
6 août 1985. Philippe de Dieuleveult disparaît accidentellement dans les rapides du fleuve Zaïre. Mort par noyade. C’est la version officielle immédiatement avancée par la France et le Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) de Mobutu. L’ex-animateur de « la Chasse au trésor » participait à l’expédition « Africa Raft », avec six autres membres d’équipage qui descendaient le fleuve Zaïre en canot pneumatique. 23 ans après les faits, la journaliste Anna Miquel apporte de nouveaux éléments (témoignages et documents) démontrant qu’en réalité Philippe de Dieuleveult a été tué par les services secrets zaïrois. Cette contre-enquête minutieuse et convaincante (« Philippe de Dieuleveult. Les crocodiles du Zaïre ») est publié dans le magazine « XXI » (n°4-automne 2008) en librairie à partir du 16 octobre. Retour sur cette étrange affaire avec Benoît Collombat…
Anna Miquel : « C’est une exécution, pas une bavure »
Selon Anna Miquel, les services secrets zaïrois aurait été prévenu par "un service de renseignement ami" que Philippe de Dieuleveult devait faire exploser le barrage d’Inga, sur le fleuve Zaïre. Arrêté, interrogé, puis torturé, Dieuleveult sera finalement exécuté par les sbires de Mobutu… Anna Miquel (4’16") 
La journaliste a notamment rencontré plusieurs "hommes de main" du régime de Mobutu qui affirment avoir participé à l’arrestation puis à l’interrogatoire très musclé de Philippe de Dieuleveult… Anna Miquel (1’46") 
Dans son enquête, Anna Miquel révèle de nouveaux documents, comme un procès-verbal d’audition de Philippe de Dieuleveult, ou un télex des services de renseignements zaïrois… Anna Miquel (2'51") 
Le procès-verbal de Philippe de Dieuleveult : « Je suis venu pour une expédition »
Le procès-verbal de l’audition de Philippe de Dieuleveult est daté du 8 août 1985, sur papier à en-tête de la DSP, la division spéciale présidentielle de Mobutu. Il porte la mention "pro-Justicia". Dans ce document, Philippe de Dieuleveult explique être "venu pour une expédition", avec en sa possession un document justifiant sa visite qui lui a "été ravi lors de [son] arrestation." Il dément toute appartenance à la DGSE et réclame d’être "entendu devant [son] avocat" à l’ambassade de France. La signature de ce document a été authentifiée par ses proches.
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Pour Anna Miquel, dans cette affaire, la France a joué un rôle particulièrement trouble… Anna Miquel (1’26") 
La journaliste explique dans quelles conditions elle a pu enquêter en République démocratique du Congo… Anna Miquel (1’19") 
 photo : Les hommes du 2ème REP, envoyés par la France après la disparition de l’expédition.. © DR
Jean de Dieuleveult : « On m’a présenté un faux corps pour enterrer l’affaire »
Jean de Dieuleveult, ancien militaire, est l’un des frères de Philippe de Dieuleveult. Il n’a jamais cru à la thèse de la noyade. Après la disparition de son frère, alors qu’il était en poste à Riyad, en Arabie Saoudite, il obtient une permission spéciale de sa hiérarchie pour se rendre sur place au Zaïre, avec deux amis, afin d’en savoir plus. Il s’étonne alors de l’attitude des autorités françaises, qui confisque leurs passeports. Etonnement encore plus grand quand, quelques jours plus tard, les autorités zaïroises, avec l’aval de la France, prétendent avoir trouvé le corps de Philippe de Dieuleveult. Il s’agissait, en fait d’une mascarade… Jean de Dieuleveult (2’41") 
Le télex du consulat de France : « Le corps a pu être identifié... »
Voici le télex envoyé à Jean de Dieuleveult, le frère de Philippe de Dieuleuveult, par le vice-consul de France à Kinshasa. Un document qui tente de persuader la famille qu’un corps retrouvé sur place correspond bien à la dépouille de Philippe de Dieuleveult. Une assertion démentie par les faits… Lisez la totalité de ce document
Pour Jean de Dieuleveult, le ministre des affaires étrangères de l’époque, Roland Dumas, n’a rien fait pour connaître la vérité dans cette affaire, envoyant des militaires sur place après la disparition de son frère « pour une question de politique intérieure. » L’objectif était simplement « de rechercher des noyés », estime Jean de Dieuleveult… Jean de Dieuleveult (1’47") 
 Pour Jean de Dieuleveult, son frère, officier de réserve de la DGSE, était probablement en mission au moment de sa mort. Pour le compte de qui ? Avec quel objectif ? Jean de Dieuleveult penche pour une action au Cabinda, enclave de l’Angola… Il explique également comment le cabinet du ministère de la Défense lui a assuré, récemment (en juin 2008) qu’au moment de sa disparition, Philippe de Dieuleveult ne faisait plus partie officiellement de la DGSE… alors qu’en septembre 1985, six semaines après les faits, le directeur de cabinet du ministre de la Défense s’est rendu personnellement au domicile de l’épouse de Philippe de Dieuleveult… Jean de Dieuleveult (3’29 ") 
