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Economiste mon amour

Dimanche 15 Novembre 2009 19:47

Journal intime, 22
Economiste mon amour
Aujourd’hui recevant un énième livre sur la Crise de 29, j’y cherche en vain l’information essentielle : combien de capitalistes se sont jetés par les fenêtres après le Jeudi Noir ? A en croire la rumeur, des centaines. D’après J.K Galbraith, qui lui aussi publia tantôt sur la crise de 29 (chez Payot) personne ne se jeta par la fenêtre. Galbraith est allé vérifier le nombre et le nom de suicidés dans l’Etat de New-York dans les noires semaines : pas un défenestré. Conclusion : le salarié se suicide (cf France Télécom), moins que le spéculateur. La crise a duré trop longtemps, et les économistes ne font plus recette. Ce week-end, ils se réunissent à Lyon et réfléchissent sur « Les Français et l’économie. » Preuve de la santé de ce peuple, les Français, paraît-il, ne comprennent rien à l’économie. Les économistes non plus. Et les économistes français n’en parlons pas. Le Prix Nobel Edmund Phelps, a calculé que la France perdait quelques points de croissance, du fait de l’ignorance économique de ses citoyens. Ce qui est la remarque la plus absurde jamais faite. Hé, Phelps, if you are so smart, why ain’t you so rich ? Si tu es si malin, ducon, pourquoi tu gagnes pas plus que les autres ? Si l’on regarde le revenu moyen des économistes américains, il est plutôt plus faible que ceux de « chercheurs » comparables. Si vous voulez perdre en Bourse, demandez des conseils à Marseille, Fitoussi, Elie Cohen, et si vous voulez vraiment vous ruiner, écrivez-moi.
Allemagne chérie
Le XX° aurait du être le siècle de l’Allemagne, après la Grande-Bretagne, la France, la Hollande et l’Espagne. D’une certaine manière il le fut, à travers deux guerres. Pourquoi la Guerre de 14 ? Pourquoi la puissance économique ne suffit-elle pas à une nation, comme la bouffe ne suffit pas à un homme, il lui faut aussi dominer les autres ? En 14, le commerce franco-allemand va bien, les rivalités coloniales paraissent oubliées, la science allemande domine largement les autres, Berlin, Vienne sont des lieux de culture extraordinaire. S’il fallait deux noms, je dirais Einstein et Freud. Mais voilà ! Il manque la puissance. Et le plaisir de « rosser le français » (Eric Maria Remarque, « A l’Ouest rien de nouveau »), après l’avoir rossé en 70. En 40, c’est autre chose. Quiconque a feuilleté ce torchon de « Mein Kampf » voit ses cheveux se dresser sur la tête en lisant ce qui attend les juifs, certes, et les français : « En finir une bonne fois pour toutes avec la France », l’ennemie héréditaire.
Il y a deux manières de sublimer la haine : passer à l’acte, ce que fit Hitler, ou épouser l’objet de sa hantise, ce que fit De Gaulle. Un ami lecteur me rappelle que De Gaulle était un affreux traîneur de sabre. Exact. Il n’avait qu’un amour, l’armée (« la France n’est rien sans l’épée ») et les allemands le fascinait. Il disait qu’ils n’avaient perdu qu’un million d’hommes en 14-18, après avoir tué un millions trois cent cinquante mille français, dont 70000 indigènes (sic) et 60000 anglais. Ils étaient donc « très productifs » (resic). Sur la base des prouesses guerrières, les français et les allemands étaient faits pour s’entendre. Mais comme on ne pouvait faire l’Europe des bottes et des fusils on fit celle des marchands, guère excitante non plus. On ne tombe pas amoureux d’un taux d’exportations.
En revanche on tombe amoureux d’une petite française ou d’une petite allemande. L’un des résultats positifs du deuxième conflit fut le nombre d’enfants de soldats allemands en France, et d’enfants de prisonniers français en Allemagne (à peu près le même nombre, plus de cent mille, avec peut-être un petit avantage pour... pour ? Ah-ah ! Lisez le livre de Buisson et vous saurez.) Les Russes laissèrent aussi beaucoup d’enfants en Allemagne, mais par force. Dans « Une femme dans Berlin » (Folio – quel beau livre !) l’héroïne (si ce mot à un sens ici) suggère avec amertume qu’il vaut peut-être mieux avoir un Russe sur le ventre qu’un américain sur la tête avec son avion et ses bombes.
En 843, les petits fils de Charlemagne se partagèrent l’Empire. L’un eut la Francie, l’autre la Germanie, et le troisième l’Etat éponyme, la Lotharingie qui donna la Lorraine, enjeu de toutes les convoitises et les guerres. Mille cent soixante six ans plus tard deux chefs d’Etat, français et allemand, utilisent le terme de « guerre civile » pour parler du conflit de 14. Si guerre civile il y eut, c’est qu’il n’y avait qu’une nation. Dont acte. Nota bene : finalement Hitler ne détruisit pas la France, mais il suggéra d’en faire un bordel, ce qui fut le cas – au moins pour Paris. Les parisiennes travaillèrent avec ardeur pour l’artilleur de Mayence. Nota bene 2 : Sur l’Allemagne, « Allemagne peuple et culture » Anne Marie le Gloannec, La Découverte, et sur 14 le journal d’Elie Faure, « La Sainte Famille » (Bartillat).



