Retour à la page d'accueil
fantastique
parution du 16/11/2009  


n° 358  
le journal des concerts de Radio France

accueil

éditorial

dernières nouvelles

calendrier

concert de la semaine

histoire d'une oeuvre

portrait

porte ouverte

numéros précédents

recherche

contactez-nous

credits


orchestres et choeurs

la saison musicale






Oserait-on l'appeler Igorchka ?

© BNF/dr

histoire d'une oeuvre

fantastique n°51 - 29/12/2003

Stravinsky : Pétrouchka

Entre les soieries de l'Oiseau de feu et les secousses telluriques du Sacre du printemps, voici venir les facéties de Pétrouchka. Rendez-vous le 8 janvier au Théâtre des Champs-Elysées.

Certaines partitions furent écrites comme des récréations par des compositeurs désirant se distraire d'un travail harassant. C'est ainsi qu'en 1910, après avoir composé l'Oiseau de feu, et alors qu’il songeait déjà au Sacre du printemps, Stravinsky imagina une pièce brève pour piano et orchestre. Il se trouvait alors en Suisse et écrira plus tard, dans les Souvenirs de ma vie : «Je voulus me divertir à une partition orchestrale où le piano jouerait un rôle prépondérant. (...) J'avais nettement la vision d'un pantin subitement déchaîné, qui par ses cascades d'arpèges diaboliques exaspère la patience de l'orchestre, lequel à son tour lui répond par des fanfares menaçantes. Il s'ensuit une terrible bagarre qui, arrivée à son paroxysme, se termine par l'affaissement douloureux du malheureux pantin. Ce morceau bizarre achevé, je cherchai pendant des heures (...) le titre qui exprimerait en un seul mot le caractère de ma musique, et conséquamment la figure de mon personnage. Pétrouchka ! L'éternel et malheureux héros de toutes les foires, de tous les pays ! C'était bien ça, j'avais trouvé mon titre.»

Très vite, à l'instigation de Diaghilev, le morceau de divertissement se transforma en un projet bien plus vaste et devint un ballet qui, situé entre l'Oiseau et le Sacre, constitue le second volet de la trilogie russe du compositeur. Alexandre Benois, amoureux du théâtre de marionnettes, imagina le scénario et les décors du ballet ; Fokine, après le succès de l’Oiseau de feu, se chargea de nouveau de la chorégraphie ; Nijinsky dansa le rôle de Pétrouchka. L'œuvre fut créée à Paris, le 13 juin 1911, au Châtelet, sous la direction de Pierre Monteux.

Histoire de polichinelle

Pétrouchka, c'est le Polichinelle russe, pantin grotesque et maladroit qui n'est pas si éloigné du Pierrot-Pasquarello italien. (La pantomime qu'écrivit Berlioz au deuxième tableau de son opéra Benvenuto Cellini n'a-t-elle pas, par son instrumentation burlesque et sa trivialité étudiée, des accents stravinskiens ?)

L’action du ballet, sous-titré «scènes burlesques en quatre tableaux» (le troisième reprend la matière du morceau original pour piano et orchestre) se déroule à Saint-Pétersbourg en 1830, pendant les fêtes du mardi-gras. «Pétrouchka trouve son équilibre en jouant sur une opposition entre le réalisme d'un décor (fête foraine et réjouissances populaires) et le merveilleux d'une fiction (l'aventure des trois marionnettes)», explique Marc Vignal. La musique joue constamment sur ces deux degrés : tantôt lyrique, tantôt parodique, elle utilise un orchestre foisonnant (où le piano, volontiers percussif, est intégré aux autres instruments), aux couleurs tranchées, souvent râpeuses. Les successions rapides d’atmosphères, les juxtapositions de thèmes, les citations (la chanson «Elle avait une jambe de bois»* dans la première partie, une valse de Joseph Lanner dans la troisième, etc.), les collages en tout genre font de Pétrouchka une partition d’un dynamisme et d’une énergie rares.

Comme l'écrit André Lischké : «Bien que Pétrouchka soit, paradoxalement, beaucoup plus diatonique et moins chromatique que l'Oiseau de feu, tout y sonne de façon neuve : l'harmonie avec ses procédés de superpositions d'accords ou de mouvements linéaires différents ; l'instrumentation, avec ses effets acides, stridents ou grotesques ; et les rythmes, avec leurs changements fréquents (par exemple, succession de mesures à 3/8, 3/4, 5/8, 2/4), annonçant directement le Sacre du printemps.»

Christian Wasselin

* «Elle avait une jambe de bois / Mais pour que ça ne se voie pas / Elle avait mis par en-dessous / Une rondelle de caoutchouc. / Elle avait pissé partout / Mais pour que ça ne se voie pas / Elle avait mis par en-dessous / Une culotte de caoutchouc.»




en savoir plus sur le concert du 8 janvier



<< retour numéros précédents >>




> LES RADIOS
 France Inter
 France Info
 France Culture
 France Musique
 France BLEU
 FIP
 Le Mouv'
 France Vivace
 Sophia

> LES CONCERTS

> RADIO FRANCE
 le groupe RF
 le kiosque
 RF Publicité