Pierre Barreteau, un photographe amateur, ne se résignait pas à laisser
dormir ses clichés de Paris dans des boîtes à chaussure. Alors il a
entrepris de les mettre en ligne, progressivement et cela nous vaut, calé
devant notre écran, un double voyage, voyage dans le temps et voyage dans
l’espace, celui des quartiers nord de la capitale.
L’ironie veut qu’à l’heure du wifi et de la généralisation de la photo
numérique, il s’agisse, ici, de clichés argentiques et, qui plus est, en
noir et blanc.
Mais regarder la ville, n’est-ce pas aussi, d’abord, apprendre à regarder
ses habitants ? Voici René, l’artisan coiffeur du 108, rue de Bagnolet. Il
est photographié dans son salon. On y voit des bacs blancs en émail et des
fauteuils à l’ancienne qui évoqueraient presque ceux des dentistes. « Depuis
l’ouverture d’un salon franchisé très tendance un peu plus haut dans la rue
les clients se font rares », note Pierre Barreteau.
Voici maintenant une femme qui marche sur le pavé entre deux rangées de
palissades en ferraille. Elle se dirige vers un immeuble lépreux. « Kiné
–c’est le nom de cette femme- presse le pas pour rentrer chez elle »,
précise le blogueur. Elle habite un meublé voué à la démolition, ses
fenêtres donnent sur un terrain vague baptisé « la jungle » qui sert de «
chambre de shoot ». Mais attention, pas de ces shoot qui se pratiquent avec
un ballon, non, de ceux qui exigent une seringue.
Et puis c’est un clin d’œil au cinéma de Jacques Becker : Casque d’Or, avec
Simone Signoret et Serge Reggiani, une histoire d’amour impossible tournée
ici, dans la rue des Cascades dont on nous propose un cliché. Du cinéma
encore avec la Rue des Prairies, qui a donné son titre à un film réalisé à
la fin des années cinquante par Denys de la Pattelière, avec le grand Gabin.
Rue des Prairies, oui, dans le quartier de Charonne où l’on trouve aussi une
rue des Maraîchers, une rue des Haies, une rue du Clos. Les noms sont
restés, vestiges de l’ancienne vocation agreste de Charonne quand Belleville
et Ménilmontant avaient, pour leur part, une vocation artisanale. En
témoigne ce cliché de Denise dans son atelier de maroquinerie.
Chronique : Alexandre Boussageon