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Eric Raoult au gouvernement

Dimanche 15 Novembre 2009 19:46

Vive Eric Raoult au gouvernement !
Vous qui lisez trop de livres... Le convoyeur Toni Musulin, qui est parti avec 11 millions d’euros et son fourgon avait lu « Cotes sanguines » de Michel Naudy (Série Noire, 1985 je crois) qui décrit mot à mot son équipée : un gars se fait embaucher dans une société de convoyage, passe deux ans à étudier la psychologie et faire copain copain avec les convoyeurs, prépare son coup et se tire... Où ? C’est indiqué à la fin du livre, les flics n’ont qu’à le lire.
Eric Raoult, lui, a trop lu Marie N’Diaye. D’abord Eric est un fan des Editions de Minuit, tous les soirs et tous les matins il se farcit un peu de Claude Simon, et quand il a découvert « Quant au riche avenir » de Marie... Coup de foudre. Il lui a écrit, elle lui a répondu, ils se sont vus, aimés, mariés, et ont enfanté. Non ! je me goure : c’est Jean-Yves Cendrey qui lui a écrit et l’a épousée, Raoult avait écrit aussi, mais elle lui a répondu en soulignant les fautes d’orthographe. C’était également en 1985. Ainsi naissent les haines et les sagas sentimales.
Raoult réécrit à Marie : « Marie, je vous aime. Vous êtes noire, mais je ferai un effort. A propos, je viens de déclarer qu’Edith Cresson avait « l’argot vulgaire des femmes de poissoniers », qu’en pensez-vous, ô sombre lumière de ma nuit sans sommeil ? » Pas de réponse.
Raoult remache sa rancœur. Il dépose un amendement pour rétablir la peine de mort, se réjouit de l’expulsion de Tunisie de la journaliste Florence Beaugé, décrète le couvre feu dans sa ville de Raincy, glapit contre l’homoparentalité, bref, transforme sa douleur amoureuse en grandeur politique. Les ans passent. Personne ne se souvient plus d’Eric Raoult, sauf comme d’un gros beauf qui s’est vaguement occupé des banlieues et doit croupir avec ses kilos et ses matraques dans quelque zone urbanisée de la grande ceinture... Quand soudain Marie obtient le Goncourt ! Elle passe (brièvement) à la télé ! Raoult, qui ne passe plus depuis longtemps à la télé, a une révélation : un interview de Marie dans les Inrocks’ : « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux.» Besson, Hortefeux monstrueux, et pas moi ?
Raoult écrit à Frédéric Mitterrand pour exiger qu’il exige un devoir de réserve des écrivains lorsqu’ils sont primés.
Merci Eric Raoult, merci. Sans vous, personne n’aurait connu la phrase de Marie N’Diaye, et cette phrase est terrible. Elle peint d’un seul coup de pinceau la France d’aujourd’hui, celle où officient les Hortefeux et leur calculette à délits et les Besson et leur perversité raisonnante, ces Besson qui se croient autorisés, dans leur « vulgarité et leur flicage », à imposer un débat sur l’identité nationale. Exactement comme Eric Raoult se croit autorisé à provoquer un « débat » sur le devoir de réserve des écrivains : oui, je suis ignare, je ne fais pas trop la différence entre N’Diaye, Henri et Thuram, mais c’est justement pour ça que j’ai le droit de provoquer un débat ! On est en République, non ?
Inter : le Mètre Etalon de la sottise en politique
Il manquait un mètre étalon de la sottise en politique, ça y est, on l’a, il est au Musée de Sèvres à coté du mètre en platine, il se nomme Eric Raoult. Personne ne dira plus idiot, jamais. Le : « Que d’eau, que d’eau ! » de McMahon flotte avec les nuages de l’Olympe ; le : « Hé, y a pa eu de juifs déportés en Grande-Bretagne, hé ? » de Douste-Blazy nous ravissent de fraîcheur. Il manque un individu au gouvernement, pour parachever l’atmosphère de « flicage et de vulgarité » qui empoisonne la France et dont parle une forte écrivaine d’une belle langue. Vivement qu’Eric Raoult soit sous-secrétaire d’Etat aux Citations Autorisées.
Eric Raoult, vous n’êtes pas coupable : chaque président impose un style. De Gaulle l’histoire, Pompidou la poésie racontée aux banquiers, Giscard le bourgeois gentilhomme et la chasse à l’ours, Mitterrand la prostate et le secret du Sphinx, Chirac le rot après la bière et les mains tranquilles dans la confiture. Mais Sarko est le seul à ne pas avoir de style : « Casse toi pauvre con » c’est Arthur, Sébastien, Morandini tous ces gens qui n’arrivent à rien malgré les UV et la télé, car finalement la télé, où vous réussites, Eric Raoult, à revenir le temps de deux pauvres émissions, ne fait qu’étaler la vulgarité à ceux qui en débordent. Comment plaire à Sarkozy ? En laissant entendre que les écrivains doivent être à la botte. Rassurez-vous, ils sont assez grands pour cirer les pompes tout seuls. Malheureusement cette faconde ignare, ces poils qui sortent de la chemise emmêlés dans la chaîne en or, cette vulgarité sure d’elle – on a le fric et les flics, on n’a pas besoin des livres – n’est même plus très en cour. Votre patron se cherche en ce moment une grandeur, dans son discours du 11 novembre par exemple, et vous le ramenez à son petit commerce : un monde de flicage et de vulgarité. Merci Eric Raoult.



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Journal intime d'un économiste en crise 15

Dimanche 21 Juin 2009 22:22

Journal intime 15
Retraites
« La retraite à 67 ans » (Hortefeux). Pourquoi ? Parce que le déficit de la Sécurité Sociale, 7.2 milliards d’euros pour la branche vieillesse. Le trou de la Sécu. La dette. L’horreur. En vérité, rapporté aux 295 milliards d’euros de la Sécu, c’est peanuts. Nada. Soyons bons princes, ajoutons à ces 7.2 milliards d’euros, le déficit de la branche maladie, en faisant l’hypothèse que seuls les retraités sont malades (5 milliards). Au total, 12.2 milliards, toujours peanuts. Supposons que la part des salaires dans le PIB de la France augmente un petit peu, un tout petit peu, 1 point seulement : le déficit de la Sécu est largement payé. Autrement dit pour assurer les retraites, lesquelles sont payées largement les cotisations sociales sur salaires, il suffit de payer un peu mieux les actifs.
Mais il est vrai que l’espérance de vie augmente. Faut-il pour autant obliger les salariés à partir à 67 ans ? Et qui partira aussi tard ? Les plus pauvres évidemment, qui n’ont pas de patrimoine, qui ne peuvent pas faire autrement. Les riches, qui vivent 7 ou 8 ans de plus que les pauvres, partiront. L’idée d’Hortefeux est tout simplement lamentable.
Maintenant : supposons que le chomâge diminue. Un chômeur de moins égale un cotisant de plus et un « entretenu de moins ». Tout bénéf. Mais qui a intérêt à ce que le chômage ne baisse pas trop, sinon les salaires augmenteront ?
Et supposons que l’immigration augmente : plus de souci d’équilibre actifs inactfis, puisque les migrants sont des salariés jeunes. Il est vrai qu’un système de retraite par répartition qui fournit des retraites de plus en plus substancielles aux retraités est un système « Madoff » : de plus en plus d’entrants (une base de la pyramide de plus en plus large) pour que de plus en plus d’actifs



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Journal d'un économiste en crise 14

