C'est demain que doit se terminer la négociation sur la représentativité syndicale. Plus de 2 mois que les partenaires sociaux planchent sur des règles précises pour mesurer l'audience et la représentativité de chacun des syndicats français. Et si l'on s'en tient au nombre d'adhérents, la France est la lanterne rouge en Europe.
Vous avez peut-être le souvenir de cette phrase qui avait fait beaucoup réagir les syndicats au printemps dernier. C'était juste après la présidentielle. Dans une interview télévisée, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, avait minimisé l'influence et le pouvoir des syndicats en France. Il lui avait suffi de rappeler un seul chiffre : le taux de syndicalisation, qui est effectivement très faible.
Aujourd'hui, seuls 7 à 8 % des salariés français seraient syndiqués. Dans le public, ça tourne autour de 15 %, 40 % dans l'énergie, 30 % à la SNCF. En revanche, dans le privé, ça tourne autour de 5 %, et surtout, il y a ce qu'on appelle des « déserts syndicaux ». Dans les services, le commerce, la restauration, et globalement, tous les secteurs neufs de l'économie, le taux de syndicalisation tombe en dessous des 3 %. Ces chiffres nous placent très loin derrière la moyenne européenne. On estime en effet qu'en Europe, près de 40 % des salariés possèdent une carte syndicale. Dans certains pays, c'est même beaucoup plus. En Suède ou au Danemark, près de 9 salariés sur 10 sont syndiqués.
Chez nous, c'est vrai que la syndicalisation a quand même connu des jours meilleurs. Notamment durant certaines périodes comme le front populaire ou la Libération. Au milieu des années 70, le taux de syndicalisation était encore de 25 %. En l'espace de 30 ans, le chiffre a donc été divisé par 3.
Pourquoi une telle différence avec nos voisins ?
La différence s'explique notamment par le rôle que jouent les syndicats. Dans les pays du Nord, les syndicats offrent des services, des services souvent essentiels à leurs adhérents. En Belgique, par exemple, si vous êtes syndiqués, vous touchez plus vite vos allocations chômage. En Allemagne, ça vous permet de bénéficier de mutuelles auxquelles les non syndiqués n'ont pas accès et puis surtout, dans les pays scandinaves, si vous ne faites pas partie du syndicat, vous ne pouvez pas bénéficier des accords qu'il a signés. Vous êtes donc exclus de la convention collective. Evidemment, ça encourage l'adhésion.
En France, on ne fonctionne pas du tout pareil, mais justement, devant le succès des autres syndicats européens, on est en train de se demander si on ne devrait pas faire comme eux. Et on développe ce qu'on appelle le « syndicalisme de service ».
Bernard Vivier est directeur de l'Institut supérieur du Travail.
Interview de Bernard Vivier.
Ce syndicalisme de service, les syndicats français l'expérimentent déjà un petit peu. La CFE/CGC va même plus loin et propose carrément qu'en France, le bénéfice des accords signés soit réservé aux seuls adhérents des syndicats. Cette proposition est pour l'instant très loin de faire l'unanimité. C'est d'abord une question de culture. En France, on a une vision universelle du syndicalisme. Il doit profiter à tous et pas seulement à ses adhérents.
Une chronique de Véronique Julia.