par Alexandre Boussageon
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mardi 17 octobre 2006

Paris d'hier, Paris perdu

Pierre Barreteau, un photographe amateur, ne se résignait pas à laisser

dormir ses clichés de Paris dans des boîtes à chaussure. Alors il a

entrepris de les mettre en ligne, progressivement et cela nous vaut, calé

devant notre écran, un double voyage, voyage dans le temps et voyage dans

l’espace, celui des quartiers nord de la capitale.

L’ironie veut qu’à l’heure du wifi et de la généralisation de la photo

numérique, il s’agisse, ici, de clichés argentiques et, qui plus est, en

noir et blanc.

Mais regarder la ville, n’est-ce pas aussi, d’abord, apprendre à regarder

ses habitants ? Voici René, l’artisan coiffeur du 108, rue de Bagnolet. Il

est photographié dans son salon. On y voit des bacs blancs en émail et des

fauteuils à l’ancienne qui évoqueraient presque ceux des dentistes. « Depuis

l’ouverture d’un salon franchisé très tendance un peu plus haut dans la rue

les clients se font rares », note Pierre Barreteau.

Voici maintenant une femme qui marche sur le pavé entre deux rangées de

palissades en ferraille. Elle se dirige vers un immeuble lépreux. « Kiné

–c’est le nom de cette femme- presse le pas pour rentrer chez elle »,

précise le blogueur. Elle habite un meublé voué à la démolition, ses

fenêtres donnent sur un terrain vague baptisé « la jungle » qui sert de «

chambre de shoot ». Mais attention, pas de ces shoot qui se pratiquent avec

un ballon, non, de ceux qui exigent une seringue.

Et puis c’est un clin d’œil au cinéma de Jacques Becker : Casque d’Or, avec

Simone Signoret et Serge Reggiani, une histoire d’amour impossible tournée

ici, dans la rue des Cascades dont on nous propose un cliché. Du cinéma

encore avec la Rue des Prairies, qui a donné son titre à un film réalisé à

la fin des années cinquante par Denys de la Pattelière, avec le grand Gabin.

Rue des Prairies, oui, dans le quartier de Charonne où l’on trouve aussi une

rue des Maraîchers, une rue des Haies, une rue du Clos. Les noms sont

restés, vestiges de l’ancienne vocation agreste de Charonne quand Belleville

et Ménilmontant avaient, pour leur part, une vocation artisanale. En

témoigne ce cliché de Denise dans son atelier de maroquinerie.

Chronique : Alexandre Boussageon


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