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Des pervers, des hommes objets et quelques monstres...

Samedi 21 Novembre 2009 01:00

C’est plutôt rassurant et plutôt bon signe, à vrai dire : on peut encore éditer des livres de cinéma originaux ! Les éditions Armand Colin le prouvent avec les premiers volumes d’une nouvelle collection cinéphile. Dirigée par Michel Marie, elle n’a manifestement pas de titre, mais se présente sous un format original, presque l’équivalent d’un cinémascope éditorial qui fait la part belle aux photos sans pour autant la prt importante réservée aux textes.. Mais de quoi s’agit-il donc ? De traitements thématiques et transversaux qui donnent envie de voir ou de revoir des films. Ce qui, soit dit en passant, devrait être l’objet de tout livre de cinéma digne de ce nom ! Passons sur un volume bizarrement et surtout platement consacré au péplum et arrêtons-nous sur les trois autres ouvrages : « Les monstres au cinéma » de Eric Dufour, « Les hommes objets au cinéma » de Laurent Jullier et Jean-Marc Leveratto et « Les grands pervers » de Michel Marie. Qui dit mieux dans le genre alléchant ?! Plutôt que le péplum, il aurait fallu traiter des « Gladiateurs au cinéma » pour rester dans l’esprit de ladite collection, ce qui, on en conviendra, n’est pas tout à fait pareil…
Alors, on se promène avec délectation au pays, par exemple, des grands pervers du cinéma. Pervers masculins, perverses féminines, couples sadomasochistes, institutions perverses et pervers historiques, tels sont les grands axes du volume écrit par Michel Marie. De « L’homme qui aimait les femmes » à la Merteuil jouée par Glenn Close, jusqu’à « L’Empire des sens » et « Salo », les films-repères de cette thématique pertinente jalonnent une analyse décomplexée. L’approche n’est jamais pédante mais joue clairement la carte de la pédagogie joyeuse. On nous promet « Les femmes d’action au cinéma » et « L’Amour fou au cinéma ». De quoi saliver d’avance ! Ce qui fait le succès de l’entreprise, c’est sa façon de traiter modestement de vrais sujets, des pans entiers de l’histoire du cinéma. A moins de vingt euros le volume, cette collection revendique sa qualité de cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année. Poser sous le sapin « Les Hommes objets » avec Brando en couverture , qui dit mieux pour fêter l’arrivée de 2010 ?!

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« Savoir n’est rien, imaginer est tout. Rien n’existe que ce qu’on imagine. »
Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard »


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Armand Colin; Michel Marie


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HADEWIJCH

Vendredi 20 Novembre 2009 02:29

Comme le disait malicieusement Borgès à propos de Proust et d’Homère, il est de toute évidence que Georges Bernanos (1888-1948) a vu les films de Bruno Dumont… Pour « L’Humanité », son film le plus accompli à mes yeux, c’était même au-delà de l’évidence comme une sorte de filiation à travers le temps précisément et même à rebours du temps comme le suggérait Borgès. L’adaptation parfaite en quelque sorte de « Monsieur Ouine ». Mais venons-en à ce nouveau film signé Dumont (qui sera notre invité demain en direct) et intitulé un peu mystérieusement « Hadewijch ». Il s’agit en fait d’une référence à Hadewijch d’Anvers une mystique dont l’héroïne du film, Céline, reprend le nom quand elle prononce ses vœux de religieuse. Alors oui, c’est une histoire d’amour entre une jeune fille, religieuse que ses supérieures effrayées par sa foi dévorante, revoient vers le monde extérieur, et son Dieu qu’elle ne cesse de chercher. Mais que cherche-t-elle vraiment sinon un Absent qui prétend être partout, soit le paradoxe absolu ? A moins, bien entendu, que cette recherche de l’impossible ne dissimule autre choses : Céline cherche le corps du Christ, une chair incarnée malgré tout. Dans sa quête, elle rencontre d’autres religieux encore plus fanatiques qui ont décidé, eux, d’en finir avec les corps impurs en pratiquant le terrorisme.
C’est en cela que le film de Bruno Dumont est magnifique, flamboyant. Il manie les paradoxes tout comme Bruno Dumont qui proclame haut et fort son incroyance et nous donne pourtant des films bressoniens en… diable ! Le véritable sujet de « Hadewijch », c’est peut-être la traversée des apparences. Quand c’est important comme ici, on en revient toujours étrangement à la fameuse phrase du « Nosfératu » : « Passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre ». Cécile n’en finit pas de passer les ponts et même les mers pour se rendre au Proche-Orient en terre de conflits sanglants et religieux. De même qu’elle passe de la campagne de son couvent du Nord à la banlieue parisienne puis à Paris même. Céline traverse ainsi les couloirs du vaste appartement bourgeois que ses parents occupent dans l’ïle Saint-Louis. Il lui faudra franchir plusieurs ponts et combattre des fantômes et des esprits pour en arriver à une scène finale où tout se défait et se fait, via un corps souhaité.
Dumont filme avec une incroyable maîtrise et les lieux et les corps qui évoluent dedans. Quelle place le corps occupe-t-il dans l’espace ? Ce pourrait être la question centrale du cinéma de Dumont (j’en vois qui ricanent en fond de salle : qu’ils aillent donc revoir Ozu et Murnau, entre autres). De même que le héros de « L’Humanité » martyrisait son corps en faisant du vélo, de même Céline met-elle le sien à l’épreuve des déplacements fréquents et jamais innocents. Les figures de Dumont se mettent en danger sans cesse, à force d’interroger le monde et c’est toujours leur corps qui parle en premier. En cela, Dumont est un mystique qui s’ignore, ou du moins qui fait semblant de s’ignorer.

