement
traditionnel de la littérature.
Les quelques 120 pages du choix de textes vont être le seul viatique du jeune
lecteur jusqu’en 1963, date d’acquisition de La parole en archipel, éditée en 1962.
Voici le Minéral, le solaire dans son écrasement, les aubes et les crépuscules.
Tout s’annonce et s’assemble : la beauté, l’amour, la colère, la bonté, la
philosophie, la cruauté, l’érotisme, la tendresse....
Les titres des recueils, des poèmes délivrent des aperçus. Pêle-mêle :
.... Arsenal, le Marteau sans maître, L’alouette, Robustes météores, Premières
alluvions, Le poème pulvérisé, Le vitrail de Valensole, La révélée, La murmurée, La
torche du prodigue, À une sérénité crispée, Le soleil des eaux, Affres détonation
silence, Jacquemard et Julia; Dehors la nuit est gouvernée...
L’approche de cet homme, aujourd’hui encore, sera une lutte pour la
compréhension, un corps à corps avec ses mots, avec ses images et mes propres
émotions.
Salut, chasseur au carnier plat !
À toi, lecteur, d’établir les rapports.
Merci, chasseur au carnier plat.
À toi, rêveur, d’aplanir les rapports.
Ainsi sommé, le lecteur ne peut que continuer avec ce sentiment d’être sur l’arête
extrêmement aiguë d’une crête à l’air raréfié. Il faudra beaucoup de jours, des
expériences enfin vécues, des rencontres assumées, l’émotion forte d’un moment :
s’éclaire alors le texte. Alchimie langagière entre le poème et ma vie.
dessin de Picasso
pour le poème Dépendance de l'adieu
De suite, des évidences martelées qui haussent
Aptitude : porteur d’alluvions en flamme.
Audace d’être un instant soi-même la forme accomplie du poème.
Bien-être d’avoir entrevu scintiller la matière-émotion instantanément reine.
Je ne plaisante pas avec les porcs.
La pensée sage est secouée à la découverte de ces aphorismes, si éloignés des
sentences classiques. Et par delà Char, se découvrent ceux d’Héraclite où il affirme
l’harmonie des contraires.
Char va prolonger “la route qui monte, descend et est la même” de ce philosophe
ancien dit “l’obscur” qui convoque les dieux au coin de son âtre. Char désigne, lui,
l’humble carreau de la fenêtre :
Pures pluies, femmes attendues
La face que vous essuyez,
De verre voué aux tourments,
Est la face du révolté ;
L’autre, la vitre de l’heureux
Frissonne devant le feu de bois.
Je vous aime mystères jumeaux,
Je touche à chacun de vous ;
J’ai mal et je suis léger.
la tension de l'arc
L'obsession de la moisson et l'indifférence à l'Histoire sont les deux
extrémités de mon arc.
la densité de la foudre
L'éclair me dure.
Héraclitéen, certes, dans l’usage terrien des mots et le concret des moments de
vie. On peut aussi l’imaginer devisant dans le jardin d’Épicure : un René Char,
philosophe en son jardin.
Car il faut avoir longuement observé la terre et la rivière pour nommer le serpent,
le lézard, le rouge-gorge, la truite,
Rives qui croulez en parure
Afin de remplir tout le miroir
Gravier où balbutie la barque
Que le courant presse et retrousse,
Herbe, herbe toujours étirée,
Herbe, herbe jamais en répit,
Que devient votre créature
Dans les orages transparents
Où son cœur la précipita ?
avoir quotidiennement surveillé la pousse des végétaux
Si les pommes de terre ne se reproduisent plus dans la terre, sur cette
terre nous danserons. C’est notre droit et notre frivolité.
On n’enfonce pas son pied dans la source
Pour paraître l’égal de l’amandier
...Jadis l’herbe avait établi que la nuit vaut moins que son pouvoir, que les
sources ne compliquent pas à plaisir leur parcours, que la graine qui
s’agenouille est déjà à demi dans le bec de l’oiseau. Jadis terre et ciel se
haïssaient, mais terre et ciel vivaient....
Salut, poussière mienne, salut d’avance, joyeuse, devant les pattes du
scarabée.
