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Retour sur Eric

Mardi 19 Janvier 2010 22:10

Allons ! Il faut reprendre le chemin du blog ! Non par obligation, mais par plaisir. Celui d’écrire chaque jour ou presque sur des images en célébrant les noces nécessaires de la graphosphère et de la vidéosphère, pour reprendre les termes chers au médiologue Régis Debray. Et c’est d’ailleurs de lui dont il sera question dans ce premier round 2010. De lui ou plutôt de sa plume, puisqu’on vient de recevoir le nouveau numéro de la revue trimestrielle qu’il dirige, « Médium ». Lecture roborative comme à chaque fois, fondée sur la transmission sous toutes ses formes. Dans son malicieux feuilleton-journal intitulé « Pense-Bête », Debray consacre quelques lignes au film de Ken Loach, « Looking for Eric » déjà largement évoqué ici-même. Mais on ne résiste pas à l’envie de vous transmettre précisément le texte inspiré de Régis Debray dont il convient alors de rappeler qu’il fut un interlocuteur idéal face à Serge Daney pour une série d’entretiens restés fameux et qu’il est l’auteur d’un formidable scénario sur Albert Londres publié en son temps mais hélas jamais tourné. Citation :

« « Looking for Eric », admirable allégorie qui nous rappelle que l’homme a besoin de maître pour apprendre à se passer de maître, comme le chevalier du temps de Saint-Louis, d’un aîné déjà dans la place pour s’en faire adouber. Au Moyen-Age, Saint François d’Assise téléguidait les bonnes âmes. La star du foot galvanise les corps et l’intendance spirituelle suit. Le chrétien recrutait ses entraîneurs parmi les êtres de légende disparus, et nous, non plus télépathiques, mais télévisuels, nous préférons demander aide et secours psychologiques à des intercesseurs visibles en chair et en os. Le guide n’a plus le droit d’être mort. L’au-delà ne nous étant plus rien, nous exigeons du comptant. Mais toujours par le truchement d’une image. Dans la fable naturaliste de Ken Loach, ce n’est plus une fresque ou une icône, mais un poster d’Eric Cantona accroché au mur qui s’anime sous les yeux du postier dépressif et le conduit à l’original exemplaire (ce glissement de l’ombre au corps est la plus jolie métaphore du film).
Encore une fois un film, non un livre, vient s’incruster dans l’esprit comme un air Brel ou de Brassens. Loach nous livre le goût de l’époque. Je ne vois guère de roman contemporain (peut-être en lis-je trop peu) pour me rendre pareil service : l’intelligence par l’émotion, détour qui donne accès aux choses mêmes. » (in « Médium » n°22, janvier-mars 2010)

Pertinent , non ? Tout est dit en peu de mots sur le film de Loach.

A nouvelle année, nouvelle fin désormais :

Je me souviens de Dominique Sanda jouant au tennis dans « Le Jardin des Finzi-Contini ».

plus d'infos

www.mediologie.org


tags :

Régis Debray; Medium; Médiologie; Ken Loach; Looking for Eric


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Delmas Laurent - 08/02/2010 12h17

Quelques problème de santé et d'autres encore... mais ce n'est pas l'envie qui manque ! Je vais m'y remettre. Croix de bois etc !
le blogueur en vacances !

Laurence - 07/02/2010 15h41

Vous n'avez plus envie d'écrire...nous avons envie de vous lire.

C'est vrai , il faut que le plaisir soit partagé

à bientôt?

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Vers l'année nouvelle

Jeudi 31 Décembre 2009 20:50

La phrase de la nuit et des jours à venir, juste une phrase ce soir et sans cinéma !

"Tu m'as dit : C'est l'heure de nous mettre en route..."
André Gide

Et que vive 2010.



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Delmas Laurent - 15/01/2010 10h30

Merci de me rappeler à l'ordre : le blog était en sommeil de début d'année mais il va reprendre très vite !

Françoise - 13/01/2010 10h37

eh bien Laurent, vous vous êtes mis en route et toujours pas revenu ?

horloger - 04/01/2010 20h03

Encore sur internet le 31 décembre à 21h. Faut décrocher Mr Delmas...