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« Au visage, sur l’heure un rouge m’est monté. »
Molière, « Les Fâcheux ».


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Bruno Dumont


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LE SIECLE DU CINEMA

Mardi 17 Novembre 2009 00:38

Parce qu’il est inutile parfois de faire de longs discours et singulièrement après minuit, je vais en quelques lignes vous dire tout le bien que je pense d’un livre que j’ai reçu aujourd’hui. Il s’agit de la nouvelle édition de l’imposant volume écrit par Vincent Pinel pour les éditions Larousse : « Le siècle du cinéma ». Plus de 550 pages au format XXL pour raconter année par année l’histoire du cinéma, de 1895 à 2008 donc. Mêlant pour chaque année analyses, faits, chiffres, récompenses et anecdotes, l’auteur fait littéralement revivre sous nos yeux ce que furent 365 jours de cinéma en 1907 aussi bien qu’en 1970 et en 2007. Loin d’être un aride exercice d’érudition documentaire, ce parti pris strictement chronologique prend des allures de récits passionnants. On s’arrête au hasard (la lecture de cet ouvrage se doit d’être vagabonde et joyeuse !) sur l’année 1955 et jaillissent alors de véritables pépites où cohabitent, excusez du peu, Satyajit Ray et son « Pather Panchali », Welles et son « Arkadin », Lang et ses « Contrebandiers de Moonfleet », Kazan et « A l’Est d’Eden », sans parler d’Aldrich avec « En quatrième vitesse », Nicholas Ray et « La Fureur de vivre », Charles Laughton et « La Nuit du chasseur », « Lola Montès » de Max Ophuls et « Le Sabotier du Val de Loire » de Jacques Demy. Quelques perles parmi d’autres. On ne donne alors qu’un maigre aperçu du contenu des quatres pages consacrées à cette année-là aussi exceptionnelles… que les autres en fai !. C’est à dire pleines de chefs d’œuvre et d’auteurs talentueux et inspirés. Le livre de Vincent Pinel donne le tournis à force de multiplier ainsi les références à ce qui fait l’histoire et l’essence du cinéma mondial. On passe alors d’une année à l’autre comme un enfant émerveillé dans un magasin de jouets. Chaque photo fait naître et renaître des émotions ou des envies. Il ne faut pas hésiter à se laisser emporter par ce tourbillon de films, ce tourbillon de la vie du cinéma à travers les années. Ce livre est plaisir !

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« Je ne sais quoi, pourtant, dans mon cœur en murmure. »
Pierre Corneille, « Héraclius »


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Le Siècle du cinéma; Vincent Pinel; Larousse


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Feu sur L'Armée du crime ?