Les premiers dialogues entre langue et peinture vont s’écrire dans la
fréquentation de Corot, de Courbet, de Georges de la Tour ; Char a dit sa
reconnaissance à ce dernier dont la reproduction du Prisonnier l’accompagna dans
le maquis et par la suite, jusqu’au terme final.
Il relate dans La Fontaine narrative une rencontre nocturne avec une inconnue
alors qu’il vient d’achever un “poème qui (lui) a beaucoup coûté” :
Madeleine à la veilleuse
Je voudrais aujourd’hui que l’herbe fût blanche pour fouler l’évidence de vous voir
souffrir : je ne regarderais pas sous votre main si jeune la forme
dure, sans crépi de la mort. Un jour discrétionnaire, d’autres pourtant moins avides
que moi, retireront votre chemise de toile, occuperont votre alcôve.
Mais ils oublieront en partant de noyer la veilleuse et un peu
d’huile se répandra par le poignard de la flamme sur l’impossible solution.
Dommage que les beautés obscures s'enlisent dans le bric-à-brac surréaliste,
dans des pages aux pans aussi lisses que des parois à pic... Parfois, le lecteur doit-il
craindre une incompréhension définitive ? À moins que....
Dans le tohu bohu surréaliste, l’hermétisme passait ; ce sera plus difficile quand,
aux fureurs de jeunesse, s’ajouteront des préciosités et d’obscures, très obscures
admonestations .
Fallait-il absolument écrire et faire éditer tel ou tel recueil qui, pour n’être point
trop mince, demandait des ajouts comme autant de quincailleries inutiles, qui trouent
les derniers livres, pour vendre, pour vivre ?
Et si peu d’humour ! Ne passons point sous silence ; cependant, allons au-delà.
Il est de grands cris
Placard pour un chemin des écoliers
Enfants d’Espagne, — ROUGES, oh combien, à embuer pour toujours
l’éclat d’acier qui vous déchiquète ; — À vous.
C’est écrit en mars 1937
Le Placard s’achève sur une tendre et grave balade,
Compagnie de l'écolière
Je sais bien que les chemins marchent
Plus vite que les écoliers
Attelés à leur cartable
Roulant dans la glu des fumées
Où l'automne perd le souffle
Jamais douce à vos sujets
Est-ce vous que j'ai vue sourire
Ma fille ma fille je tremble.
N'aviez-vous donc pas méfiance
De ce vagabond étranger
Quand il enleva sa casquette
Pour vous demander son chemin
Vous n'avez pas paru surprise
Vous vous êtes abordés
comme coquelicot et blé
Ma fille ma fille je tremble
La fleur qu'il tient entre les dents
Il pourrait la laisser tomber
S'il consent à donner son nom
À rendre l'épave à ses vagues
Ensuite quelque aveux maudit
Qui hanterait votre sommeil
Parmi les ajoncs de son sang
Ma fille ma fille je tremble
Quand ce jeune homme s'éloigna
Le soir mura votre visage
Quand ce jeune homme s'éloigna
Dos voûté front bas et mains vides
Sous les osiers vous étiez grave
Vous ne l'aviez jamais été
Vous rendra-t-il votre beauté
Ma fille ma fille je tremble
La fleur qu'il gardait à la bouche
Savez-vous ce qu'elle cachait
Père un mal pur bordé de mouches
Je l'ai voilé de ma pitié
Mais ses yeux tenaient la promesse
Que je me suis faite à moi même
Je suis folle je suis nouvelle
C'est vous mon père qui changez.
Il est vrai que dans le même recueil, il est des jouets étranges qui tiennent de la
quincaillerie évoquée plus haut.
N’y aurait-il qu’une lecture à sauver - le livre à emmener sur l’île déserte ?
Ce sont les Feuillets d’Hypnos, les carnets de maquis, édités en 1946 - Char
avait, de 1940 à 1944, décidé le silence - qui questionnent la nécessaire et juste
violence, dont la concision devrait inspirer les plumitifs va-t'en guerre et autres
guérilleros trop bavards.
couverture pour le cahier de L'Herne - 1971
Cet homme m’a aidé à me tenir debout.
Je rêve d’un pays festonné, bienveillant, irrité souvent par les travaux des
sages en même temps qu’ému par le zèle de quelques dieux, aux abords
des femmes
Le 45e feuillet d’Hypnos.