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Pour Piccoli

Dimanche 27 Décembre 2009 02:27

Il n’avait pas voulu nous le dire durant l’émission, mais il vient de « cracher le morceau » à Pascal Mérigeau dans « Le Nouvel Observateur » de cette semaine ! Michel Piccoli, notre invité de vendredi dernier avec Pauline Etienne pour « Le Bel Age », incarnera dans le prochain film de Nanni Moretti un cardinal qui refuse la charge pontificale. L’acteur a finalement outrepassé l’interdit du cinéaste lequel avait exigé le silence sur ce rôle à venir. Clin d’œil de l’histoire immédiate : tandis que le plus talentueux des cinéastes italiens actuels s’apprête à prolonger l’idée que décidément « la messe est finie » y compris pour ceux qui la servent au plus haut niveau, une déséquilibrée italienne s’emploie à faire perdre l’équilibre au représentant de Dieu sur terre… Et c’est un cardinal français qui en paie la fracture ! Comment ne pas aimer ces hasards entre histoires vraies et fictions bien réelles ? Durant cette semaine si peu sainte et tellement païenne et sympathique à force de cadeaux et autres agapes, on se verrait bien multiplier les passerelles hasardeuses entre cinéma et réalité, entre ce qui fait le rêve et ce qui fait la réalité.
Pour le reste, j’ai gardé la voix et le sourire de Michel Piccoli en tête et je dédie ce souvenir à l’auditeur très mécontent d’avoir entendu l’acteur débiter, je le cite, des « lieux communs et des banalités ». On aura tout entendu ! Ce serait le rêve si on pouvait chaque vendredi entendre de telles banalités ! Passons… il y a chez Piccoli comme l’application à l’art de l’acteur de ce que Gide écrivait à propos de l’art de l’écrivain : « Il faut être tout près de la folie quand on rêve et tout près de la raison quand on écrit ». On sent les gouffres chez Piccoli et c’est son jeu qui fait toute la différence. En revoyant très récemment et avec infiniment de plaisir la fameuse scène dite du gigot dominical dans « Vincent, François, Paul et les autres » de Claude Sautet, soit l’une des plus belles colères du cinéma français, j’ai mesuré l’incroyable dosage dont est capable Piccoli. Tout ici est sur le fil du rasoir. On pourrait basculer dans le grotesque ou le surjoué. Or, c’est Piccoli qui donne le tempo : même Montand le cabot est obligé de se coucher et de ramper. Cette scène justifie une vie d’acteur. Elle est comme une carte de visite, un CV, un formidable résumé de ce qui peut être fait en dessous ou en dessous de la tonalité utilisée de main de maître par Sautet. On joue du Piccoli comme d’un Stradivarius. C’est cette dimension qui explose au cours de la scène en question. La magie opère, un point c’est tout. Dans « Le Bel Age « de Laurent Perreau, Piccoli se met une fois en colère contre sa petite-fille alias Pauline Etienne : « J’exige… » lui dit-il. Piccoli, c’est un roi Lear de tous les instants. C’est donc nous, forces et faiblesses incluses. C’est maintenant qu’il faut le lui dire. C’est maintenant et pas quand il sera trop tard qu’il faut dire à cet acteur-là combien nous est précieuse son énergie désespérée et vitale, combien il traverse notre vie de spectateur, combien il bouleverse et fait bouger les frontières. C’est dit.

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« Ce sera comme quand on rêve et qu’on s’éveille.
Et que l’on se rendort et qu’on rêve encor. »
Paul Verlaine, « Jadis et naguère »


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Le Bel Age; Michel Piccoli; Pauline Etienne


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Isabelle - 04/01/2010 11h06

ah oui, cette scène, quelle justesse... j'ai vu récemment le dvd du "saut dans le vide" de bellocchio et là aussi, quelle précision pour ne pas tomber dans le grotesque, rester dans l'inquiétude, l'angoisse, le déséquilibre...

Simon - 29/12/2009 18h38

Quel acteur, quelle présence, quelle classe, quel homme!! Un très très grand Monsieur.

