   le 14 mars
 Le compositeur et chanteur Alain Bashung, mort samedi à l'âge de 61 ans, avait accédé en trente ans au sommet du rock français, par une démarche singulière et ambitieuse, et quelques "tubes" connus du plus grand public. Depuis l'automne 2007, il était atteint d'un cancer du poumon et suivait une chimiothérapie. Il était apparu très affaibli lors des dernières Victoires de la musique, le 28 février dernier. Au cours de la cérémonie retransmise à la télévision, il avait remporté trois nouveaux trophées, s'ajoutant à huit autres obtenus précédemment, ce qui faisait de lui l'artiste le plus primé de l'histoire des Victoires.
Un succès arrivé sur le tardPerfecto, jean moulant et bottes de cow-boy à l'époque de "Gaby, oh ! Gaby", Bashung était un enfant du rock. Il avait grandi en écoutant Gene Vincent et son "Be bop A Lula", et la musique country américaine. Son style à lui était imprégné de l'héritage de la chanson française. Né le 1er décembre 1947 d'un père inconnu et d'une mère ouvrière, Bashung est envoyé à l'âge d'un an vivre chez sa grand-mère, à Wingersheim, en Alsace. Il y reçoit une éducation catholique - il fut enfant de choeur - et les débuts d'une culture musicale : Strauss, Wagner, et surtout Kurt Weill. Bashung avait commencé sa carrière en 1966, enchaînant les 45 tours sans parvenir à accéder à la notoriété jusqu'au titre "Gaby, oh Gaby" qui le propulse en haut des charts en 1980. Suivra "Vertige de l'amour", extrait de l'album "Pizza" signé Boris Bergman pour les paroles. Mais Bashung prend très vite le contre-pied, avec "Play Blessures", un disque moins facile d'accès, réalisé avec Serge Gainsbourg.
 photo : 1977 - Romans photos // 1979 - Roulette russe // 1981 Pizza // 1982 - Play blessures // 1983 - Figure imposée // 1986 - Passé le Rio Grande // 1989 - Novice
En 1989 il cherche encore et toujours à se renouveler, et commence à travailler avec un autre parolier, Jean Fauque. Pendant dix ans, il obtiendra de nouveaux tubes - comme "Osez Joséphine" (1991) ou "Ma petite entreprise" (1994). Au seuil du XXIe siècle, Bashung s'était assagi. Et il avait accouché d'une perle : L'Imprudence", son onzième album, considéré par la critique comme le plus audacieux. Enfin "Bleu Pétrole" en 2008, qui marquait un retour aux guitares folk. L'un des talents d'Alain Bashung était de savoir s'entourer: Rodolphe Burger, les guitaristes Marc Ribot ou Arto Lindsay. Et ceux de la jeune génération : les chanteurs Miossec, Armand Mélies, Joseph d'Anvers.
 photo : 1991 - Osez Joséphine // 1993 - Réservé aux Indiens // 1994 - Chatterton // 1998 - Fantaisie militaire // 2002 - L'Imprudence // 2008 - Bleu pétrole
Son ultime concert a eu lieu le 14 décembre dans la salle parisienne de l'Elysée Montmartre dans le cadre d'une série de spectacles dominicaux, "Les dimanches à l'Elysée". "Incontestablement, ça m'a aidé" à lutter contre la maladie, avait dit le chanteur au sujet de sa tournée, lors d'une interview diffusée sur France Inter avant les Victoires de la musique. "C'était quitte ou double: rester chez moi à tourner en rond ou aller dans une voie beaucoup plus difficile où il fallait une énergie incroyable. L'affection que m'envoyaient les gens, j'avais l'impression que ça pouvait me guérir de tous les maux. C'est d'une telle force qu'on se dit: je suis immortel maintenant". Bashung avait une deuxième grande passion: le cinéma. Il avait joué pour les réalisateurs Fernando Arrabal, Patrice Leconte, ou plus récemment Samuel Benchetrit. (avec agence)
|