Jacques ANDRÉ
Qui est aussi grapheus tis
(http://grapheus.hautetfort.com)
Post-scriptum qui aussi une brève (!) bibliographie qu’utilise le lecteur et plus...
• René CHAR, Œuvres complètes, introduction de Jean Roudaut, Bibliothèque de la Pléiade,
Gallimard.
• En Poésie/Gallimard, au moins neuf recueils.
• Sur l'œuvre, depuis les années cinquante, beaucoup d’approches avec des visées très
différentes : de Greta Rau (1957) à Paul Veyne (1990) en passant par............................etc.
• Sur l'homme, une biographie récente de Laurent Greilsamer, L'éclair au front, chez Fayard, en
2004
• Pierre Boulez a composé des musiques sur le Marteau sans maître et le Soleil des eaux
• Terres mutilées, montages de textes, dits et chantés, par Hélène Martin.
Mais, l’incontournable qui m’a ouvert les chemins de la poésie et de la littérature en tous ses
états :
• Georges MOUNIN, La communication poétique, précédé de Avez-vous lu Char ?, les Essais
CXLV, NRF Gallimard, 1947, réédité en 1969.
En espérant qu’il ne soit point épuisé.
• La Toile se prête à la littérature aphoristique et au voisinage des poètes et des peintres : René
Char se dissémine - se dissimule (!) - sur pas mal de sites, blogues et groupes de discussions.
• Pour entendre Char dit par d’autres que par lui-même, un nom, un seul : Laurent TERZIEFF.
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 05/07/2007 00:07
Steeve
(Toulouse)

Bonjour,
Juste un petit signe avant une prose plus elaboree pour temoigner a propos du "conservateur des infinis visages du vivant"...est-il toujours possible de se joindre a vous tous pour l'emission du 9 juillet ? Je viens des Etats-Unis, presque pour la circonstance...
Tres chaleureusement,
[France Culture] Bien sûr ... à lundi !
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 18/06/2007 07:06
Alexandre C.
(Templeuve - Tournai - Belgique)

Bonjour,
Je me jette à l'eau à mon tour, mais je trouve difficile de pousser à l'ombre d'un... noyer. Brrr!
N'étant pas botaniste, je me suis cassé "la coque et le cerneau" (je peux le dire maintenant) pour savoir ce que venait fiche, à propos du poète, ce nom de charabia sentant son savant, incompréhensible donc prétentieux, etc. Agacé, je l'étais: si vous aviez vu ma tête! Jusqu'à ce que je dépiste votre identité véritable - pas la nationale, évidemment...
Alors, je ne trouve pas déplaisante, bien au contraire, votre façon folklorique (au sens Paul Sébillot, sans jeu de mots) de planter un arbre le 14 juin, pour marquer le coup. Que par-dessus le marché, cet arbre ne soit pas une "essence d'ornement" (je baragouine, n'étant pas botaniste) vaut mieux que les plantes godiches et fin de siècle qu'on trouve désormais à chaque rond-point (Dieu sait s'il y en a!), sur les bords d'autoroute (Dieu sait s'il y en a!) et dans les lotissements petits-bourgeois (Dieu sait... - enfin ça fait beaucoup;-)
Aussi, puisque Laetitia pense à Paul Veyne, on pourrait faire d'une pierre deux coups.
Par une anecdote de la Résistance (le 18 juin n'y est pour rien, surtout que René Char et de Gaulle font deux), que j'ai trouvée dans "Char en ses poèmes" - le fameux livre cité par notre amie de Grambois. C'est le récit du noyer qu'il fallut déraciner, - et il n'était pas question de récupérer la ronce.
"De son action dans la Résistance, René m'a raconté très peu de choses. J'étais pourtant avide de savoir et je le questionnais souvent; il répondait gentiment, mais sans passion, sur un ton de routine et d'ennui, et laissait retomber la conversation; il n'aimait pas parler de cela [...]