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Enlèvement demandé

Vendredi 25 Décembre 2009 22:59

Vient l’heure des bilans. C’est la règle en fin d’année. Côté purement économique, le bilan du cinéma en France est au beau fixe : 2009, une année record en terme de fréquentation, devant celle, mythique pourtant chez les exploitants, des Ch’tis ! La presse écrite a largement rendu compte de cette bonne nouvelle, sans pour autant dissimuler son côté sombre : les films du milieu, les films d’auteurs à budget moyen, ont de plus en plus de mal à exister dans ce contexte qui privilégie les grosses productions à la paresseuse comme « Le Petit Nicolas ». Comme quoi, « une hirondelle, etc ». Au-delà des chiffres, il y a des œuvres et ce sont elles qui nous parlent. Or, cette année, elles nous ont souvent parlé de l’enfermement et de son antithèse. Des exemples ? « Un prophète », ou tout un film en prison ou presque. « Qu’un seul tienne et les autres suivront », ou un premier film sur ceux qui sont à l’extérieur. « Le Roi de l’évasion », ou comment fuguer à deux quand on s’aime et faire un pied de nez à ceux qui vous mettraient bien cage. « Au voleur », un premier film encore, ou comment fuguer etc. « A côté », un documentaire cette fois, ou le double parfait de « Qu’un seul tienne … ». Allez, un dernier exemple pour la route, un autre documentaire : « Ne me libérez pas, je m’en charge » » ou le témoignage de Michel Vaujour l’éternel évadé. Quoi ? j’en oublie ? oui, évidemment et même un gros poisson en deux films : Mérine et Messerine ! Et même des prisons « sauvages » comme celle de « Rapt » ou des prisons antichambres de la mort comme dans « L’Armée du crime ». Sans compter que c’est la prison qui est au bout de l’histoire de « A l’origine » (qui fait l’acteur dans le film de Xavier Giannoli ? Le vrai juge d’instruction du vrai fait divers dont s’est inspiré le cinéaste…)
On peut toujours créditer le hasard d’une telle convergence vers un sujet unique. On peut également se demander si, au-delà du hasard indéniable, il n’y aurait pas comme le reflet d’une recherche commune. Le but de tout cinéaste qui se respecte, c’est précisément d’enlever son spectateur, de le rapter. « On s’en va ? » , ce pourrait être la question-clé, celle que l’auteur pose d’entrée de jeu à sa spectatrice ou à son spectateur. Le cinéma, c’est peut-être d’abord ça : « Prêt ? Partez ! ». C’est évidemment un enlèvement consenti, attendu, espéré, mais un enlèvement quand même. Et c’est une promesse d’émotions à venir par conséquent, de frissons et de troubles sans doute. Quoi de plus normal alors que les films nous content des histoires d’enfermement, de libération, d’évasion ? Et là, ce n’est peut-être pas un hasard si ces films sont parmi les plus réussis de l’année écoulée. Ils font doublement sens à nos esprits cinéphiles. Presque un effet de miroir : le cinéma nous libère d’une façon générale et peut-être plus encore quand il nous parle d’enfermement. Audiard, Fehner, Guiraudie, Leonor, Mercurio et les autres « cinéastes de la prison et de la liberté » l’ont compris et c’est ainsi qu’ils font des films « justes ».

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« La nuit le bruire des colombes sur le toit
La plainte des prisons la perle des plongeurs
Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi »
Aragon, « Le rendes-vous perpétuel »



