


Aussi gourmand que chrétien : Rossini 
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fantastique n°219 - 19/03/2007 |

Rossini : Petite Messe solennelle
Dans le cadre du cycle Portes ouvertes intitulé : "Voix", le Choeur de Radio France chante la Petite Messe solennelle le 31 mars à 20h.
"Bon Dieu, la voilà terminée, cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire, ou de la sacrée musique ? J'étais né pour l'opéra buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cœur, tout est là."
Ainsi Rossini s'adressait-il au Seigneur à la fin de la partition de sa Petite Messe solennelle, la dernière œuvre de grande envergure qu'il ait menée à bien, celle qu'il qualifiait de "dernier péché mortel de ma vieillesse" - en référence à la célèbre série de pièces de chambre qu'il composa en sa retraite de Passy et qui furent rassemblées, en plusieurs cahiers, sous le titre de Péchés de vieillesse.
Anticipant sur la veine humoristique, voire irrévérencieuse d'un Eric Satie, Rossini, en ces temps, apprécie les titres iconoclastes : Chœur de chasseurs démocrates, Mon Prélude hygiénique du matin, Prélude prétentieux... Mais il ne faudrait pas s'y tromper : comme cela sera le cas pour Satie, les brèves pochades des Péchés de vieillesse sont autant d'audacieuses pointes poussées vers la "musique de l'avenir", cette musique qu'aspire à représenter le jeune Wagner (qui avouera, en 1860 : "Rossini me fit l'impression d'être le seul homme vraiment grand et estimable que j'aie jusqu'ici rencontré dans le monde artistique") et à laquelle Rossini ne croit qu'à moitié, tout autant que de savantes paraphrases des techniques du passé, dont, sur son déclin, le joyeux Pesarais veut prouver qu'il les maîtrise autant qu'il les comprend, sans pour autant les prendre trop au sérieux.
Chantons sans façon
Ainsi, la Petite Messe solennelle campe-t-elle à la fois un musicien rompu à la grande tradition contrapuntique et un homme simple, pour qui la foi se chante sans façon, avec les tripes, avec la joie, une sorte de précurseur du gospel... Les effectifs choisis donnent déjà une idée de ce penchant à la simplicité, en même temps que de la facétieuse modernité du Maître ; pour l'exécution de la Messe, "douze chanteurs des trois sexes, Hommes, Femmes et Castrats, seront suffisants, savoir huit pour le Chœur, quatre pour les Solos, total douze Chérubins. Bon Dieu, pardonne-moi le rapprochement suivant. Douze aussi sont les apôtres peints à fresque par Léonard dans la Cène. Seigneur, rassure-toi, j'affirme qu'il n'y aura pas de Judas à mon Déjeuné (sic) et que les miens chanteront juste et CON AMORE tes louanges..."
L'harmonium, pour sa part, grâce à une tenue des notes dont le piano est incapable, sert de guide-chant et, en outre, il confère à l'œuvre son caractère de dévotion désuette. Là encore, il faut voir émotion et facétie chez Rossini : cette distribution instrumentale évoque aussi bien les mélodies sucrées de salon (très à la mode alors, à Paris, et auxquelles il avait lui-même sacrifié), les pièces liturgiques du XIXe français et la sonorité aigrelette de quelque orgue de village, tel que le compositeur put en entendre lors des offices de sa jeunesse (l'œuvre connut aussi une version orchestrale, que Rossini ne se résolut à réaliser qu'"afîn d'éviter que quelqu'un d'autre ne le fasse"). Le titre paradoxal de PETITE Messe SOLENNELLE peut s'expliquer par le choix de cette distribution réduite, contrastant avec la relative ampleur de l'œuvre et l'emploi du texte intégral d'une messe solennelle (les cinq parties principales - Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei -, longuement développées, se voient accompagnées d'un Preludio religioso pour l'Offertoire et de l'antienne de l'élévation O salutaris hostià).
Néanmoins, l'ambiguïté de l'œuvre fut encore accentuée par sa destination : dédiée à la comtesse Louise Pillet-Will, elle fut créée le 14 mars 1864 dans la chapelle privée de cette dame, au cours d'une soirée des plus mondaines. Entre les deux parties de la Messe (après le Gloria), les deux cent cinquante invités - parmi lesquels les compositeurs Ambroise Thomas, Auber et Meyerbeer, mais aussi le baron de Rothschild et le Nonce du Pape - s'en furent se sustenter au faramineux buffet, qui avait été conçu pour satisfaire la célèbre gourmandise du Maestro.
Le succès fut bien entendu foudroyant. Et, pourtant, aujourd'hui encore, cette Messe (la quatrième de Rossini) surprend l'auditeur, par son mélange de légèreté et d'austérité, de dépouillement et de grâce, les clins d'œil au passé dont elle abonde et les intuitions sur l'avenir dont elle est traversée.
Olivier Rouvière
Ce concert sera diffusé ultérieurement sur France Musique.
en savoir plus sur le concert du 31 mars à 20h

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