Paradoxalement, la seule anecdote sur laquelle il se soit étendu avec complaisance est insignifiante, ou plus poétique que guerrière : "Un jour, pendant la guerre, on m'a demandé de trouver sur le plateau de Valensole un terrain nu où des avions alliés en difficulté pourraient se poser. Je trouve un grand champ convenable, mais un magnifique noyer vieux de trois siècles s'élevait au milieu. Le propriétaire acceptait de louer le champ, mais refusait obstinément d'abattre le bel arbre. Je finis par lui dire pourquoi il nous fallait ce terrain; il accepte alors. On commence à dégager la base de l'arbre; on suit la racine majeure, très longue et épaisse, sur une dizaine de mètres. À l'extrémité de la racine, nous trouvons les ossements d'un guerrier enterré dans son armure. Cet homme devait être un guerrier du Moyen Âge" (mieux vaut penser à une sépulture gauloise du troisième ou du deuxième siècle avant notre ère) "et il avait une noix dans la poche lorsqu'il a été tué, car l'extrémité de la racine maîtresse arrivait exactement à la hauteur de son fémur. La noix avait poussé dans la tombe". René savourait son propre récit autant que celui du tir au couteau dans la banlieue marseillaise. C'est l'arrière-histoire d'une phrase des Feuillets d'Hypnos, "on supposera que les morts inhumés ont des noix dans leurs poches et que l'arbre un jour fortuitement surgira". Dans l'angoisse des combats, Char a dû se répéter souvent que, même s'il était vaincu, tué, oublié ou calomnié, quelque chose pouvait naître un jour du peu qu'il avait accompli ou écrit (à ses yeux, la poésie avait beau être le seul sacré qui fût, elle n'était guère plus grosse qu'une noix)."
Si le noyer était vieux de trois siècles, on peut difficilement penser à une sépulture gauloise du troisième ou du deuxième siècle. Question de temps. Mais peu importe: "Le fruit est aveugle. C'est l'arbre qui voit." ("Feuillets d'Hypnos", 165).
La remarque de Sliwka me fait penser que la plus grande lectrice de René Char, c'est sans doute la Sorgue. Avis à l'équipe de "Travaux publics": c'est à elle qu'il faudrait tendre le micro.
Pour les profanes, je trouve d'ailleurs que réduire l'oeuvre de Char à sa poésie (au sens étroitement littéraire du terme) est injuste et dangereux. Le théâtre des "Trois coups sous les arbres" est autrement -plus?- parlant que les éclats de vers et les pépites qu'on trouve dans ces parois verticales. En tout cas bien moins hiératiques. Oui, son théâtre est plus causant.
Je vais terminer en rebondissant - très court- sur la remarque de Hélion.
Max Weber parlait du politique ou du savant "als Beruf", comme vocation-profession. Dans le cas de René Char, il me semble que la poésie n'a pas été "Beruf", mais plutôt destin ou destinée, ce à quoi Char en tout cas s'est destiné. Si on demande vers quoi?, on pourrait répondre d'un mot: la Beauté. Aussi, je crois qu'il n'est pas né poète, parce que personne ne naît poète; et pour revenir dans l'ombre du Noyer, (l')être (du) poète, c'est (de) renaître. Résistance est renaissance; poésie, liberté. Vieux réflexe appris d'Eluard?
"La seule liberté, le seul état de liberté que j'ai éprouvé sans réserve, c'est dans la poésie que je l'ai atteint, dans ses larmes et dans l'éclat de quelques êtres venus à moi de trois lointains, celui de l'amour me multipliant." Et ce n'est pas là une oeuvre de jeunesse: c'est dans "Eloge d'une Soupçonnée" (1988).
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 14/06/2007 07:08
Juglans Regia L.
(Vercors)

1907 L’ é c l a i r m e d u r e 1988
(Si nous habitons un éclair, il est le cœur de l’éternel. )
*
Né un 14 juin, calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur.
Re né chaque nuit de juin - nuit de juin!... l'autre mois du solstice, juin l'autre Jean. Le plus lumineux de l'an, qui fait le tour et chasse nos jours sans espoir de retour - si périssable est toute chose née !
Naître, disent les Asciens (genres de l'ombre, à même le sol), - naître, la belle affaire!
Renaître compte bien plus: une fois, deux fois, trois fois... (La pulsation d'aile chez certains papillons.)
« Fils de rien et promis à rien, nous n’aurions que quelques gestes à faire et quelques mots à donner. Refus. Interdisons notre hargneuse porte aux mygales jactantes, aux usuriers du désert. L’œuvre non vulgarisable, en volet brisé, n’inspire pas d’application, seulement le sentiment de son renouveau. »
*
Tu as bien fait de partir, René Char. Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bon heur possible avec toi.