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Massacres à la chansonnette

Vendredi 25 Décembre 2009 00:15

En fait il faudrait toujours écouter les informations routières délivrées par France Inter. Toujours. Et surtout la veille de Noël quand on a décidé de rouler vers le Morvan ! Fallait pas y aller. Pas aujourd’hui du moins. Ou alors en se disant que rester des heures dans une voiture relève du pari intéressant juste avant le passage à une nouvelle année… Mais à quelque chose malheur est encore… pire ! J’ai profité de ces quelques heures (il en faut deux d’habitude…) pour écouter des CD de bandes originales récentes. Et je suis tombé (c’est le mot) sur celle intitulée « Chansons de films par François De Roubaix ». Edité par l’inclassable Stéphane Lerouge chez Universal, ce disque est à lui un seul un chef d’œuvre de ringardise assumée. Sur les belles musiques de François de Roubaix (heureusement elles demeurent au delà des outrages), des auteurs ont collé des paroles souvent ineptes et dont le plus étrange c’est qu’elles n’ont parfois qu’un vague rapport avec le film qu’elles illustrent ! Mais l’essentiel est ailleurs. Et précisément dans les « chanteuses et chanteurs » que l’on peut entendre ici. C’est la preuve irréfutable que De Funès, Delon, Bardot et quelques autres ont bien fait de ne pas « faire chanteur » dans la vraie vie, vous savez celle où l’on ne mange pas des endives au jambon comme dirait Chiara M. chez Christophe Honoré… D’accord chanter des idioties n’aide guère mais quand même…Après tout, les occasions de rire se font plutôt rares, alors ce CD mérite largement une écoute. Mon expérience me conduit même à dire que plusieurs écoutes successives sont possibles. D’une part pour se persuader qu’on a bien entendu ce qu’on a entendu. Et d’autre part parce qu’arrivé au quarante-deuxième degré rugissant tout devient d’une beauté stupéfiante ! Je vous parlerai un autre jour des autres CD ainsi écoutés dans la file indienne des départs en réveillon de Noël. Mais il me fallait d’abord évoquer cette perle rose guimauve.
Joyeux Noël au fait.

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ,
« Tu es plus que jamais avec moi »
Extrait de « La Peau douce » de François Truffaut


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François de Roubaix


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JEUX DE LANG

Samedi 19 Décembre 2009 23:08

C’est un DVD très différent des autres. Et d’abord il s’agit de deux DVD et non d’un seul. Il faut donc parler d’un coffret. Et puis non, en fait c’est un livre. Un livre-coffret avec deux DVD ! C’est agréable les « objets » qui résistent aux définitions habituelles. Cela prouve que des éditeurs font des efforts pour concevoir des œuvres cinéphiliques dignes de ce nom. C’est donc bien le cas du coffret-livre-DVD intitulé « Jeux de Lang. Fritz Lang à Hollywood » qui inaugure la collection « Classics Confidential » chez Wild Side Vidéo. Passons sur le jeu de mots un peu vaseux même s’il n’est pas totalement gratuit, comme on le verra par la suite. Il rassemble deux films de la période américaine du cinéaste allemand : « La Femme au portrait » (1944) et « La Rue rouge » (1945) Deux films en mode mineur dans une formidable filmographie mais non deux films mineurs pour autant. Et d’abord parce que réalisés à un an d’intervalle, ils sont « jumeaux » : même casting principal (Edward G. Robinson, Joan Bennett et Dan Duryea), même genre de scénario (une adaptation littéraire), même production (la RKO), même histoire policière où la peinture joue un rôle particulier et déterminant et enfin même portait d’un homme ordinaire à qui il arrive une chose extraordinaire. Si ce n’est pas un cas unique dans l’histoire mondiale du cinéma, cela y ressemble, dans la mesure où, a contrario, il ne s’agit pas d’un diptyque car les deux œuvres sont totalement indépendantes l’une de l’autre…. La gémellité artistique de ces deux films est donc proprement étonnante. Pour aller vite, c’est un Lang qui aurait lu Simenon avec ces personnages masculins au bord du gouffre entre normalité et folie, entre gris clair et gris noir, entres feux verts et feux rouges. Alors assurément Lang joue avec nous et avec lui-même. Mais cet effet de miroir n’est absolument pas gratuit et il entre au contraire parfaitement dans l’univers habituel du cinéaste. Quant aux bonus des DVD, ils sont parfaitement à la hauteur de l’entreprise et même au-delà quand ils proposent via internet d’avoir accès notamment aux scénarios des deux films ainsi qu’au storyboard de l’un des deux.
Mais le vrai succès de ce coffret réside peut-être dans son versant écrit. Jean Ollé-Laprune, cinéphile pur jus, a tenu la plume pour explorer les mille facettes des deux œuvres présentées. Tout y passe : Lang, les acteurs, la production, les tournages, la censure, etc. Avec son incroyable érudition, l’auteur nous donne l’impression que les deux films viennent de sortir et qu’il s’agit d’un vaste reportage sur du vivant ! On lit le tout d’une traite. Et on se dit qu’une belle collection est née qui conjugue l’écran et l’écrit avec bonheur qui fait de la rencontre du DVD et des bonus en image et en textes un mariage plus qu’heureux. De quoi nourrir notre appétit de cinéma ! Et, cerise sur le gâteau, ce coffret est aussi un superbe objet qui joue parfaitement avec l'esthétique des années 40. Bref, chapeau bas !