Dimanche 21 Juin 2009 22:21

Journal intime 14
Luce La pin
Luce me demande un texte sur les cochons... Que dire, sinon que j’aime les cochons. Ils ont les yeux vicieux de Johnny Halliday, la queue tordue de Pelloux, le poil soyeux de Catherine, les oreilles d’Honoré. Pas plus facile à dresser qu’un cochon. Il est calme, silencieux. Aucun animal n’est aussi propre, si on lui donne un gîte correct. Son nez en prise électrique est craquant. Très simple à nourrir. Un cochon de lait est beaucoup plus attendrissant qu’un nouveau-né et les éleveurs de truies en batterie et hors sol sont des porcs. Tout ça pour vous conseiller le livre de Châtelet (Exils) « Vivre et penser comme des porcs ».
Dany, le keynésien vert.
Candidat vert dans le 10°, j’avais fait un débat avec Dany Cohen-Bendit. Il y avait une chance sur un million que nous portions la même veste pied de poule Kenzo : nous portions la même veste pied de poule Kenzo. Dany expliqua pourquoi la drogue devait être en ventre libre. J’expliquai, la crise mondiale, la Taxe Tobin, l’Humanisme, la Fraternité et l’Utopie mondiale. Dany est plus concret.
En juin 44, tout le monde était coco et résistant. Aujourd’hui, tous keynésiens. S’ils savaient ! l’euthanasie du rentier, la nationalisation de la terre et du sous-sol, la décroissance... Mais peut-être sont-ils vraiment pratico-kéynésiens : le cul, le fric, les amis, les livres. « Mon seul regret ? Ne pas avoir bu plus de champagne » (Keynes)
Pigasse
Mathieu, le n°2 de Lazard, qui rachète les Inrockuptibles sur ses deniers personnels ! Mathieu Pigasse, le seul mec a suivre tous les feuilletons les plus débiles à la télé tout au long de ses nuits blanches, et à connaître merveilleusement les rouages de la finance.
Mathieu vous expliquerait très simplement pourquoi les banques américaines remboursent soudain 68 milliards de dollars (une goûte d’eau) à l’Etat qui les a abreuvé : parce qu’elles espèrent payer leurs dirigeants comme elles l’entendent. Et recommencer leurs affaires. En Europe, seul Londres s’oppose farouchement à la mise en place d’une système régulation trans-national et au retour de règles comptables moins « autorégulatrices » que la « fair-value » qui impose de faire confiance au marché au jour le jour. Les bonnes négociations sur le secret bancaire avec le Luxembourg, l’Autriche et la Suisse montrent que l’Europe – sauf Londres – est sur la bonne voie. Virer les Anglais ? Et les Irlandais en prime ?
Piketty et le partage
Qui lire en éco ? Daniel Cohen, Piketty, Lordon pour ses imprécations pro situationnistes (« La crise de trop », Fayard, est un modèle), sinon Karl Marx, qui reste une bonne base. Piketty arrive un mardi par mois dans Libé, et il a toujours une bonne idée macroéconomique. Il y a un mois il montrait un truc drôle (aussi drôle que puisse être une remarque économique) : comment les banques centrales et particulièrement la BCE, à qui il est formellement interdit de prêter aux Etats ou à une quelconque administration, tournent la chose en prêtant massivement aux banques privées qui prêtent aux administrations. « Les banquiers vous prendront toujours pour des bœufs », dirait Pigasse en feuilletant les « Inrocks » et revisionnant « Hélène et les garçons ».
Mardi dernier, Piketty, grand spécialiste de l’analyse à long terme des inégalités, revient sur le rapport Cotis, commandé par Nicolas Sarkozy au directeur général de l’Insee. Ce rapport traite du thème du partage de base dans une société, le partage salaires profits, le partage entre les salariées et les propriétaires du capital. On observe des choses surprenantes : la relative stabilité de la part des salaires, plus faible qu’il y a vingt ans, masque une inégalité croissance, un appauvrissement des salariés du au fait notamment qu’ils payent les impôts et les cotisations sociales que ne payent plus les riches. En vingt ans, le salaire moyen n’a pas bougé. Bon, rien de bien neuf. Voila le neuf. On suit les profits bruts, alors qu’il faudrait suivre les profits nets. Profit net = profit brut moins amortissement. Et oui, camarades ! Le capital se déprécie continuellement, et avant de faire de nouveaux investissements, ceux qui permettront de vous embaucher, camarades, il faut amortir, remplacer les équipements engagés. Or les amortissement représentent beaucoup, près de la moitié des profits bruts. Lorsqu’une entreprise fait 100 euros de profit, d’emblée elle en gèle cinquante pour le remplacement du matériel. Ces cinquante sont comptabilisées en charges, donc par d’impôt dessus, lequel impôt tape le profit net. Après avoir payé l’impôt, les entreprises rémunèrent leurs actionnaires. Et s’il reste quelque chose, elles achètent du matos que vous ferez travailler de vos petites mains, ô camarades aux mains calleuses pleines de cambouis et d’espoir socialiste !
Et il ne reste rien. Les entreprises donnent tout aux actionnaires, en dividendes. Elles donnent même plus qu’elles n’ont : l’épargne nette des entreprises est négative. Qui finance l’accumulation du capital, qui permet de vous employer, ô nobles camarades ? l’épargne nette des ménages, autrement dit, vous, pauvres nases ! C’est bien la moindre des choses que vous payiez les machines sur lesquelles vous suez, pendant que vos patrons payent leurs financiers où rémunèrent leurs actionnaires. « Les entreprises se sont mises à distribuer à leurs actionnaires plus de profit qu’elles ont en caisse » (Piketty). J’adore.
Nota bene : En économie, la seule question qui vaille, comme disait mon pote Ricardo, c’est le partage salaires-profit. Le reste, bull shit.

En bref...
Hadopi retoqué par le Conseil constitutionnel. Albanel, ma pauvre fille...
Tapie ne dit pas non au Club med, tandis que SOS racisme met les mains dans la confiture, pour racler quelques milliers d’euros. Quel rapport ? Quand on vole, on vole en grand, camarades, et on se fait payer par l’Etat au terme d’un procès.
Titre de Libé : « Révélations sur l’affaire Bettencourt ». Après la dernière page sur Christophe de Margerie, le patron de Total, que nous réserve Libé ? Ca fait vingt ans que je braille que je vais me désabonner de Libé, et tous les matins je le lis pour brailler que je vais me désabonner.
Les agriculteurs veulent bloquer les grands surfaces. Même les bouseux commencent à comprendre. Tiens ! Et s’ils saccageaient le bureau de Borloo au passage ? (Le saccage du bureau de Voynet, jamais digéré.)
La bonne nouvelle de la semaine : les pays riches modèrent leurs déchets. La mauvaise : au niveau mondial les déchets progressent. Heureusement qu’on les stocke au Sud.