Dimanche 15 Novembre 2009 23:52

Dans « Le Monde » daté des 15 et 16 novembre, on peut lire en pages « Débats » une bien étrange tribune signée par deux historiens, Sylvain Boulouque et Stéphane Courtois, et intitulée : « "L’Armée du Crime" de Robert Guédiguian, ou la légende au mépris de l’histoire. Un hommage caduc à force de fictions. ». Ces deux historiens n’ont pas aimé le récent film de Guédiguian et c’est bien leur droit. Mais, ils parlent évidemment d’autorité en portant non pas un jugement esthétique et plus encore artistique sur le film, mais un regard qui se veut « scientifique ». Parés de la vertu professorale, ils cognent et cognent dur sur le travail de Guédiguian et de son scénariste Gilles Taurand. Qu’ils fassent mine d’oublier qu’il s’agit d’une œuvre cinématographique et non d’un essai historique, passe encore. Mais on reste sidérés devant la violence de leurs attaques et leur caractère souvent contestable sur le fond. Ils nous assènent leur lecture du film sans jamais s’interroger sur leur regard. Le film a tous les torts, y compris les plus opposés. Un coup, il lui est reproché de faire dans la psychologie en dotant un résistant de motivations autres que politiques (et en l’occurrence pulsionnelles). Un coup, on déplore le tableau purement prosaïque qui est fait de la résistance au quotidien ! Le tout avec une incroyable capacité à dire le vrai qui finit par devenir suspecte, en oubliant par exemple que certains de ces résistants sortaient à peine de l’adolescence et qu’on aurait intérêt, comme l’ont fait Guédiguian et Taurand, à tenir compte de cette réalité essentielle dans leur portrait…. Pour prouver à tout prix qu’ils disent le juste contre Guédiguian-Taurand qui diraient le faux, ils en viennent, comme il est normal, à dire… n’importe quoi ! Ainsi les policiers français du régime de Vichy « ne rechignaient pas à tabasser »… Formule d’atténuation pour se moquer d’un film qui ose dire que ces mêmes policier français pratiquaient non le tabassage mais la torture, ce qui est radicalement différent. Comme si la baignoire et autres abominations relevaient de la pure fiction. A trop vouloir prouver… Mais il est vrai qu’en matière de fiction Stéphane Courtois l’auteur du très controversé « Livre noir du communisme » en connaît un rayon. Il applique à sa « critique » du film de Guédiguian sa vulgate habituelle selon laquelle tout militant communiste est un complice des crimes staliniens, ce qui, pour les membres-martyrs du groupe Manouchian et tant d’autres résistants morts pour la liberté, relève d’une certaine forme d’indécence. Et d’un autre côté, reproche-t-on à Melville de n ‘avoir montré de la résistance que son versant gaulliste dans ce chef d’œuvre définitif qu’est son « Armée des ombres » ? Non évidemment et on a entièrement raison : une fois encore, un cinéaste est d’abord un artiste, libre de ses choix
Mais au fond le plus grave n’est pas là. Comme bien souvent, l’insinuation la pire se niche dans un détail, une vétille, une incise contenue ici dans l’ultime phrase de l’article : selon Boulouque et Courtois, Guédiguian agit pour des « raisons idéologiques et communautaristes ». Mais pourquoi ne pas l’avoir écrit plus tôt ? Pourquoi ne pas avoir tombé le masque avant ? Ce qui est dit ici tout simplement c’est que l’Armlénien de gauche Guédiguian a fait un film partisan sur Manouchian l’Arménien de gauche ! Comme la vie est simple. Qui se ressemble s’assemble et profère donc des mensonges. CQFD. Ce reproche-là est proprement révoltant. Il salit la démarche internationaliste de Manouchian, il fait croire à un communautarisme sectaire de Guédiguian, il jette le trouble sur les motivations de ces résistants. Bref, il communautarise une démarche artistique d'ordre universel au contraire et réduit son propos à une petite opération boutiquière. La fiction est donc ici du côté de Courtois, une fiction qui fait de tout créateur un suspect en puissance. Or, Guédiguian ne roule pour personne en la matière, sinon pour le cinéma. Les deux historiens en question ne peuvent hélas en dire autant : les vrais idéologues, ce sont eux.

Ah ! ça ira !