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« Le lendemain, elle était souriante »
Montel (chanson)


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Fritz Lang; Jean Ollé-Laprune; Wild Side Vidéo


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Laure - 20/12/2009 18h05

Ca me donne une idée de cadeau... pour moi !
Très bon blog, mais le texte blanc sur fond noir est difficile à lire, dommage!

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Un cinéma sans mémoire ?

Dimanche 13 Décembre 2009 00:36

"La cinéphilie vieillit », cette terrible phrase c’est l’un des producteurs invités à notre émission de ce vendredi qui l’a prononcée. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’on constate de toutes parts un déclin de la cinéphilie chez les jeunes. Il faut entendre par cinéphilie un amour du cinéma qui conduit progressivement à une culture du cinéma. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on est allé voir un soir « Twiliight 2 » et qu’on a aimé ça qu’on est un cinéphile. Disons qu’il faut un peu plus d’engagement que cela ! Disons que l’image d’un cinéma comme pur divertissement doit être dépassée. Disons que le cinéma doit se décliner au pluriel danbs l’esprit du cinéphile. Donc c’est cette population, essentielle, qui tend à disparaître. On va au cinéma mais comme un consommation d’images et d’histoires qui ne prêtent ni à conséquences ni à généalogie. On vient pour se faire peur ou se faire plaisir. Un plaisir immédiat à l’image du pop corn que l’on déguste en regardant les images sur le grand écran. Quoi ? Le cinéma comme un art qui pourrait ouvrir sur le monde, aider à vivre et donner à voir et puis quoi encore ? De l’intimisme ? oui mais entre deux apprentis Draculas !
C’est un cinéma sans mémoire. Ou plutôt un cinéma d’une mémoire réduite aux caquets d’une nostalgie mortifère. C’est pourquoi, on communie avec Tintin, le petit Nicolas, Astérix ou Lucky Luke. Des figures hors du cinémùa mais des figures rassurantes. Un cinéma de BD, un cinéma de bébés. Un cinéma de doudous ambulants que l’on regarde en suçant le pouce des souvenirs. Pour la création originale, passeez votre chemin. Circulez, il ,n’y a rien de pire qu’un art qui vit sur le dos autres. ? On appele ça une charogne. En faisant de ces héros de papier, des héros de ciné, les producteurs et réalisateurs prennent le risque de l’engrenage infernal, alors que le rusé ( ?) Besson s’apprête, lui, à az dapter Adèle Blanc-sec, d’après Tardi. De la BD certes, mais de la BD libertaire et qui tire dans le tas. Voire…
Reste un cinéma français tétanisé par des succès publics en forme de rouleaux compresseurs de la standardidation. Et empêché de mener à bien sa missiuon qui est aux margesde l’Empire. Des films français intellos chiants (FIC) ? Si ça peut faire plaisir au camp d’en face cette caricature-là, aprsè tout pour quoi pas ? On accepte sans réserve la petite réserve indienne pour Renoir, Truffaut, Rozier, Pialat, Rivette, Desplechin et les autres. On accepte le sectarisme à sens unique. On pourrait même accepter la dictature commerciale qui fait que si un film fait 5 millions d’entrées, il ne peut être que foncièrement bon… Foutaises, foutaises,… Mais, non, ici plus qu’ailleurs, on tiendra bon sur sur l’indépndance d’esprit et l’esprit libre. Quitte à dire à l’antenne tout le mal qu’on pense du nouveau film de Patrice Chéreau.

Ah ! ça ira !

« Enchante ta nuit de beaux rêves. »
V.D.



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isabelle - 04/01/2010 11h09

à ce sujet, je m'étonne de ne pas lire ici de critique du magnifique "le père de mes enfants" ..? voilà un film qui aime le cinéma !