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Journal intime d'un économiste en crise 13

Lundi 8 Juin 2009 22:19

Journal intime, 13
Riss
Riss est un grand théoricien de la « monnaie fondante », la monnaie impropre à l’accumulation, destinée uniquement à la consommation, et prônée par Maynard Keynes à la fin de la « Théorie générale » - monnaie inventée entre autres par Sylvio Gesell, précision pour les amateurs. La monnaie fondante est le socle de la décroissance. A partir du moment où l’argent ne sert plus à la croissance de l’argent, l’économie devient beaucoup plus sobre, les rentiers disparaissent (ils n’existent que parce que « l’argent fait des petits ») et la consommation elle-même se sature assez vite. On entre dans le « post-capitalisme » rêvé par les verts, les écolos, les adeptes de la décroissance etc. Ah ! Et pourquoi Riss ? Parce qu’il me fait remarquer que la masse des salaires dévolue aux fonctionnaires ou la sécurité sociale, est une monnaie affectée, impropre à l’accumulation ; une monnaie de consommation (soins médicaux, éducation etc.). En fait c’est une monnaie pré affectée, un peu comme des bons d’achat. Bernard Friot (un économiste qui a une jolie théorie du salaire) dit la même chose. Riss m’étonnera toujours.
Paradis fiscaux
La France et le Luxembourg ont signé un accord permettant au fisc français d’avoir accès sans limitation aux dossiers bancaires suspects. Certes la transmission des dossiers n’est pas automatique, il faut un petit effort du fisc français, mais on est sur la bonne voie. Reste la Suisse, la Belgique et l’Autriche, Monaco, le Lichtenstein, la Grande Bretagne et son florilège d’Iles enchanteresses destinées aux escrocs, les Bahamas, les Iles Caïmans, bref, il reste tout. Mais bravo pour le Luxembourg.
Les Echos et l’Europe
Titre mélancolique sur cinq colonnes du journal économique : « La crise ne convainc pas les Européens d’aller voter » Bon Dieu ! Et pourquoi les convaincrait-elle, même si, selon la BCE la chute du PIB devrait être proche de 5% en 2009 ? Parce que pour lutter contre la crise il faudrait 1) une politique monétaire ; impossible. La BCE est « sanctuarisée », ne peut, statutairement recevoir d’ordre d’aucune institution politique (mais quel mépris pour le politique quand on y songe ! quel mépris ! quel conception dictatoriale de la vie publique !) 2) une politique budgétaire ; impossible aussi. Pas de budget européen. Le budget représente 1% du PIB de l’Europe, dévolu pour moitié aux utilisateurs de pesticides, fabricants de lisier et autres tortionnaires d’animaux. 3) Une politique fiscale ; impossible aussi. La politique fiscale, le cœur de la démocratie, est sanctuarisée dans chaque pays (sauf pour la TVA). L’Irlande vient d’accepter de ratifier le Traité de Lisbonne en le vidant de son contenu, qui était notamment une politique fiscale supranationale. 4) Une politique sociale ; impossible. La directive 1993 « Aménagement du temps de travail » est destinée à faire passer les contrats de droit privé au dessus du droit du travail. L’Europe n’est que la libre circulation des marchandises, du capital, et du travail choisissant librement son travail pour se faire exploiter. Alors, comment croire que l’Europe peut lutter contre la crise ?
Taxer la fraude
La fraude représente 250 milliards d’euros en Europe. Idée lumineuse du gouvernement français - ce gouvernement qui avait eu l’autre idée lumineuse du bouclier fiscal pour faire revenir les capitaux expatriés (pas un centime n’est rentré, à commencer par le fric de Johnny Hallyday ) – taxer la fraude... Taxer la fraude ! Attends, camarade : la fraude existe parce que la taxe est trop forte, donc on va taxer la fraude ; en plus la fraude est ce qui échappe à la taxe par définition, non ? Woerth et ses sbires m’étonneront toujours.
Philippe Varin
Le nouveau président de PSA recevra un salaire supérieur à celui de Christian Streiff : 130 millions d’euros par an. Pour quoi est payé Mister Varin ? Pour fabriquer des émetteurs de CO2, de particules diesel, qui roulent sur du goudron qui conchie l’espace, empoisonnent l’air des villes, polluent de leur bruit en continue les journées des citoyens, gâchent en permanence l’espace publicitaire de leur « vélocité » « confort » et autres calembredaines, fabriquent cinq mille morts par an ... Ca fait cher la fabrication de malheurs et nuisances !



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Journal intime 12

Mardi 2 Juin 2009 21:52

Journal intime d’un économiste en crise 12
Charb
Charb a été très ferme : « Oncle Bernard, tu donnes de l’info, ok ? de l’info ! » La première info est que Charb aime l’info. Deuxième info : Charb illustre « Marx mode d’emploi » de Daniel Bensaïd (Editions zones), j’espère que cette petite turlutte lui fera plaisir. Troisième info : je l’ai pas lu, mais il est au sommet de la pile, au-dessus de « L’hypothèse communiste » (Badiou), « La crise de trop » (Frédéric Lordon) « Sortir de la crise globale » (Attac) « Les crises du capitalisme » (Karl Marx) plus une dizaine d’essais dont « Le fascisme » de Michela Marzano (Larousse). La Marzano ayant de beaux yeux, je commencerai galamment par elle. C’est ça l’analyse économique.
La déflation menace
Donc les banques coupent le robinet du crédit, malgré les recapitalisations, malgré le FSI, malgré le médiateur du créit, malgré le fait que les banques centrales (européenne et américaine) aient à peu près doublé la masse de liquidité injectée sur les marchés, baissé le loyer de l’argent, et accepté des susdites banques quantité de créances pourries. La seule sortie est la nationalisation du système bancaire, mais les banquiers ne veulent pas car ils seraient moins bien payés. En attendant, les entreprises vont directement sur le marché, sans passer par les banques. EDF, Danone, Arcelor-Mittal, Lafarge, Saint-Gobain, Suez-environnement vont directement sur le marché monétaire, ou procèdent à des augmentations de capital (émettent des actions). EDF cherche auprès des particuliers un milliard d’euros rémunérés à 4.5% (correct, avec un taux du livret A à 1.7) Pourquoi ? Pour se constituer un petit matelas en cas de baisse prochaine de l’activité. Donc les grosses entreprises anticipent non seulement un alourdissement de la crise, mais le fait que les banques n’arriveront toujours pas à nettoyer leurs bilans, et dès lors resteront parcimonieuses.
Pendant ce temps « Les Echos » racontent que les chefs d’entreprises estiment que le pire est derrière eux, en interrogeant un panel de 509 chefs d’entreprises de plus de cinq salariés. Plutôt un panel de petites entreprises. Les éternels cocus. Petits entrepreneurs, les gros engrangent des noisettes, on vous dit !
En 1935, la France hérita d’un des personnages les plus nuisibles dans la longue histoire de nuisances : Pierre Laval. Il décida que le pays n’était pas assez compétitif, et qu’il faillait tailler dans les dépenses publiques pour restaurer la compétitivité. On croirait du Christine Lagarde. Il tailla en particulier dans le budget de la défense, ce qui en 1935 était particulièrement judicieux. Et toutes les dépenses publiques, toutes, furent abaissées de 10% ! Clac ! La déflation Laval. Un chiffre, et on est content. Aussi bête que l’idée de diviser par deux le nombre de retraités remplacés. Résultat : la France s’enfonce dans la dépression, les programmes militaires sont interrompus, rétablis par le Front popu qualifié de « belliciste ». Marrant, cette métempsychose des nuisibles : Laval, Trichet, Lagarde...
General Motors en faillite
Donc GM dépose le bilan. GM avait proposé une nationalisation, mais les actionnaires préfèrent une faillite, qui, espèrent-t-ils, les remboursera un peu mieux. GM doit quelques 27 milliards de dollars. Fermeture de 14 sites aux Etats-Unis, cession des marques Opel et Saab, la plus grosse entreprise du monde en 1950 va maigrir. Elle paye la politique systématique de soutien aux banques de Bush puis Obama : pas question de perfuser sans résultat et les banques, et l’automobile. Elle paye aussi le système social américain. Comme il n’y a pas de sécu aux Etats-Unis, ce sont les entreprises qui la payent à travers les retraites et la couverture santé des salariés. C’était la rubrique : la Sécu nous coûte trop cher.
Oncle Bernard