La phrase du soir ?
« Homme de désir, ne laisse donc plus ébranler ta confiance par les injustices de tes semblables. »
Louis de Saint-Martin, « L’Homme de désir »


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Robert Guédiguian; Gilles Taurand; Stéphane Courtois; Le Monde; L'Armée du crime


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fran47 - 16/11/2009 11h02

merci pour cet article ...
je reste toujours sans voix devant
les propos de certains "historiens"
sur tous les sujets ... en particulier ceux concernant la deuxième guerre mondiale. comme s'il n'y avait qu'une vérité


PS merci pour votre blog que je lis avec beaucoup de plaisir

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Imaginez-vous...

Samedi 14 Novembre 2009 22:20

Mes excellents confrères de « Studio Ciné Live » font leur nouvelle une avec Marion Cotillard et « son musée imaginaire, son cinéma, ses passions, ses engagements, ses coups de cœur ».À l’intérieur du magazine mensuel, huit pleines pages viennent concrétiser cette promesse de couverture. Sous forme de photos légendées, l’actrice livre comme promis son « musée imaginaire ». On y découvre des choses aussi étonnantes voire décoiffantes que son admiration pour Louise Brooks, Kate Winslet, Isabelle Carré et Angelina Jolie, sa passion pour Harold Pinter et Joël Robuchon, son amour de Modigliani et du bassin d’Arcachon ! Que de découvertes...Plus étonnant encore Marion C. défend l’écologie via la protection de la forêt amazonienne et les droits de l’Homme via son soutien inconditionnel et courageux à Aung San Suu Kyi... Reconnaissons cependant que l’exercice imposé par le magazine n’est pas des plus faciles et qu’il conduit presque inévitablement à emprunter les sentiers battus et s’esbaubir devant les valeurs sures. Certes, mais qu’il nous soit permis de regretter ici que la notion de « musée imaginaire » n’ait pas été explorée plus avant avec celle qui, chacun s’en souvient, émit sur les attentats du 11 septembre quelques explications pour le moins délirantes. On se souvient par exemple que lesdits attentats auraient pu être selon Marion C. commandités par les propriétaires des immeubles désireux de s’éviter de gros travaux de rénovation… On en rigole encore un peu partout dans le monde, à l’exception notable de Jean-Marie Bigard séduit par tant de pertinence venant d’une femme…
Alors voilà, puisqu’il était question d’imaginaire, on se dit que le magazine pouvait peut-être en deux mots revenir sur cette déclaration malheureuse qui a le gros désavantage de faire passer les plaidoyers écologistes et humanitaires pour de simples révérences au politiquement correct. Quelle valeur accorder à la phrase « Je suis effarée que l’on détruise notre oxygène sciemment » à propos de la forêt amazonienne ? Un jour effarée par un prétendu complot mondial, notre actrice est effarée le lendemain par un fait « scientifique »…
Mais dans cette affaire et surtout dans ce silence, qui est le plus coupable ? L’actrice qui accepte de jouer au jeu des questions-réponses ou le journaliste qui fait semblant de croire qu’il ne peut ne pas jouer à : « Cotillard, 11 septembre, crédibilité », cherchez l’intrus ! » ? A moins, bien entendu, que l’actrice n’ait posé comme condition le silence absolu sur ce pan entier de son imaginaire fantasmatique... Mais auquel cas, le responsable est toujours le même, car le journaliste a la liberté de refuser les conditions ainsi posées. On ne saura jamais comment cet entretien a-t-il eu lieu et sous quelles éventuelles contraintes… En l’état, la passion de Marion C. pour la thèse du complot ne nous aura pas été proposée comme sujet de réflexion et c’est bien dommage…
« Studio Ciné Live n°10 » est dans tous les kiosques.

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit
« Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux ;
Et dites : c’est beaucoup, c’est l’ombre d’un rêve. »
Jules Laforgue, « Stances »


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Marion Cotillard; Studio Cine Live


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exact - 14/11/2009 23h01

Décidemment, je trouve tous vos billets extrêmement justes et pointus.
Je trouve aussi assez pervers ce jeu d'interwiew et certains acteurs assez puérils pour s'y prêter en nous balançant des lieux communs....quand ils ne divaguent pas sur des visions simplistes du monde à l'image de leur manque de culture ou de maturité.
l'exposition médiatique est parfois bien mal représentée et utilisée.

