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par Matthieu Garrigou-Lagrange le mardi de 15h à 16h |
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Par Matthieu Garrigou-Lagrange et Isabelle Yhuel
Truman Capote est l'auteur de six romans dont deux seront publiés après sa mort.
Cela est peu, bien sûr, mais parmi ces six ouvrages, au moins deux sont des chef-d’œuvres, dans deux registres totalement différents. Petit Déjeuner chez Tiffany d’abord, court texte évaporé et poétique et De Sang froid ensuite, livre révolutionnaire et mondialement connu, où Capote invente un style littéraire, le « roman non-roman », dans lequel il raconte une histoire vraie avec tous les ressorts de la fiction.
La vie de Truman Capote elle-même est d’ailleurs particulièrement romanesque. C’est l'histoire d'une ambition. Celle d'un enfant né en 1924, balloté entre ses parents et une famille de substitution, puis d'un adolescent fasciné par les paillettes et la littérature qui va se faire à lui même le serment de devenir l'un des plus grands écrivains de son temps et qui va y parvenir.
Mais c’est paradoxalement cette réussite flamboyante, tant sur le plan littéraire que mondain, qui va marquer pour lui le début d’une douloureuse déchéance. Son dernier livre, Prières exaucées, en est le symbole. Car, pour reprendre la citation de sainte Thérèse d’Avila qui a inspiré ce titre, « Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas ».
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Par Catherine Pont-Humbert et Anne-Pascale Desvignes
Une réputation de scandale a longtemps accompagné - et continue en bonne part d’accompagner - Henry Miller. L’auteur du Tropique du Cancer, du Colosse de Maroussi, l’ami d’Alfred Perlès, d’Anaïs Nin, de Lawrence Durell, l’homme à femmes, l’amoureux de la vie, du sexe, du vin, de la fête, a toujours choqué les bien-pensants. Si, en France, on connaît bien l’histoire de son séjour parisien, de ses déambulations dans les bas-fonds de la capitale dans les années 30 - dix années décisives au cours desquelles il devient écrivain - que sait-on vraiment de cet homme resté, en dépit de tout, totalement américain ? Il suffit de l’entendre parler - dans une langue française dont on sent qu’il l’aime formidablement - pour savoir que cet homme-là se moquait éperdument des bigots et qu’il avait une confiance dans la vie et dans l’écriture qui dépassait la petitesse des jugements portés sur lui.
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Par Florence Colombani et Céline Ters
Faire le portrait de Joseph L. Mankiewicz, c’est d’abord plonger dans une œuvre chatoyante, celle d’un véritable auteur à l’européenne qui se trouve être aussi un grand nom de l’âge d’or hollywoodien. Là où, à la même époque, ses confrères exécutent sans discuter les commandes du studio qui les emploient, Mankiewicz écrit lui-même la plupart de ses films. Le cinéaste est un dialoguiste virtuose, un maître de la structure dont on ne cesse, aujourd’hui encore, d’imiter les trouvailles : a-t-on seulement mesuré tout ce que la série « Desperate Housewives » emprunte à son splendide « Chaînes conjugales » ?
En vingt films, Mankiewicz explore quelques grands thèmes, comme autant de leitmotive. La fuite du temps, avant tout : la vie file entre les doigts de Madame Muir, dont le grand amour est un fantôme (« L’Aventure de Madame Muir ») comme s’écoule le sablier imposant de « Guêpier pour trois abeilles ». Autre obsession, la manipulation qui régit les rapports entre les êtres : que l’on songe à l’intrigante Eve qui vole la place de la star Bette Davis, ou au duel feutré du valet James Mason et de sa patronne Danielle Darrieux dans « L’Affaire Cicéron ». La notion toute relative de vérité, enfin : dans « La Comtesse aux pieds nus », une même scène, montrée de points de vue différents, s’avère pleine de surprises…
Né il y a tout juste cent ans dans une famille d’immigrés allemands aisés, Joe grandit dans l’ombre de son frère aîné Herman, le futur scénariste de « Citizen Kane ». Il intègre l’université de Columbia à seulement quinze ans, et la MGM cinq ans plus tard. Producteur de prestige, il suscite la colère du patron Louis B. Mayer lorsqu’il s’éprend d’une jeune étoile du studio, Judy Garland. Attiré par la fêlure, Mankiewicz l’est sans nul doute, lui dont l’épouse Rosa est enfermée en clinique psychiatrique après la naissance de leurs deux fils. Il signera du reste, avec « Soudain, l’été dernier » (d’après Tennessee Williams), un saisissant portrait de femme menacée par les dérives de la psychiatrie moderne.
Une fois lancé dans la réalisation, plus rien ne peut arrêter Mankiewicz, qui gagne vite la considération générale pour ses scénarios sophistiqués et la subtilité de sa direction d’acteurs. Avec « Eve », il explore les coulisses du monde du théâtre, et dans « La Comtesse aux pieds nus » -, celles du cinéma. Son chef-d’œuvre méconnu est sans nul doute « Cléopâtre », film-mastodonte dont le tournage souffre du scandale de la liaison Taylor-Burton. Le film – le plus cher de l’histoire du cinéma à l’époque – coule la Twentieth-Century Fox mais apparaît aujourd’hui comme une œuvre intime et douloureuse, un film d’amour d’une grande beauté.
Extraits de “Paradis conjugal” d’Alice Ferney (Albin Michel) et de “Cinéma” de Tanguy Viel (Editions de Minuit), deux romans inspirés de films de Mankiewicz.
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