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Journal intime 11

Lundi 18 Mai 2009 23:03

Journal intime d’un économiste en crise 11

Philippe
Après tout, c’est un journal intime, donc je peux dire que j’ai un lumbago en ce moment et que j’aime Philippe. Philippe est un mec doué. Il comprend vite, il lit comme un malade, il est incroyablement drôle – plus que Labarde, qui pourtant me fait crever de rire, ou que Charb, pas mal dans son genre caca-cucul – je pense qu’il aurait pu faire la carrière de dix Guy Bedos. Dix. En plus, il n’est pas aigre, il ne le sera jamais, comme tout les gens que le monde étonne. Il a choisi la « pensée » par excès. Moi j’ai choisi la « pensée » par défaut : je n’étais pas bon au piano, ni au ski ni au tennis, ni avec les filles, donc je lisais des bibliothèques, comme dans la Nausée : je prenais les auteurs par ordre alphabétique. J’en suis à W, Max Weber. Philippe a introduit l’éco dans « Charlie ». Génial, non ? Claude Soula, du Nouvel Obs, m’a demandé si je comprenais pourquoi tant de gens n’aimaient pas Philippe. Non, désolé, ça m’échappe.
Christophe de Margerie
« Libé » m’étonnera toujours. Hier une couv’ sur Philippe Val et un portrait vachard, et aujourd’hui une quatrième dythirambique sur Christophe de Margerie, le patron de Total, le mec le plus inintéressant et le plus nuisible de la terre, qui fricote avec la racaille birmane, rase des forêts et employe du travail forcé, fait sauter AZF, mazoute les cotes françaises, vire des salariés après 14 milliards d’euros de profit, mais assume, assume, assume ! Il assume, quoi ! Quel courage ! Besson assume, Hortefeux assume, Aussaresse assumait lui aussi, quel courage tous ces gens qui assument !! Il raconte des histoires de cul - qui visiblement plaisent à la salariée de Libé faisant son portrait - et boit du Lagavulin (oh, quelle classe chérie, mais quelle classe, bien tourbé le Lagavulin, chérie ? ). Il a pas fait l’ENA, parce qu’il a pas voulu. Hi-hi ! Mais qu’on lui augmente son salaire à ce type, qu’on le double, qu’on vote une taxe spéciale Margerie-Mazout pour lui permettre de gonfler sous sa suffisance idiote parfumée au Lagavulin !
Libéralisme
Il faut trouver un mot pour ne plus utiliser « libéralisme ». Capitalisme est un peu connoté, sent le coco, ou le méchant qui veut le dépasser (j’en suis). Donc la Commission européenne vient de sanctionner Inter (1.06 milliard d’euros) pour pratique anti-concurrentielle. Inter, qui détient 76% du marché des microprocesseurs, faisait des ristournes aux fabricants d’ordinateurs. Le concurrent d’Intel est AMD (23% du marché). Il faisait des ristournes plus faibles j’imagine. En quoi les ristournes sont pénalisables ? Et si Intel devient un monopole, où est le problème ? On peut imaginer que sa taille lui donnera justement les moyens de recherche et d’investissement nécessaires. A cela, la Commission répond que le consommateur sera racketté par Intel ! La belle affaire ! Comme si le consommateur n’était pas racketté par les banques, qui sont un cartel tacite, par les opérateurs de téléphonie, qui sont des cartels tacite, et même par les marchands d’autos, qui s’entendent plus ou moins tacitement sur les prix ? A cela la Commission répond : nous bastonnons aussi les cartels : 1.38 milliard d’amende pour le cartel des producteurs de verre, 992 millions d’euros pour le cartel des ascenseurs, sans compter Microsoft (899 millions d’euros d’amende en 2008 et 497 en 2004), Saint-Gobain (896) etc. Et alors ? Ca les empêche de vivre et de racketter ? Ce mythe de la transparence qui pourrit l’image qu’on a de l’économie, comme si l’économie pouvait être transparente, pouvait accéder à une vérité qui serait le bonheur du consommateur ! Au lieu d’essayer d’établir la concurrence, autrement dit de nettoyer les Ecuries d’Augias comme le fait la Commission, il faut partir de l’hypothèse inverse : le capitalisme est un vaste racket, ok, laissons faire, et contentons nous d’exiger ce qu’il ne doit pas y avoir dans les produits qui détruise les hommes et la nature. Le reste, le bonheur du consommateur par la baisse des prix, on s’en fout.
Les services du ver de terre
Le CAs (centre d’analyse stratégique) vient de remettre un rapport où il propose de donner un prix à la nature. A-t-on le choix ? Peut-on imaginer un monde sans prix ? Faut-il accepter que ce qui n’a pas de prix n’a pas d’existence ? Vivons nous vraiment dans une société définitivement marchande, où ce qui n’est pas marchand ne peut qu’être tu ou tué ?Boorlo et beaucoup d’associations de protection de la nature pensent qu’il faut avance sur la voie « des droit à polluer ». A coté des droits d’émettre du CO2, il y aurait donc des « droits à détruire le tissu vivant. » Seul moyen de le protéger un peu. Tant qu’il n’aura pas de valeur, tant qu’on ne frappera pas les entreprises et les consommateurs au portefeuille, ces deux acteurs majeurs de la vie économique continueront de le saccager. Bref : comment apprécier le service que rend le ver de terre dans la fertilisation de la terre détruite par les engrais des agriculteurs ? On devrait poser la question à de Margerie, qui lui bouzille dans une dimension plus grandiose, directement la forêt primaire. Margerie sait-il qu’il participe du tissu vivant de la terre ? Que ses gênes payés 2.750 millions d’euros par an participent de la grande interaction mondiale entre gênes et espèces, du moucheron à lui-même ? Margerie et le ver de terre, mes frères !
Gadgets et gigawatts
La consommatin d’électricité liée aux lecteurs MP3 et autres ordinateurs portables, va être multipliée par trois d'ici à 2030. Si rien n'est fait pour améliorer l'efficacité énergétique de ces appareils, ils consommeront à cette date l'équivalent de la consommation actuelle de l'ensemble des foyers américains et japonais (soit 1.700 TWh), dit l’Agence Intrernationale de l’Energie dans dans un rapport intitulé «Gadgets et Gigawatts». C’était la rubrique : l’économie de la connaissance est de la pure douceur.



