par Alexandre Boussageon
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jeudi 5 octobre 2006

Comment fâcher un chômeur

Certaines questions exaspèrent les chômeurs. Celle-ci par exemple : « Mais comment ça se fait que tu ne trouves pas avec tant de diplômes ? ». Ou alors : « Tu as essayé l’intérim ? ». Et puis la pire de toutes, celle que redoutent tous ceux qui un jour se sont retrouvés sans bureau, sans atelier, sans travail, sans perspectives, la question qui tue : « Mais tu fais quoi de tes journées ? »

« Je blogue », pourrait répondre Remi Lalouze. Rémi Lalouze ! Cela sent son pseudo, et c’en est un. Notre blogueur entend ne pas se faire remarquer par d’éventuels employeurs : la crainte de passer pour un type à histoires. Car s’il est une chose que les actifs mesurent rarement, c’est le sentiment d’insécurité qui habite le chômeur, sentiment aggravé par celui de la solitude, voire de l’abandon. Et c’est probablement pour cela que Rémi Lalouze blogue et propose des liens vers d’autres blogs de chômeurs, pour se sentir moins seul.

Il y a une sorte de honte, aussi. On n’aime pas se dire chômeur. Voilà pourquoi Rémy Lalouze a mis des mois à demander à la caisse de son cinéma le tarif réduit auquel il a droit. Néanmoins, il ne se prive pas de raconter en ligne les entretiens d’embauche qui l’ont le plus surpris –et qui sont autant d’échecs. Celui-ci par exemple. Dix minutes avant de se présenter, le candidat Lalouze reçoit, sur son pantalon, une fiente de pigeon -le genre de mésaventure qui ne vous met pas franchement en confiance. Mais, surprise : « En racontant mon histoire, ça a plutôt détendu l’atmosphère, écrit-il après coup. Cet entretien s’est même excellemment passé ».

Mais alors pourquoi sa candidature n’a-t-elle pas été retenue - pour reprendre une formule qu’il ne connaît trop bien ?

« L’annonce était bidon », assure Lalouze, et son vis-à-vis, payé à faire passer des entretiens, au cas où un jour, peut-être… Il paraît que c’est plus fréquent qu’on ne le croit et que les chômeurs expérimentés, si je puis dire, savent reconnaître ce genre de fausse piste.

Il y en a un en tous les cas qui ne se lassera pas piéger, c’est Thierry F.. Voilà 24 ans que ce monsieur vit aux frais des ASSEDIC. Il s’en vante dans un livre publié ces jours-ci : « Moi Thierry F. chômeur professionnel », chez Albin Michel. Et nombre de nos confrères de se précipiter sur l’animal et les épreuves de son récit.

Les vrais chômeurs comme Rémi Lalouze, savent ce qu’il faut en penser. « Je suis atterré de voir l'ampleur que prend ce témoignage », écrivait-il hier. Comme quoi il n’y a pas que des questions qui fâchent, il y a aussi des livres.

Chronique : Alexandre Boussageon


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