Nicolaï Lugansky, le chantre de Rachmaninov 07 Juillet 2003
Nicolaï Lugansky vient d'enregistrer pour Erato (mais oui !) les Premier et Troisième Concertos pour piano de Rachmaninov (après avoir déjà enregistré le Troisième en 1995 avec l'Orchestre de Russie). Il revient au Troisième à Orange avec l'Orchestre National que dirige Mikhail Pletnev.
Entre Lugansky et Rachmaninov, l'histoire d'amour ne date pas d'hier. Son enregistrement des Etudes Tableaux et des Variations sur un thème de Corelli avait surpris et comblé. Elève de Tatiana Nikolaieva, Lugansky a commencé de s'attaquer aux concertos de son compositeur favori, dont il dit aimer toutes les oeuvres (y compris celles qui ne font pas appel au piano) et avoir une tendresse pour le Premier Concerto.
Des disques Schumann, puis Chopin ont précisé la manière dont ce jeune artiste appréhende la musique : la musique, oui, et non pas seulement la technique, car notre jeune pianiste confesse aussi une folle passion pour Sibelius, qu'il considère comme l'une des grandes figures du XXe siècle.
"La musique est bien au-dessus de tout cela"
Nicolaï Lugansky met la musique au-dessus de tout, ce qui ne l'empêche pas de s'intéresser à autre chose et de s'ouvrir à la beauté du monde. "Quand j'étais adolescent, j'ai beaucoup lu, Dostoivevski, Maupassant, Proust... Mais je trouve que la littérature est plus une sublimation de problèmes personnels qu'un art au sens strict. Maintenant, je préfère la poésie : Pouchkine, Pasternak (dont les vers me plaisent autant que le Docteur Jivago), Goethe, Rückert. Lorsque je relis Proust, je le trouve trop long. Il n'y a qu'un seul regard, qu'une seule personne qui parle. Cela me gêne. Alors qu'un individu normal partage ses soucis avec ses amis ou sa famille, un écrivain se croit autorisé à les faire connaître à tout le monde, c'est étrange ! Et les réalisateurs de cinéma font la même chose, d'ailleurs mon goût dans ce domaine est vraiment étroit, limité à quelques films de Luis Bunuel : Cet obscur objet du désir, le Charme discret de la bourgeoisie, Belle de jour..." *
De la culture, donc, une sensibilité en éveil, mais aussi un sens des hiérarchies exprimé avec candeur : Nicolaï Lugansky se demande même si la musique ne serait pas le seul de tous les arts, celui qui ne se contente pas d'exprimer les émotions mais sait les transcender. Et ceux qui verraient un paradoxe dans son attachement à Rachmaninov ne doivent jamais oublier que Rachmaninov, avant d'être un pianiste ou une âme éplorée, était un compositeur.