photo : La dernière rencontre de Philippe et jean de Dieuleveult, le 3 mars 1985, au dernier étage de la Tour Eiffel. © DR
Selon Jean de Dieuleveult, cette affaire est « une histoire franco-française. » Il estime que son frère « a été trahi par un ou des ‘services’ français » qui auraient manipulé les services de renseignement de Mobutu… Jean de Dieuleveult (1’48") 
Aujourd’hui, Jean de Dieuleveult n’exclut pas de demander la réouverture du dossier… Jean de Dieuleveult (33") 
Yves de Dieuleveult : « Roland Dumas m’a dit : « ne vous faites aucune illusion : votre frère a été bouffé par les crocodiles ! »
Yves de Dieuleveult, 70 ans, est l’aîné des huit garçons de la famille Dieuleveult. Il connaît bien l’Afrique noire. Il raconte dans quelles étranges circonstances le ministre des affaires étrangères, Roland Dumas, lui certifie que son frère est censé avoir disparu dans les rapides du fleuve Zaïre… Yves de Dieuleveult (2’23") 
Sollicité, Roland Dumas n’a pas souhaité s’exprimer publiquement sur le sujet, précisant simplement qu’en cas d’éléments nouveaux, ce serait à ses yeux « la première fois que des éléments sérieux remettraient en cause la version de la noyade. »
Christian Prouteau : « Philippe de Dieuleveult n’était pas en mission secrète mais parti faire un "coup" de reporter »
En juillet 1985, peu de temps avant sa disparition, Philippe de Dieuleveult rencontre Christian Prouteau, responsable de la cellule anti-terroriste à l’Elysée. Selon Christian Prouteau, Philippe de Dieuleveult semblait alors "très soucieux", absorbé par un autre projet que cette expédition sur le fleuve Zaïre… Christian Prouteau (4’07") 
 Pour Christian Prouteau, Philippe de Dieuleveult envisageait probablement de tenter "un coup médiatique" en tentant de rencontrer un groupe d’opposant dans la région, contre l’avis de Mobutu… A l’appui de son propos, il cite un témoin qui aurait assisté à une scène entre Philippe de Dieuleveult et Mobutu, où ce dernier aurait lancé à l’ancien animateur de "La Chasse au trésor" : « Si tu fais ça, je ne réponds plus de rien ! » Christian Prouteau (2’44") 
Christian Prouteau confirme que les services de renseignement zaïrois ont bien été alertés d’une possible action offensive sur le barrage d’Inga. Il n’exclut pas que les français aient pu transmettre cet avertissement, lourd de conséquence pour l’équipage de Philippe de Dieuleveult… Christian Prouteau (4’13") 
photo : Christian Prouteau, l’ancien responsable de la cellule anti-terroriste de l’Elysée, confirme que les zaïrois ont bien été alertés d’un possible sabotage sur le barrage d’Inga . © Benoît Collombat
Philippe de Dieuleveult travaillait-il pour la DGSE, comme officier de réserve ? Certains membres de sa famille, comme son frère Jean, l’affirment. Pour Christian Prouteau, la réponse est non… même si, selon lui, Philippe de Dieuleveult a pu rendre certains services comme "honorable correspondant". Prouteau affirme également que Philippe de Dieuleveult s’était procuré auprès du GIGN, avant son expédition, "des petites carabines de survie". Christian Prouteau (2’35") 
Jeanne de Dieuleveult : « J’ai tout de suite senti qu’on nous mentait »
A 94 ans, la mère de Philippe, Jeanne de Dieuleveult, espère toujours connaître la vérité sur la mort de son fils… Jeanne de Dieuleveult (57") 
Quand Jacques Foccart s’en mêle… et dément s’occuper des affaires africaines !
En 1986, en désespoir de cause, la mère de Philippe de Dieuleveult écrit à Jacques Foccart, chargé des questions africaines auprès de Jacques Chirac à Matignon, pour l’interpeller sur la disparition de son fils. Le « Monsieur Afrique » du gaullisme et du RPR lui fait alors cette réponse stupéfiante : tout en l’assurant de son soutien, il dément avoir le moindre lien avec les « affaires africaines » ! Et il lui assure, comme Roland Dumas, que les flots du fleuve Zaïre ont certainement emporté son fils… Lisez la totalité de ce document
Liens
>> Le blog de "XXI" >> Le site de "17 juin" la maison de production du film "Philippe de Dieuleveult : enquête sur une disparition" réalisé par Tugdual de Dieuleveult, le fils de Philippe qui ne tranche pas, dans ce reportage, la question de la mort de son père
Dossier réalisé par Valeria Emanuele
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