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 13/06/2007 09:12
Lætitia
(Grambois)

Sliwka, je vous jalouse - que voulez-vous?
Ce n'est pas pour pinailler, mais pour servir à l'instruction publique, que je relève votre phrase qui me fait rougir: "marcher avec mes étudiants aux côtés de Paul Veyne le long de l'eau en l'écoutant raconter le grand René". Or, vous qualifiez ce moment d' "émouvant". Le lecteur, s'il est un homme, doit le prendre comme une litote réussie. Les femmes vous envieront.
En 1995, Catherine Darbo-Peschanski observait ce trait:
«René Char disait des brouillons de ses poèmes, qu’ils ne sont que les excréments du troupeau transhumant de la poésie, Paul Veyne le dit crûment de ses livres mêmes. C’est que ce sceptique nietzschéen, qui nie la rationalité du cours de l’histoire, et qui voit se succéder en elle, comme autant de constructions fortuites, d’immenses édifices de croyances, faisant chacun office de vérité le temps que s’en édifie un autre, n’épargne pas à sa propre réflexion la fragilité qu’il voit dans toute pensée. »
(1995, c'est Le Quotidien et l'intéressant.)
Faut-il rendre le mouvement plus sensible?
« La poésie se déplace, disait René, elle n’est pas la même d’une époque à l’autre, non pas parce qu’elle change, mais parce qu’elle a besoin de nouveaux pâturages et parce qu’il y a un territoire illimité à découvrir. Ce troupeau en migration laisse derrière lui les excréments des objets dont il s’est nourri, à savoir ses brouillons, ratures et variantes, l’arrière histoire anecdotique de ses poèmes et les idées plus ou moins justes qui l’on aidé. Bref les parties mortes de l’écriture. »
(René Char en ses poèmes, Gallimard, 1990, p. 114).
Ces deux textes pour abonder dans votre sens, Sliwka.
Enfin, surtout, en marge de René Char (1907-1988), je suis heureuse, cher Paul Veyne, de mettre un mot à ces Travaux publics - le 13 juin, jour de votre anniversaire: puissiez-vous l'avoir très doux!
Lætitia.
****
http://php.bm-lyon.fr/video_conf/detail.php?id=86
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 10/06/2007 23:33
sliwka
(avignon)

à Fontaine de Vaucluse, il y a presque dix ans, si émouvant de marcher avec mes étudiants aux côtés de Paul Veyne le long de l'eau en l'écoutant raconter le grand René... ce serait très joyeux de lire aujourd'hui ses textes plutôt que de citer à tort et à travers le poète, juste avant d'aller jouer dans un bistrot avignonnais qui lui aurait plu sans aucun doute, Mon Bar...
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 05/06/2007 22:40
hélion
(versailles)

ce qui me touche dans l'exposition sur Char (et dans la biographie de L. Greilsamer) c'est cette forme de décision inscrite tôt dans son existence que la poésie SERAIT sa vie toute entière. Une sorte d'ermitage affirmé dans ce petit jardin de la littérature (loin le plus souvent de la gloire voulue des romanciers, le poète devine qu'il trouvera -peut être - ses lecteurs dans une sorte d'au delà du présent, qu'il est avant tout un travailleur posthume, inévitablement en-avance).
amitiés
;-)
http://dansunan.blog.lemonde.fr/
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 05/06/2007 18:05
BLATTER LE FLOCH
(LYON)

Les textes de René CHAR découverts à 19 ans (j'en ai 50 ) accompagnent mon espace mon imaginaire et cette petite vie qui est la mienne sans jamais faillir: aucune des étapes de ma vie n'a jamais renié ni affadi le pouvoir de sa poésie .Intacte l'admiration pour le géant Char forçant et épurant la matière des mots comme un Rodin de la langue, et puis le Juste toujours .. Il y 12 ans , dans la salle d'accouchement où allait naître mon deuxième enfant j'avais aux oreilles des écouteurs et la voix de René CHAR qui roulait ses vagues de lutte et de matins , ainsi les contractions furent- elles plus supportables, et le souffle réglé sur la parole de l'homme, ainsi une naissance s'accompagna-t-elle de cette poésie instinctivement du côté du vivant. En cette fin d'années scolaire un groupe d'élèves m'offre : "Char dans l'atelier du poète" comment savaient- ils? Je n'ai évoqué le poète qu'à l'occasion de cet anniversaire, soucieuse de ne jamais en faire un objet d'étude! Mais il y a de l'imposture à trop dire et à trop parler quand il s'agit de Char. Je continuerai donc doucement à me taire même si ce silence -là aussi peut à peine rompu par quelques mots participer à la rencontre prochaine en Avignon.