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Journal intime 10

Samedi 9 Mai 2009 15:03

Journal intime 10
Anne-Sophie
Après la conf’ de Charlie du Jeudi, je dis à Anne-Sophie Mercier que je rame sur mon roman. « Normal... Quand on n’a pas de talent... » Salope, mais salope ! Heureusement Luce Lapin me console sur mon édito animalophile qui, je cite, « a plu à toutes les cochonnes de la terre ».
La vie des grands fauves
Ne jamais rencontrer un homme politique, on peut finir par le trouver sympa. Un homme d’affaires c’est différent. Un marchand n’est jamais ni sympathique, ni antiphathique. « L’argent est ce qui permet de ne pas regarder les hommes dans les yeux. » Une phrase de Simmel dont je ne me lasserai jamais. Que vaut-il mieux ? Ne pas regarder les hommes dans les yeux, être dans un rapport d’échange purement matériel, ou risquer un rapport de séduction, de vassalité, d’amour peut-être ? Godard (oui, Jean-Luc, le grand, l’immense) reprend cette phrase dans son futur film « Socialisme », dont je parlerai bientôt. C’est pourquoi « La vie des grands fauves » me laissait tant de liberté : les gens dont je parlais m’étaient complètement indifférents. Après des centaines de « fauves », un seul m’a fait des difficultés – encore, bien faibles, il souffrait car ses enfants étaient des lecteurs de Charlie ! – René Ricol, le médiateur qui s’efforce en ce moment de réamorcer la pompe à crédit. Je l’ai vu. J’ai eu tort : je ne l’ai pas trouvé antipathique, dans ses centaines de mètres carrés du coté de l’Etoile. « La vie des grand fauves » avait le mérite de faire connaître les vrais détenteurs du pouvoir. Et alors ? Rien, je regrette un peu les « fauves ».
Benêt-Govoy
C’est ainsi que des années Charlie a qualifié ce pauvre Bérégovoy, l’ouvrier ajusteur-fraiseur, ou tourneur-limeur, je sais plus, qui du syndicalisme à la politique était parvenu, ébloui de lui-même, à Matignon. Un autre avait suivi la même carrière, Delors, le père de Martine, dix ans président de la Commission Européenne, inventeur du marché unique des capitaux et des marchandises, catho libéral-social, fou de jazz, de vélo, et lecteur de Mounier. De l’Equipe aussi. Mais détestait la politique. « En politique, il faut manger de la merde », disait-il. Benêt-Govoy en a bouffé des tonnes. Etait-ce un « homme d’honneur », comme le présente un récent téléfilm ? Sais pas. Oui. S’est suicidé, donc un homme d’honneur. Avait trempouillé dans l’affaire Pelat, s’était laissé inviter par Traboulsi à la Scala, tandis que son dir cab, Boublil, faisait des croisières sur son yacht. Avait été piégé par l’affaire du Lyonnais. Avait été l’homme du franc fort, du refus de la dévaluation (toutes ces conneries qui ont coûté un million de chômeurs supplémentaires à la France pendant 20 ans), l’inventeur des marchés boursiers spéculatifs, voulait faire de Paris une place financière comparable à Londres, bref, s’était fait rouler par la haute finance et n’avait rien compris au match. Avait pris Tapie dans son gouvernement. Peu avant la raclée historique des socialistes aux législatives, avait cru que Mitterrand crèverait plus vite que prévu et pensait être le « recours » pour la présidentielle. Avait eu la riche idée de demander conseil en communication à Pilhan, le gourou de Mitterrand (avant de devenir celui de Chirac), et Pilhan, pouffant de rire, l’avait répété à Tonton, lequel n’avait pas apprécié. Après le suicide du Benêt, Tonton s’était soudain rappelé que les « chiens » (les journalistes) avaient acculé son Premier ministre qu’il refusait obstinément de prendre au téléphone, au désespoir. Il parait que Bérégovoy ne se remettait pas de ne jamais avoir été invité à Latché. Béré ! Béré ! C’est Bousquet qui allait à Latché, Bousquet le mec de la rafle du Vel d’Hiv’ !
Let’s make money
A Caen, je fais une conf’ sur le film « Let’s make money ». Les élèves d’un lycée ont préparé avec leur prof d’éco une trentaine de questions. Heureusement que les profs du secondaire sauvent l’enseignement de l’économie, tué par l’Université. Que dire à des jeunes gens qui héritent d’une planète saccagée, d’une finance reine, d’une morale où l’on glorifie les Nivelle, les Gamelin, les Pétain, les généraux d’affaires qui envoient au casse-pipe les pauvres, sur lesquels on crache après avoir marché sur leur cadavre ? Plus tu gagnes vite du fric, plus tu es estimable, peu importe comment tu fais ton affaire. Kerviel, l’horreur économique, le type payé pour spéculer, ou Albert Fert, prix nobel de physique, ancien élève du cher Lycée Pierre de Fermat ? J’essaie de dire aux élèves que l’homme du futur est le chercheur, et celui du passé le spéculateur. M’écoutent. Ne répondent pas.
Trichet
Autre « fauve » pas mal dans son genre. Inspecteur des finances. Blanchi dans l’affaire du Crédit Lyonnais. Découvre soudain que la crise est là. Camarades, nous sommes en pleine déflation ! Il abaisse le taux d’intérêt sur l’euro à 1%. L’inspection des finances, a servi la soupe aux nazis pendant l’occupation en payant l’armée d’occupation rubis sur l’ongle – des fonctionnaires, pouvaient pas faire autrement... Un seul partit, un seul, Couve de Murville, qui s’enfuit à Alger après Stalingrad. Stéphane Richard, brillant fonctionnaire de l’IF, dir cab’ de Lagarde, part pour diriger France Télécom. Félicitations, vive la République, et bonnes affaires !
René
René de Obaldia. Dramaturge et poète, et quel dramaturge, et quel poète ! Si vous voulez passer une soirée délicieuse, avec l’homme le plus délicieux de la terre pour qui on accepte la survie de l’espèce humaine , allez au Petit Hébertot écouter René (100 places, pas plus, René signe ses livres à la sortie, vous pouvez les acheter tous, ils sont tous extraordinaires). 90 balais, l’œil vif, tient tête à n’importe qui sur le verre de champagne. Lectures de ses poèmes. Commentaires d’extraits de ses pièces. Délicatissime. Jusqu’au 15 mai.



