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le 12 septembre

Le photographe Willy Ronis est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à Paris. Il était âgé de 99 ans.

Pendant des décennies, Willy Ronis a saisi la vie quotidienne des Parisiens, dans des clichés pris sur le vif. "La rue offre à l'esprit curieux un spectacle permanent", expliquait-il en 2005 à l'occasion de l'exposition que lui consacrait la municipalité.

Né le 14 août 1910 dans le IXe arrondissement parisien, de parents juifs ayant fui les pogroms, Willy Ronis a fait partie après la Seconde Guerre mondiale de ce qu'on a appelé l'école humaniste française, au côté de Robert Doisneau et d'Edouard Boubat.


Les amoureux de la Bastille

"Je suis allé les voir, ils s'appelaient Riton et Marinette, et j'ai vu qu'ils avaient le poster encadré dans le café, qui se trouvait à l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Antoine et de la rue des Tournelles. Ils m'ont accueilli cordialement. Ils n'étaient montés qu'une seule fois sur la colonne, ils s'en souvenaient parfaitement. Ils venaient de l'Aveyron et, à l'époque, ils n'avaient pas encore le bistrot. Ils ne l'ont eu que deux ou trois ans plus tard, alors qu'ils étaient mariés. Et le plus étonnant, c'est que sur la photo, dans la direction où ils regardent, on voit le coin de l'immeuble où se trouve le bistrot !"

L'auteur des "Amoureux de la Bastille" a réalisé son premier cliché à l'âge de 16 ans. Jeune, il se passionne pour la musique et le dessin. Son père, ukrainien, était photographe de quartier. Sa mère, lituanienne, donnait des leçons de piano.

Au retour du service militaire, en 1932, Willy Ronis abandonne la musique pour reprendre la boutique de son père, malade. Agacé par ce travail sédentaire, le jeune homme s'évade à la montagne et réalise des reportages sur les sports d'hiver. A la mort de son père, en 1936, Ronis laisse le magasin et devient photographe pour la presse, l'industrie, la mode et la publicité.

1936, c'est aussi le Front Populaire. Ronis publie dans la revue "Regards" ses premiers reportages sur les mouvements sociaux, notamment les grèves chez Citroën.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il déserte la photo. Au hasard des rencontres, il devient régisseur de théâtre, aide-décorateur de cinéma, ou peintre sur bijoux, avec Marie-Anne qu'il épouse en 1946.

A la Libération, Ronis participe à la renaissance de la presse illustrée. En 1946, il fait partie de la première équipe de l'agence Rapho avec Robert Doisneau et Brassaï.


Paris éternellement ( Beau livre - 2005)

A partir de 1947, Ronis se passionne pour les quartiers de Belleville et de Ménilmontant. Il arpente les rues de ce Paris populaire, sans monument, et le fige sur la pellicule.

En 1955, Ronis quitte Rapho (qu'il rejoindra plus tard). Il se consacre alors à la mode et à la publicité. Enseignant la photo à Paris et en Provence à partir de 1968, le Parisien se retire une dizaine d'années à Gordes (Vaucluse) et retrouve la capitale en 1983. Cette année-là, il fait don de ses archives à l'Etat, mais en reste le dépositaire de son vivant.

A la fin des années 70, c'est la consécration : Grand Prix des arts et lettres pour la photographie (1979), il est en 1980 l'invité d'honneur des Rencontres internationales de la photographie en Arles et son livre "Sur le fil du hasard" reçoit le prix Nadar (1981).

Expositions, rétrospectives et hommages se succèdent, notamment à Paris en 1985, 2005-2006. Fin 2008, il publie "Nues", retraçant cinquante-six ans de travaux.


extraits de

Pour choisir le meilleur angle, il a toujours refusé de travailler avec un pied, ce qui nécessite une grande stabilité. Il avait donc rangé ses appareils en 2001. Sa dernière photo était un nu féminin. "Mais vous savez, j'ai fait des photos pendant 72-73 ans", disait-il, "alors je peux m'arrêter sans gros chagrin".


Les réactions

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture

"Il était l'un des plus grands maîtres de la photographie" il "a offert à nos vies ce miroir lumineux".

"Ce représentant de l'école humaniste, cet homme engagé, qui, en 1983, a eu la générosité de léguer son oeuvre à l'Etat français, a fait plus encore: il a fixé, pour chacun d'entre nous, la poésie de notre quotidien et l'a sauvée du temps perdu".

Willy Ronis a "posé un regard tendre (...) sur des existences dont il savait saisir et immortaliser la grâce fugitive. Il a offert à nos vies ce miroir lumineux. Il a su faire de la photographie un art populaire".

Le Premier ministre François Fillon a salué la mémoire de Willy Ronis, le qualifiant de "précieux témoin du vingtième siècle et de ses ruptures".

"Willy Ronis a eu à coeur d'élever la photographie au rang d'expression artistique à part entière : avec ses sujets, populaires et quotidiens, avec son regard, bienveillant et tendre, il a tendu aux Français un miroir argentique".

"Sa longue vie a fait de lui un précieux témoin du vingtième siècle et de ses ruptures", ajoute le Premier ministre, en rendant également hommage à son dévouement "en faveur des jeunes photographes et à sa générosité, qui l'a conduit à léguer son oeuvre à l'Etat dès 1983".

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a rendu hommage a Willy Ronis, en saluant un homme qui "a immortalisé pour nous et pour les générations à venir une France populaire et poétique".

"M. Willy Ronis a immortalisé pour nous et pour les générations à venir une France populaire et poétique", écrit le président Nicolas Sarkozy, dans un communiqué, en rendant hommage au "peintre privilégié de Belleville et de Ménilmontant (qui) s'est fait chroniqueur des aspirations sociales de l'après guerre et poète d'une vie simple et joyeuse".

"Avec la disparition de Willy Ronis, le XXè siècle s'éloigne encore un peu plus, mais nous en gardons un témoignage unique grâce à sa curiosité humaniste et son regard inspiré".


  • Belleville, Ménilmontant (Hoebeke Édition)

  • Nues (Beau Livre - 2008)

  • La montagne de Willy Ronis (Beau livre - 2006)

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