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 05/06/2007 10:14
Yan Balace
(France)

Pour en finir avec l’idée que la poésie…
Il faudra en finir avec l’idée que la poésie puisse être l’objet d’un grandeur, d’une mesure sans autre étalonnage que le discours qui la formalise, sans preuve qu’une magnitude qui n’ébranlerait que le vent qui l’agite.
Rien de vain, rien de véritablement utile, de véritablement inutile, mais écrire une poésie du refus qui formulerait à proximité une vérité ascendante dans son dénuement.
Une sorte d’économie sans calcul et sans pauvreté proche de l’étonnement une poésie à peine esquissée à peine effleurée mais sans mystère, ni mystérieuse alchimie, présente, évidente.
Ne pas “ faire ” mais “ être ” le poème, non pas hors du commun mais dans la réalité du quotidien avec ou sans le chant qu’il vienne ou qu’il se taise.
La vie comme elle est, comme elle va, sans saisie sans dessaisissement d’étoiles, d’affleur ou effleurée légère et de plain-pied sans s’écouter parler sans s’écouter écrire ni construire la statue du poète tel que les poètes parfois (rigor mortis) (?) la conçoivent.
Lorsque je reviens, plaisir et fardeau se mélangent de relire, bonheurs et immenses déceptions. (Bouger les icônes mobilise l’ignorance qui refuse le devenir qui change le présent immuable)
Char s’amenuise sur sa brouette pensive de vieux jardinier de la Sorgue, quelques éclairs, beaux coups de sabre laser dans le vide sidéral, quelques fulgurantes traces, beaucoup de preuves magnétiquement posées. Une vie et des mots charpentés pour durer. Il durera comme perdurent Le grand Meaulnes, A la recherche du temps perdu, (Maurice Carême aussi.)
On ne peut traverser en témoin un siècle qui se serait arrêté aux contreforts ou bien il faut se taire à jamais lorsque je parlerai ainsi un langage des merveilles ou une dissonante trivialité il faudra me rejeter mais sans doute me serais-je rejeté moi-même.
Il s’agit de formuler un champ possible de la poésie, qui soit dans le mouvement de ce temps, qui est le notre et non pas de resservir de vieilles recettes, qui même si elles ont eut la faveur (la défaveur aussi, parfois) de leur époque, ne peuvent prétendre être un modèle, à peine une piste aujourd’hui.
Il y avait bien sur une certaine provocation dans mes propos, ce qui vous a peut-être poussé à réagir dans une réflexion sur René Char et l’action en poésie. Vous avez sans doute aussi mesuré la déception qu’il y a parfois à revenir sur certains auteurs, textes, les nôtres aussi … Char s’est construit une statue hiératique, seules certaines phrases m’interpellent encore, avec une grande force, mais globalement, l’ensemble de son œuvre ne me parle plus que très peu. Je me suis étonné, bien que je sache qu’il faille mesurer l’écrit sur le présent immédiat, avec recul, bien que je sois également convaincu que dire dans l’instantanéité est aussi un acte d’implication (relatif) dans le mouvement du réel, de son silence après guerre et jusqu’à « l’affaire » des missiles nucléaires du plateau d’Albion, son voisinage, pendant ce temps, étaient passées, les guerres du Vietnam, d’Algérie et tant d’autres, de décolonisation et d’après décolonisation, silence dans sa poésie, comme s’il n’avait défendu que dans sa proximité, un territoire palpable, à chacun son viatique... Aujourd’hui l’idée que l’on se fait du monde ne peut se puiser dans les eaux où s’épanche la roue de son propre moulin. La terre est devenue très petite.
Peut-être n’est ce pas « la mission », s’il en est une, de la poésie que d’écrire sur la situation politique du monde, mais, puisque vous parliez d’action poétique, je n’en veux rien comprendre d’autre qu’une action impliquant la parole poétique en même temps que la prise de position politique…ce que j’ai nommé le fusionnel, lorsqu’il n’y a pas de distance entre l’écrit et celui qui écrit, mais l’unicité d’une seule parole.