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Journal intime d'un économiste en temps de crise 9

Vendredi 1 Mai 2009 14:16

Journal intime 9
Catherine
L’idée d’être illustré par Catherine... Mmmm !! Jeune, drôle, adorant la littérature, pas cuistre pour un kopeck, jambes interminables, mais le cheveu un peu sombre pour moi.
Arte
Gros débat sur Arte organisé par PPDA avec un tas de participants : Copé, Chérèque, un patron allemand de Grosse Poîte, un patron allemand de Bétite Poîte, la patronne de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, l’équivalente allemande de Nathalie Arthaud, Xavier Renou du collectif « Re-actions citoyennes » formateur à l’action non violente directe, plus divers « témoins » de Gandgrande, Caterpillar, Molex, et d’autres, suédois, allemands, espagnols etc. Thème : La Révolution et l’action violente sont-elles à nos portes ?
Et oui ! Après toutes ces séquestrations, se pose l’haletante question, sommes nous en 1848, 1905, 1917, ou simplement en 1870 avec les Versaillais prêts à fusiller ?
D’emblée, Copé et Chérèque attaquent sur les casseurs, les gentils légaux, les méchants illégaux. Petit quart de bémol pour Chérèque (et huitième de bémol pour Copé), oui, les « gens » sont désespérés. Or qui dit désespoir dit souffrance. Et qui dit souffrance, dit désespérance, voyez ? Chérèque ajoute tout de même quelque chose qui fout froid dans le dos : les « gens » (j’adore quand l’élite parle des « gens ») ne se battent même plus pour leur emploi, mais pour avoir une petite indem’, sachant bien qu’ils ne retrouveront pas d’emplois. La situtation est grave. Un des gars de la salle fait remarquer que ça n’a rien à voir avec les parachutes dorés ou les retraites chapeaux, remarque jugée « facile » par le gros patron de la Grosse Poîte. Copé avec sa faconde sympathique, dit qu’il est prêt à dialoguer avec tout le monde, Chérèque répond aussitôt « Présent ! », et c’est là qu’intervient Renou - le gars qui organise des stages pour résister aux flics en douceur - sourire aux lèvres et nerfs en pelote.
Il pilonne Copé sur le thème : hableur, bluffeur, barratineur des média, bande du Fouquet’s. « Moi, je ne suis pas de la bande du Fouquet’s et jamais dans les médias ! » Réponse de Copé, décidément très habile : « Vous êtes meilleur que moi. Votre sketche est excellent. Vous pouvez le présenter sur n’importe quel plateau télé, bravo, on se lève et on applaudit. » Renou ne se laisse pas démonter et en remet une couche sur la bande du « Fouquet’s » pleine aux as qui dirige la France, comment voulez-vous que ces gaziers comprennent les luttes ? Copé, ravi, contre-attaque sur le thème : « Vous êtes un violent, vous ne voulez pas dialoguer avec moi. » PPDA, une cinquantaine de fiches sur les genoux qu’il jette au fur et à mesure, interrompt la saynète.
Intervient alors le patron de la Grosse Poîte, d’une connerie stratosphérique. Jamais entendu autant d’âneries en si peu de temps et sur un espace aussi réduit. Et que le marché est bon, et que l’Etat intervient trop, et que l’intervention de l’Etat crée du chômage, et que le capitalisme est bon pour tous les humains de la terre, et que tout le reste n’est que démagogie, et que les français sont indisciplinés (authentique). Petit intermète Nathalie Arthaud : Copé copain des patrons. Passage aimable du petit patron allemand (sympa, genre, nous les petits on est des gentils, les gros sont des salauds), quand soudain une espagnole attaque sur le thème : « C’est la destruction créatrice, c’est le darwinisme, les plus forts survivent, les plus faibles meurent, olé ».
Réplique immédiate d’un philosophe réunionnais : la morale, l’humanité, la société, la résilience, Kant. Bref, deux heures plus tard, PPDA me demande une synthèse rapide et repose la question : « Alors, la révolution approche ou non ? » Peut-êt’ ben qu’oui, peut-êt’ ben que non, vous savez, nous les économistes, on voit pas grand-chose !
Brodsky
Alain Fillola, Maire de Balma, organise chaque année les « Rencontres du livre et du vin ». Quelle belle idée ! Inutile de dire que ça papote et ça piccole ! Mes deux auteurs préférés, bien qu’annoncés, ne sont pas là. Marie Didier « Morte saison sur la ficelle » Gallimard ; Marie, l’une des plus belles filles de Toulouse ; et Christian Authier : « Une belle époque » (Stock). Authier est connaisseur de vins. Déniche d’incroyables pinards écolos et délicieux. Pas là non plus. En face, Rouaud, taciturne. Alain Mabanckou à droite, Jean Métellus, poète, médecin neurologue « Braises de Mémoire », les Editions de Janus, à gauche. Je lis « Collines » de Joseph Brodsky, très aimé de Métellus. Pourquoi parler de Brodsky ? Parce qu’il fut condamné pour « parasitisme social et fainéantise » à cinq ans de travaux correctifs par les cocos. Comme il s’appuyait contre le mur pendant l’interrogatoire, la juge lui colla un an de plus.
Qu’est-ce qu’un parasite social ? Bouton est-il un parasite social ? Oui. Kerviel ? Oui, malgré ses douze heures de travail par jour. Le videur de boîte ? Copé ? Le flic du coin ? A voir. L’épicier arabe ? Non. A quoi reconnaît-on quelque chose d’utile ? « Tout ce qui est utile est laid » (Théophile Gautier) Alors, Brodsky est incroyablement inutile. Et pourtant, il me semble aussi nécessaire que l’air qu’on respire.
Grippe
L’avers de la mondialisation : la circulation des virus. En 1720, le Grand Saint Antoine arrive à Marseille de Smyrne, la peste à bord. Que faire ? Quarantaine, disent les autorités ; décharger pour la foire de Baucaire dans quinze jours, disent les marchands, qui payent des médecins de Montpellier pour démontrer contre l’avis des médecins de Marseille qu’il n’y a pas la peste. On décharge. 50000 morts. Le marché a gagné.
« Vive la Malbouffe ! »
De Christophe Labbé, Jean-luc Porquet, Olvia Recasens, livre joyeux et plein d’humour, bourré d’infos de pcb et d’ogm, illustré par Wozniak, aux Editions Hoebeke. Vous croyiez que vous bouffiez de la merde ? Si vous saviez ! Si vous saviez, mes pauvres amis !! Un livre à offrir à tous les restaurateurs de France qui vont nous coûter 3 milliards d’euros pour ne pas baisser les prix, ne pas embaucher, et continuer à dire du mal de l’Etat.