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L'ENFER

Jeudi 12 Novembre 2009 22:49

C’est comme un film fantôme. Il en existe des milliers à travers le monde à l’état de scénarios, de bouts de films réalisés, de films terminés mais non montés. Des films qui n’ont jamais vu le jour des salles obscures. Pour des centaines de raisons : intimes, politiques, financières, techniques ou même inconnues ! Mais le résultat est le même : à eux seuls, ils pourraient remplir une cinémathèque ou constituer une vaste nécropole. Les fatalistes diront que si ces films n’existent pas vraiment, c’est qu’ils ne devaient pas exister un point c’est tout. Les autres rêveront, la nuit venue, de ces chefs d’œuvre peut-être qui nous resteront interdits. On se verrait bien dans le seconde catégorie juste pour fantasmer sur ces histoires invisibles souvent signées par des cinéastes de génie.
C’est le cas de « L’Enfer » que Clouzot commença et ne termina jamais. Un documentaire de Serge Bromberg vient de ramener à la surface ce non-film maudit dont Chabrol tourna sa propre version (fort différente) en 1994. Désormais, on peut toucher cet absent du regard… Désormais les images de Romy Schneider littéralement instrumentalisée pour les besoins du tournage par le cinéaste nous reviennent. Incroyables images mises en scènes comme des tableaux vivants. Incroyables images où une actrice accepte tout ou presque. Elles témoignent t d’un tournage à la fois pharaonique et calamiteux, gigantesque et mort-né. Pour un film qui se voulait total sur le thème de la jalousie, partageant le monde entre les rêves et les fantasmes (en couleurs) et la réalité (en noir et blanc). Bromberg, évidemment, ne fait pas naître (et heureusement !) le film sous nos yeux mais grâce au croisement de trois sources (des témoignages, des lectures et,, le plus fabuleux, des extraits du film proprement dit) il nous donne à voir le squelette de ce monstre à l’état pur. À nous ensuite de nous faire notre propre film, ce qui après tout relève d’un exercice très sain : laisser libre cours à l’imaginaire. En l’état, et à la fin de la projection, on ne peut qu’être enthousiasmé par cet « Enfer » chimérique et revenu du passé pour nous revisiter. Comme le « repentir » d’un tableau, ce documentaire excite nos sens et aiguise nos appétits. Il semble nous provoquer au bon sens du terme, c’est-à-dire engendrer chez nous l’envie d’en voir plus. Envie qui restera à jamais inassouvie. Que de temps en temps, le cinéma repose encore sur la frustration, à l’heure du virtuel, de la 3D et du « tout est possible », relève tout simplement d’un petit bonheur dont on aurait tort de se priver.
« L’Enfer » est à l’affiche de bonnes salles de cinéma depuis ce 11 novembre.

Ah ! ça ira !
La phrase de la nuit ?
« Être matinal est une preuve de maturité. » Gustave Flaubert, « Dictionnaire des idées reçues »


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Henri-Georges Clouzot; Serge Bromberg; L'Enfer