Char n’est pas dans ce dépouillement, il veut en magnifier la nudité par un discours, Un « habillage » très travaillé sur celle-ci. Cela produit beaucoup d’effets d’illusionniste dans lesquels tout le monde se perd, sauf quelques spécialistes qui confondent poésie et dissection. On y trouve une sorte de beauté très formelle, très ciselée mais très froide qui est une adresse à lui-même et puis parfois la fulgurance d’une vérité : « Le champ de la blessure est de tous le plus prospère » que n’arrivent pas à noyer ces grandes constructions bavardes d’un art qui s’est voulu mystère et ne demeure que précieux, le plus souvent et finalement hermétique parce qu’il accède rarement à la compréhension immédiate, ce qui se pourrait concevoir, mais encore moins, à une approche étonnée. Char ne donne pas des armes pour passer mais des feux incompréhensibles, énigmatiques lucioles qui clignotent dans la nuit, sans montrer le chemin.
Etre déçu lorsqu’on demandait beaucoup, trop peut-être, ce n’est pas détester, c’est exiger encore, je relirai des instants choisis, après tout une œuvre se vit dans sa globalité, ses hauteurs et ses chutes présumées… Mais j’ai toujours préféré la surprise, cette vivacité, cette spontanéité de poètes déchirés qui avancent avec la seule force de leurs mots, Salabreuil, Michaux, Henri Pichette quelquefois, Artaud m’échappe souvent dans les rouages désaccordés de ses mondes intérieurs, puis, quelques autres textes. Je ne vois, mais ce n’est pas un hasard, de poésie véritable que dans l’économie, la force et la vérité d’une expression élémentaire que seul partage le chant.
Il n’y a pas de grandeur dans la poésie, parfois un courage certain, mais sommes nous concernés en Occident ?,Il y a surtout une grande patience pour surmonter et ne pas tomber dans le futile, le dérisoire…
Finalement et je n’avais pas bien écouté ce que me disait un vieux copain, (il y a des personnes que l’on ne connaît que depuis quelques mails impressionnants de simplicité, qui rendent lisible la complexité) La modernité n’existe pas, tout se passe dans la marge, la poésie est là, dans cette lisière étroite entre le banal et le merveilleux, sans être ni banal ni merveilleux, une sorte d’équilibre très instable où tout se tient en permanence sur le fil entre évidence et désagrégation. La poésie cette formulation écorchant le vif ne recèle aucune frontière ni dans l’espace, ni dans le temps.
Tout sera oublié, aucune strate ne se superposant à d’autres accumulations de preuves. Tout toujours est à recommencer, à chacun de coudre ou de recoudre, s’il en a le courage le chemin qui mène jusqu’à soi et puis de tenter d’en construire une réalité qui parfois (se) désagrège.
La poésie, ce n’est pas de la psychanalyse, ni des équations, ni même un sujet d’étude qui toujours échappera aux tentatives de définition. Il n’y a rien à dépasser parce qu’il n’y a pas de critères, ni d’engagement, ni rien, ni personne à tuer. Ensuite, soit on choisit le silence, mais souvent c’est parce que l’on n’a rien à dire, cela reste à prouver, il y a toujours quelque chose à dire, mais on ne se sent pas (plus) concerné, vivre aussi parfois ça casse et quand c’est souvent, ça casse beaucoup, parfois irrémédiablement.
L’artiste, je ne vois pas de qui vous parlez, l’art je ne connais pas. J’écoute, je ne cherche pas le défaut, ni la faille, je tente de comprendre le cheminement, c’est toujours facile de s’imaginer détruire l’autre et c’est souvent le conforter, dans sa puérilité ou sa force…sa dérision aussi parfois…
Cette époque est « inouïe » dans sa capacité de démesure sans alternative, puisqu’il s’agit de prendre parti et de s’impliquer entre la pseudo force du bien, contre la pseudo force du mal.
Je lisais récemment sur une liste de diffusion dédiée à la musique « ce n’est pas un temps pour les poètes. » D’une part il n’y a pas de temps pour les poètes mais, celui ci est très précisément un temps d’indécision, un temps de parole poétique et d’engagement.
Mars 2004
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