Tatankina - 23/12/2009 15h15

Bonjour,
Je suis d'accord que la cinéphilie n'est pas la même qu'il y a 10 ans. Malheureusement, je pense aussi que l'Union Européenne ne fait pas grande chose pour aider les vrais esprits aventuriers d'un cinéma ouvert sur le monde. Vous avez cité "Vincere" et "La Ruban blanc". Malheureusement aujourd'hui même dans les salles de cinéma d'auteur les films que sont les plus diffusés sont les films des auteurs qui ont déjà fait leurs épreuves et surtout ceux ... [ lire la suite ]

TravisBrickle - 16/12/2009 15h52

Tristement d'accord avec vous. C'est Truffaut qui - je cite de mémoire - se résignait à l'idée que les cinéphiles du futur n'auraient jamais vu L'Aurore...Eh beh, on y est ! Ce qui doit nous faire redoubler d'efforts pour promouvoir un cinéma exigeant, ouvert sur le monde et qui aide à vivre...Vincere, A l'origine ou Le ruban blanc, par exemple ! Le combat continue.

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QU'UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT

Vendredi 11 Décembre 2009 01:32

« Qu’un seul tienne et les autres suivront ». Au palmarès du plus beau titre impossible à mémoriser, celui du premier film de Léa Fehner, en salles depuis ce mercredi, risque de remporter tous les suffrages… Dire qu’il s’agit de l’anti « Prophète » parce qu’on n’y voit plus l’extérieur immédiat de la cellule (le parloir en fait) que la cellule elle-même serait totalement réducteur. Mais il faut en revanche insister sur l’originalité du propos de cette jeune cinéaste hyperdouée : ses personnages principaux sont en général les personnages secondaires des films « de prison ». Ici, ils prennent un relief particulier qu’ils appartiennent au camp des familles ou à celui des victimes, des complices ou des proches des détenus. Ils sont le lien entre le dehors et le dedans, la frontière, la limite mais également un espace poreux comme le suggère explicitement le destin du personnage principal du film lequel sous les traits du très talentueux Réda Kateb joue le sosie parfait, celui qui va prendre la place d’un autre, celui qui va passer de la liberté à l’enfermement sans être passé par la case « Justice ». Totalement improbable parce que surjouée et mal écrite dans le récent et désastreux « Commis d’office », cette situation surréaliste (un visiteur prend la place d’un détenu à la faveur d’un parloir) passe ici comme une lettre à la poste. Monte Cristo attendait la mort de l’abbé Faria pour se faire la belle, dans une sorte de renaissance poétique (et aquatique !) assumée comme telle par Dumas. Rien de tel chez Fehner où l’incroyable dureté de l’échange en question prime sur tout le reste. Bizarrement c’est au moment du plan final que Fehner et Audiard se rejoignent quelque peu, mais je ne vous en dirai pas plus…
Il ne faut pas que les étiquettes collent à la peau de ce film ambitieux et digne : film de prison, film choral (on n’y suit trois destins différents), film militant presque sur l’univers carcéral côté parloir, etc… L’essentiel est bien ailleurs. Et d’abord dans l’admirable capacité de la cinéaste à capter des moments fugaces ou non. Comme cette rencontre amoureuse et improbable entre le voyou incarné par Vincent Rottiers et la jeune ado bourgeoise que joue à la perfection Pauline Etienne (déjà présente dans « Elève libre » de Joachim Lafosse, totalement craquante dans l’à venir d’ici la fin de l’année, « Le Bel Age » de Laurent Perreau… qu’on se le dise !). Cette scène de bus et de nuit, entre chien et loup, marque la mémoire du spectateur. On la retient , on y revient. Bref, le cinéma de Fehner existe bel et bien (comme celui de Perreau, soit dit en passant) à travers cette sonate pour deux solistes par exemple ou le concert à plusieurs instruments que sont les scènes de parloir. A l’image d’un titre trouvé par hasard au cours de l’écriture du film, il s’agit ici de parler de dignité, retrouvée, perdue ou niée. Un vrai sujet que Léa Fehner aborde avec infiniment de grâce et de conviction. Assurément le film de la semaine, bien loin devant un Patrice Chéreau qu’on a connu plus inspiré qu’avec ce « Persécution » où il pratique l’autoparodie… Alors, oui, allez voir « Qu’un seul tienne et les autres suivront ».