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Son légionnaire

Mercredi 11 Novembre 2009 22:52

Que Dany Boon ait été fait hier chevalier de la Légion d’Honneur par Nicolas Sarkozy lui-même en présence, selon l’AFP, des « amis de l’acteur : Line Renaud, Jean Reno, Michèle Laroque, Elie Semoun et Rachida Dati » n’est pas un événement très notable. Ce que les César ont dans leur grande sagesse récemment refusé de faire (récompenser le box-office comme une valeur artistique et méritante), la Présidence de la République a décidé de l’appliquer. C’est son choix… En revanche, on relèvera non sans gourmandise quelques extraits du discours présidentiel : « Le Sud a eu son Fernandel, la bourgeoisie au eu son Louis de Funès, la Normandie, Bourvil. Avec Dany Boon, le Nord et la France populaire ont trouvé leur voix. » Passons pudiquement sur l’assimilation de Fernandel le Marseillais au Sud en général : nul doute que les Bordelais et les Toulousains (entre autres !) apprécieront à leur juste valeur ce raccourci géographique. Passons tout autant sur la référence « bourgeoise » de de Funès qui, si on a bien compris, sert à marquer une différence avec le côté France populaire de Boon : on ne connaissait pas le goût « bourgeois » pour… « Le Gendarme et les gendarmettes » ou « La Soupe aux choux »… Passons mais avec difficulté sur Bourvil et la Normandie : comment peut-on réduire cet acteur immense à quelques pommiers ? On ne saurait trop conseiller à qui de droit le visionnage rapide de certains films de Mocky et du « Cercle rouge » de Melville pour en finir une bonne fois pour toutes avec Bourvil le Normand !
Mais c’est peut-être là le problème crucial. Qu’est-ce donc que cette communautarisation à marche présidentielle forcée ? Pourquoi réduire des succès nationaux à leurs éventuelles origines régionalistes ? A quoi rime cette ringardisation de succès dont le propre est précisément de dépasser le « petit pays » pour atteindre l’échelon collectif du dessus, la fédération et pas le canton ?! Ou bien alors le Nord compte plus de vingt millions d’habitants désormais soit autant de spectateurs que « Bienvenue chez les Ch’tis » !
Mais le discours présidentiel est allé bien plus loin : « J’ai bien connu les valeurs du Nord, même si c’est le Pas-de-Calais à Sangatte. » a ainsi (et elliptiquement…) précisé le chef de l’Etat en référence sans nul doute au Centre de la Croix rouge qui abritait dans cette petite ville du Nord des centaines de migrants et qu’il avait fait fermer en novembre 2002 quand il n’était que ministre de l’Intérieur. Ou comment louer, récompenser, vanter des valeurs prétendument locales que l’on a soi-même allégrement piétinées. De la haute voltige assurément.
Heureusement le comique Dany Boon, le bouffon, le fou du roi, l’impertinent par définition a vertement répondu, en trouvant les mots pour dire son étonnement devant tant de désinvolture voire de cynisme officiels : « Je serai candidat en 2012 contre Nicolas Sarkozy. » Éclat de rire général, précise l’AFP. Ouf, on a eu peur. Avec Dany Boon, le rire de résistance n’est pas près d’entrer dans les palais de la République laquelle a donc bien raison de l’honorer…

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« Il est plus difficile que vous ne pensez, Madame, de résister à ce qui nous plaît et à ce qui nous aime. »
Madame de La Fayette, « La Princesse de Clèves »



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Simon Deschamps - 13/11/2009 19h03

La légion d'honneur à Dany Boon? C'est plutôt l'oscar qu'il mérite, pour son rôle (pitoyable) chez Jeunet. Parait que le président (et je mets une toute petie minuscule) s'ouvre à la culture, ce n'est de cette manière là qu'il le montre... A pleurer...

BUG141 - 12/11/2009 19h16

Oui,mais n'oublions pas :DANY vient de prendre une balle en pleine tête ,d'autant que la balle fut forgée par un marchand d'arme, proche du pouvoir...
Procédé qui devrait être étendu aux écrivains ayant gagné certain prix littéraire :la Rosette pour obturer la trépanation et les honneurs pour panser les lobotomisés de l'occiput.

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A L'ORIGINE ter !