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Journal intime 8

Lundi 27 Avril 2009 19:37

Journal intime 8
Nicolas
Nicolas Baverez, l’économiste de droite le plus droit. Manière le plus malin, Marseille le plus provocateur, Sylvestre le plus pervers, Chalmin le plus tortueux, alors que la pensée de droite est simplissime : laissez faire, vive la loi de la jungle, les forts gagnent, les faibles meurent, l’Etat n’est là que pour encourager la susdite loi de la jungle, autrement dit la liberté des contrats. La « nature », quoi... Il faut « aider la nature », comme disait pouf-pouf Raymond Barre.
Nocolas Baverez est choqué par le jugement blanchissant quasiment le juge Burgau. Normal : en tant qu’économiste libéral il est contre tous les corporatismes. En particulier celui des juges. C’est aussi l’avocat qui parle...
Trouver un sujet.
Trouver un sujet de débat... La rémunération des patrons ? J’ai rien à dire sauf c’est obscène, dégueulasse, que des mecs piquent deux millions d’euros hors bonus et le reste, c’est inadmissible. Aucune justification, politique, morale, économique, physique, métaphysique.
Le chômage des jeunes. Oui, plus intéressant : 430000 chômeurs, un taux de chômage des jeunes plus fort de 10 points en France qu’en Allemagne ou en Suède, un taux de chômage des jeunes trois fois plus fort que celui des plus âgés. Les jeunes variable d’ajustement. Les jeunes mal formés. Les jeunes qui vont devenir apprentis. Ou stagiaires. Ou entrer dans des contrats initiatives emploi. Bref, les jeunes qui vont devenir vieux... Jeunes gens, si vous saviez...
Michel
Michel Rocard, le meilleur, le digne fils de Mendès. Dans GQ, Beigbeder (Frédéric) fait un de lui un extraordinaire itw. Michel a compris l’essence de la crise financière : le système est madoffisé jusqu’au trognon (il ne le dit pas exactement comme ça). En fait, la crise financière est une vaste chaîne de Ponzi à l’échelle mondiale. Il fallait de plus en plus de cons (des types qui croyaient à la bourse, aux fonds de pension, aux placements mirobolants proposés par Bouton) pour payer les cons entrés précédemment dans la chaîne. Quand on n’a plus eu de cons, on est allé chercher les noirs : ça a donné les subprimes. Comme après les noirs il n’y avait plus rien à endoffer (il ne le dit pas exactement comme ça) le système s’est cassé la gueule.
Le système était donc fondé sur une hypothèse haussière : tout allait toujours augmenter. En plus – et là, Michel a touché un point extraordinaire – il fallait assurer tous ces crédits pourris, ça à donné les crédits dérivés (la bombe des 60000 milliards de CDS sur laquelle on est assis et qui va bientôt péter), mais les crédit dérivés coûtent, et pour que globalement les crédits dérivés rapportent (suivez le génial michéloïde raisonnement), il fallait que les crédits dérivés pariant sur les hausses soit plus nombreux que ceux pariant sur les baisses, donc que le système soit globalement haussier, cqfd, tu l’as dit Mimi.
Avec Michel, on se retrouve un jour devant une bouteille de Bordeaux. Puis une seconde. J’écoute. J’ai rien à dire, tout ce qu’il raconte est passionnant. Finalement, je me dis qu’il faut causer, et lance : « Michel ! Je me souviens de vous ! Congrès de Grenoble ! PSU ! Gilles Martinet ! Heurgon ! Badiou ! Alain Badiou avait vitupéré je ne sais trop quoi, mais il vitupérait déjà !!! » « Erreur, jeune-homme ! C’était le congrès de Dijon ! » Mémoire impec. Chapeau. Je reprends un verre de Bordeaux.
Puis on parle des Badiou, père et fils. Le père Badiou, Raymond, était prof au lycée Fermat de Toulouse. Quand les socialistes firent la Bataille d’Alger, il fut le seul élu socialiste à démissionner. Il protestait contre la torture et le reste. Il n’était pas conseiller municipal de Trifouilly les oies, mais maire de Toulouse, excusez du peu... La classe, la grande classe. Raymond Badiou a eu comme élève Ben Barka. Il disait que Ben Barka était l’élève le plus génial qu’il ait jamais eu, de la trempe des plus grands mathématiciens de tous les temps. Ben Barka fut liquidé par les truands et flics Boucheseiche et Lopez, avec l’ordure Oufkir ; Evariste Galois, républicain emprisonné, fut tué en duel à vingt ans peu après sa sortie de prison par... par quelle pauvre merde ?
A Fermat, on était très fier du Théorème de Fermat, « indémontrable » Las, Andrew Wiles l’a démontré, en 99 il me semble. Fermat en avait-il fait la démonstration, ou n’était-ce qu’une conjecture ?
Economie
A la télé, une jeune femme m’invite pour parler de mon bouquin « Capitalisme et pulsion de mort ». Elle lit un prompteur, tout en feuilletant le livre qu’elle n’a pas lu. Je la comprends, il est difficile. Même moi j’ai du mal à le relire. « Alors Monsieur Maris... Ce livre... Au fait... Pourquoi vous écrivez de l’économie ? Pourquoi ne pas écrire de la poésie plutôt ? »
Gloup ! Salope ! Ca me fout un de ces coups au moral… Elle a raison. Pourquoi s’emmerder à parler d’économie alors que je pourrais parler des petits oiseaux ? Je le prends de haut : « Savez-vous qu’il n’y a plus d’hirondelles en France, mademoiselle ? » « Ah bon ? J’ignorais. »
Plus d’hirondelles, comment voulez-vous emmener les oiselles sous les ombrelles ?



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