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ,
« Je ne manque pas de bonnes raisons pour t’aimer »
Alex Beaupain, « De bonnes raisons » in « Les Chansons d’amour » de Christophe Honoré


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Léa Fehner; Réda Kateb; Pauline Etienne


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Aimez-vous Dwan ?

Jeudi 10 Décembre 2009 00:09

« Deux rouquines dans la bagarre », « Le Mariage est pour demain », « La Reine de la prairie », « La Perle du Pacifique sud », « Le Rubis du prince birman », « Tornade », « Quatre étranges cavaliers »… J’ai choisi de ne vous épargner aucun des titres de ce coffret DVD, puisque leur ringardise est inversement proportionnelle à l’intérêt cinématographique qu’ils représentent. En sachant que la plupart des titres originaux américains n’ont rien d’aussi ridicule… Que les choses soient claires, je ne connaissais pas Allan Dwan (1885-1981) avant de recevoir en provenance des très talentueuses éditions Carlotta ce coffret collector de 5 DVD pour ces sept perles hollywoodiennes. Mais qui donc est Dwan ? Sa carrière a commencé avec le muet (d’où une filmographie qui pourrait avoisiner les 500 films au total !) et s’est poursuivie jusqu’en 1961, date de son ultime film. Il avait décidé que sa vie serait liée au cinéma et qu’enchaîner les films, au risque de l’anonymat, était la bonne façon de faire, voire la seule. A priori, les films réunis ici sont des films de genre : westerns, films d’aventures, polars. A priori et en apparence : à les regarder, on s’aperçoit très vite que Dwan joue avec les codes établis et surtout change les tempos. A ces genres souvent XXL, il oppose tranquillement une mise en scène pure, presque minimaliste ou du moins proche de l’ascèse, ce qui à Hollywood revient à trahir et l’esprit et le lettre. Mais le résultat est d’autant plus séduisant : on se croit en terrain connu, voire rebattu, et tout à coup le western prend des allures de conte moral. A lire Serge Bozon dans le récent numéro des « Cahiers », il semble que Jean-Claude Biette ait travaillé sur un projet d'ouvrage intitulé « Inspection des Dwan » ! L’exercice, au delà de l’ironie, s’impose en fait vraiment tant il convient de percer à jour ce qui fait le charme souvent subtil des films de Dwan. Ils ont en commun leur fausse légèreté. Et une attention rare pour ce genre de cinéma aux décors et aux ambiances. On l’aura compris, ces films, même sur DVD, existent non comme des œuvres pour cinéphiles maniaques, mais pour eux-mêmes, tels q’ils se présentent à nous. J’avoue un faible pour « Deux rouquines dans la bagarre » (« Slighty Scarlet » dans le texte, si, si !) avec ses deux sœurs perverses et manipulatrices plongées dans l’univers de la corruption et de la pègre municipales. Un petit bijou noir et lumineux, véritable et séduisant OVNI.
Et puis il faut saluer le travail éditorial de Carlotta qui aurait pu se contenter de sortir ces inédits en DVD . Mais non ! Chaque titre est relayé par d’importants bonus dont un passionnant dialogue entre Dwan et Peter Bogdanovitch qui court de film en film. C’est dire si leur (re)découverte est de toute première nécessité. Ce coffret y invite avec bonheur. On ne saurait trop le recommander comme un vrai cadeau, à faire à quelqu’un que l’on aime vraiment et pourquoi pas à soi-même (que l’on s’aime ou non, soit dit en passant !)