Mardi 10 Novembre 2009 21:50

Quand on aime, on ne compte pas ! Il sera donc question ici une troisième et dernière fois consécutive de « A l’origine » le nouveau film de Xavier Giannoli en salles demain mercredi 11 novembre 2009 ! Quand on aime, on trouve toujours de nouvelles choses à dire et à faire savoir ! Quand on aime, on trouve surtout l’énergie d’essayer de dire pourquoi et de donner envie. C’est « l’art d’aimer » selon la formule magique du critique Jean Douchet. Hors de cet art-là, point de salut pour la critique évidemment.
Ce que l’on aime également dans ce film, c’est son incroyable capacité à mettre en place sa topologie. Non pas un mais des lieux immédiatement repérables, identifiés et même familiers. Soit un motel anonyme, un chantier d’abord endormi puis en éruption, une chapelle en pleine renaissance, des salles de travail, le siège d’une multinationale tout droit sorti d’une campagne de pub, etc. On passe de l’un à l’autre avec facilité. Normal, me direz-vous, c’est bien le moins. Pas si simple. Les lieux au cinéma disent tout ou presque : la mise en scène, la mise en place, le récit et sa progression et enfin les personnages dans leurs décors. Ils racontent à eux seuls l’histoire qui est en jeu. Ils incarnent à eux seuls le passé et le présent de chaque rôle du film. Ils existent enfin par eux-mêmes comme le chantier du film de Giannoli qui au fil, des scènes prend son autonomie. A un moment donné, son architecture et sa configuration portent le film et ses personnages, leur offrant un écrin sidérant de beauté mécanique et sauvage à la fois. C’est la nature domestiquée et sa revanche robotisée quand les hommes-ouvriers deviennent des fourmis dérisoires qui s’agitent dans tous les sens sous la pluie et la fatalité. Giannoli est un cinéaste parce qu’il montre des lieux non pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils permettent de voir. Dans son chantier fantasmagorique et bien réel à la fois trône d’ailleurs une véritable tour d’acier, comme un balcon non sur la forêt mais sur la route en devenir. De là-haut, un siècle industriel nous contemple, échecs et succès mélangés. Depuis cette tour éphémère, sans raison d’existence précise, on fait ce pour quoi le cinéma est fait : voir le monde en mouvement. Le lieu du film, tout comme son pendant le lieu du crime, s’appelle aussi la scène (du film, du crime, c’est du pareil au même) et c’est bien là en effet que tout a lieu. En nous rappelant cette évidence, Giannoli renoue tout simplement avec l’essence même du cinématographe. S’il fallait encore une raison pour aller voir « A l’origine », cette filiation devrait suffire.

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit :
« La photo lui parut décevante. Il n’y retrouvait ni la grâce, ni le charme. Et encore moins ce mystère qui le troublait à chaque fois. »
Roger Vailland, « Lettres anonymes »


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A l'origine; Xavier Giannoli;


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A l'ORIGINE bis !

Mardi 10 Novembre 2009 00:10

« À l’origine » bis. Non pour vous donner le tournis… mais l’envie, oui ! Et désormais nous sommes deux ici-même comme le montre un commentaire au précédent post ! J’adhère totalement à son contenu : visuellement, le film est de toute beauté, comme tous les chants désespérés (dixit Musset !). Giannoli sublime littéralement le « ballet des pelles mécaniques qui construisent quoi » sinon notre propre désir d’aller de l’avant même dans la pluie, le froid, la nuit. Ces petites silhouettes insignifiantes qui s’agitent à côté de ces mastodontes nous renvoient évidemment à nous-mêmes. Dérision de nous dérisoire ? Pas si simple en vérité, puisque le film va à son terme (ne comptez pas sur moi pour vous raconter la fin de l’histoire proprement dite !). Rien ici n’est vraiment dérisoire. Le récit de Giannoli porte en lui son propre espoir, sa propre dynamique. Comme chez Sautet (décidément et toujours), il pleut, on s’enlise, on s’embourbe, ça prend l’eau de toutes parts, mais au petit matin on s’en sort : à l’origine de chaque journée, il y a un nouveau combat à mener. Et Philippe, Stéphane, Abel, Monika et les autres (soit les prénoms des rôles principaux) seront toujours debout malgré tout. Stéphane au fait, c’est Emmanuelle Devos (j’aurais toujours du mal avec l’ambivalence de ce prénom.. dans le cas présent, c’est plutôt bien vu : Stéphane est LE maire de sa petite ville, pas LA maire, ou plutôt si !!!), Devos donc dont la voix a manifestement conquis bon nombre d’auditeurs vendredi dernier durant l’émission où l’actrice était notre invitée. Une voix et un discours, le tout allégrement porté. Emmanuelle Devos fait plaisir à voir (parole bien peu radiophonique, je vous l’accorde). Desplechin, Audiard, Giannoli et même Resnais maintenant : le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a plutôt bon goût ! Avec « A l’origine », elle franchit une nouvelle étape en incarnant à la perfection un rôle généralement caricaturé par le cinéma : l’élu(e) du peuple. En deux minutes, on croit à sa fonction élective, à son charisme, à son rôle social et collectif. Sans l’ombre d’un doute. Comme on croit un peu plus tard à son caractère affirmé de femme passionnée par une chapelle en restauration puis amoureuse d’un homme. La réussite de la fiction est évidemment à ce prix.
Il n’est pas certain que je ne revienne pas demain sur « A l’origine », non sans vous avoir dit une nouvelle fois d’aller voir « Les Herbes folles » de Resnais où l’on retrouve donc Emmanuelle D., entre autres.

Ah ! ça ira !

La phrase de la nuit ?
« Ciel que lui vais-je dire et par où commencer ? »
Racine, « Phèdre »

plus d'infos

www.alorigine-lefilm.com


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Xavier Giannoli; Emmanuelle Devos


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A L'ORIGINE

Dimanche 8 Novembre 2009 22:38

« À l’origine »… D’abord un beau titre et ce n’est pas rien après tout. Un titre qui a valeur universelle pour un fait-divers singulier. Xavier Giannoli ne l’a pas choisi au hasard pour nommer son nouveau film, le quatrième après « Les Corps impatients », « Une aventure », « Quand j’étais chanteur ». Soit trois films aimés, présents dans la mémoire cinéphile du blogueur, régulièrement revisités en pensée ou par l’image, y compris à travers le prisme de la BO (celle de « Quand j’étais chanteur » étant un enchantement, « L’Anamour » de Gainsbourg par Depardieu en tête…). Trois films maîtrisés et superbes, trois histoires d’amour incandescentes, trois âges aussi d’une vie. Et puis partout du cinématographe avec une attention aux lieux, aux corps, aux sons, mais aussi aux personnages (qui ont de « vrais » métiers comme chez Sautet) et aux histoires donc. Rien de gratuit jamais. Tout dans un mouvement élégant et tendu. La synthèse d’un cinéma de la Nouvelle Vague et de l’après-Nouvelle Vague. Comme un pont entre des générations et des individualités fortes (Truffaut et Pialat, Sautet et Godard). Mais une synthèse toute personnelle et non programmatique. Une synthèse par l’œuvre à chaque fois semblable et différente.
« A l’origine » qui sort ce mercredi sur les écrans s’inscrit tout naturellement dans cette lignée. On y retrouve, étincelantes, les caractéristiques du cinéma de Giannoli mais porté plus haut encore par le souffle d’une histoire incroyable où le singulier d’un destin truqué croise la route (au sens propre du terme) d’avenirs pluriels en manque de perspective. C’est l’improbable rencontre entre Robin des Bois et des salariés. Non pas la redistribution pour rien de la richesse surnuméraire, mais le paiement du travail effectué par le biais des pots-de-vin de l’économie souterraine. Plus moral, tu meurs. Ou quand l’argent sale finance les ex-chômeurs, le tout rondement mené par un délinquant expert en trésorerie cavalière. Naïveté du cinéaste ? Non ! Assurément non. D’autant plus que la métaphore avec le montage d’un film n’est pas loin. A l’origine, c’est peut-être aussi à l’origine d’un film. Et de fait tous les chantiers se ressemblent, le plateau de tournage est d’abord une ruche bourdonnante qui ressemble à un atelier de montage ou d’assemblage. Alors, politique et social, le film de Giannoli en ces temps de brouillard idéologique et d’abolition des lignes de partage ? La réponse ne fait aucun doute. Et tant mieux si le cinéma français revient ainsi à l’un de ses fondamentaux. Sautet faisait des films politiques comme Assayas a continué à la faire, c’est-à-dire sans jamais céder à l’idée qu’il s’agit de raconter une histoire et non pas des idées..
A l’origine du monde, à l’origine de la révolte, à l’origine de l’autre, à l’origine du travail, à l’origine du désir, … Tout simplement, « A l’origine », le film qu’il faut aller voir tant il émane de lui comme la force et la puissance d’une tragédie qui galvanise.

Ah ! ça ira !

La phrase du soir ?
« Le bonheur est nécessaire à tout. »
Madame de Staël, « Corinne ou l’Italie »

plus d'infos

www.alorigine-lefilm.com


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A l'origine; Xavier Giannoli;


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françoisclavier - 09/11/2009 17h49

Enthousiasme partagé ! J'ai eu la chance de voir le film en avant-première. Au-delà de l'histoire extraordinaire telle qu'elle est racontée partout, il faut insister sur la splendeur de toutes les scènes de chantier. Plus l'équipe lutte contre les éléments naturels exhortée par un Cluzet halluciné, plus je revoyais Fitzcarraldo/Kinski. Mëme quête de l'inutile portée par le charisme d'un chef dont l'entêtement à achever sa mission confine à la folie douce que ... [ lire la suite ]

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