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« L’un sans l’autre, ils s’ennuyaient et cet ennui était palpable. »
Yves Navarre, « Le Jardin d’acclimatation »


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Allan Dwan


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En liberté, en prison

Mardi 8 Décembre 2009 23:49

Dans leur nouveau numéro qui met le « Tetro » de Coppola en couverture, « Les Cahiers du Cinéma » se livrent à la traditionnelle sélection des films de l’année, laquelle, tous rédacteurs confondus, place « Les Herbes folles » d’Alain Resnais en première place d’une liste de dix films français et étrangers. C’est un choix qui n’est pas pour me déplaire, même si je ne mettrais pas forcément le film de Resnais sur la toute première marche du podium. On évitera soigneusement de gloser sur l’exercice en lui-même dont chacun voit bien et une bonne fois pour toutes les insuffisances, les impasses, les frustrations et les … délices. La fin de l’année induit les bilans y compris critiques. Dont acte.
Plus étonnante en revanche est la totale absence du film de Jacques Audiard, « Un prophète » aussi bien dans le « top ten » général que dans les choix des douze collaborateurs des « Cahiers » mis à contribution pour indiquer dans un premier temps leurs dix films favoris. Et Stéphane Delorme, dans son éditorial, d’écrire : « Que ces deux évasions (« Le Roi de l’évasion » et « Hadewijch ») se classent plutôt qu’ « Un prophète » de Jacques Audiard est le signe d’une préférence pour un cinéma moins calibré, moins carré, en gros l’aventure, plutôt que l’action. » On passera charitablement sur la présence dans le « Top ten » du dernier film de Tarantino « Inglorious Basterds », même s’il nous semble s’imposer et de loin comme un film hélas bien plus « carré » que le film d’Audiard… Etrangement, mon cher confrère ne va pas jusqu’au bout de sa logique. Tant qu’à faire, il aurait dû opposer les films de la liberté au film sur l’enfermement qu’est « Un prophète ». Mais c’était ouvrir la voie à la notion de complémentarité, là où l’on se repaît un peu facilement d’une sorte de compétition et de fracture. Nul doute de ce point de vue que « Positif » verra dans le film d’Audiard le film français de l’année ! Cette résurgence/permanence des querelles d’hier entre les deux magazines risque tout juste de faire sourire. Car ce qui(me) pose problème, c’est bien la façon dont « Les Cahiers » font semblant de croire à une opposition définitive entre ces deux cinémas (en admettant que Guiraudie et Dumont, c’est même combat !…). Que Guiraudie et Dumont soient ici des poètes de la liberté face à Audiard en chantre de la privation de liberté, et que ces films soient parmi les plus aboutis de la production française 2009, quoi de plus stimulant, quoi de plus passionnant ? Au lieu de noter cela, au lieu d’en faire son miel sur une capacité du cinéma français à produire de la complexité, on évacue Audiard au motif qu’il faudrait choisir les uns contre l’autre. On l’aura compris, je juge la démarche un peu stérile. Et je trouve a contrario formidable la rencontre et la réussite de ces cinéastes si différents mais qui nous tendent des miroirs très proches. Audiard est tout aussi aventureux que Dumont et Guiraudie et rien ne sert de les opposer à ce point. Assurément, « Les Cahiers » ont craint d’être trop convenables en donnant à Audiard la place qu’il mérite dans cette année de cinéma. Ne serait-ce que parce qu’ « Un prophète » a ringardisé un certain cinéma français ronronnant. Ne serait-ce que parce que faire l’éloge de la liberté ne saurait suffire à se poser la question de la liberté. En cela aussi Audiard méritait un peu plus de considération.

Ah ! ça ira !

La phrase du soir ?
« On n’est jamais plus riche que quand on déménage, on trouve toujours quelque chose qu’on ne pensait pas avoir. »
Antoine Furetière, « Dictionnaire universel »

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www.cahiersducinema.com


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Jacques Audiard,; "Un prophète"; Les Cahiers du Cinéma


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Simon Deschamps - 12/12/2009 14h28

Egalement très supris par l'absence du film d'Audiard mais aussi par celle de Welcome, seul film français à m'avoir complétement emballé cette année. Inglourious Basterds 4ème, j'ai cru à une blague, mais bon, passons... Maintenant sur le film d'Audiard, je peux comprendre les Cahiers, car la quasi unanimité autour du film m'agace vraiment, on réduit l'année du cinéma français à ce (très bon soit dit en passant mais pas non plus révolutionnaire et pas au niveau d'un Scorcese ou autre)... [ lire la suite ]

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