26 janvier 2012 20:00En direct du Théâtre des Champs-Elysées : Schubert, Berg![]() Franz Schubert _________________________________________________ Chen Reiss: le rossignol viennois Après une première apparition avec l’Orchestre National de France il y a deux ans dans Falstaff de Gunod, la soprano Chen Reiss, israélienne domiciliée à New York, donnera ce soir son premier concert avec le dans un programme viennois par excellence : Schubert et Berg, sous la baguette de Daniele Gatti. Un Diapason d’or pour son disque Liaisons (novembre 2011)lui a valu les éloges dans la presse française : une voix cristalline, mais fruitée, une technique solide et une souplesse remarquable, et Chen Reiss a rejoint la constellation des jeunes cantatrices lyriques d’aujourd’hui. Francemusique.fr l’a rencontrée lors des répétitions à Paris. Comment abordes-vous le programme que vous allez interpréter avec l’Orchestre National ce soir ? C’est un programme très spécial, parce que Le Pâtre sur le rocher D.965 est habituellement interprété dans sa version pour piano, et c’est l’occasion pour moi de le chanter dans sa version orchestrale. Bien évidement, les couleurs que l’on obtient sont complètement différentes avec un orchestre, la voix doit s’adapter à un nouveau son, et même si je l’ai chanté de nombreuses fois, je l’aborde cette fois-ci avec une fraicheur de la découverte.our Lulu-Suite, par contre, ce sera la première fois que je l’interprète sur scène. C’est une musique très difficile à apprendre, mais une fois intégrée, elle devient plutôt confortable pour la voix. Lulu est un personnage qui m’a toujours fascinée, très dramatique et haut en couleurs, et c’est un vrai défi de l’incarner. Donc, une fois les difficultés surmontées, on a beaucoup de plaisir lorsqu’on chante cette musique, avec comme condition la plus importante, une concentration maximale. Avez-vous appliqué des techniques spéciales pour la mémoriser ? A vrai dire, la partie la plus difficile n’était pas vraiment de mémoriser ce rôle, parce que, à force de mémoriser les notes, une fois acquises, il est difficile de passer à coté, il y a une seule façon de le chanter. Par contre, il m’était beaucoup plus difficile d’apprendre le Lied de Schubert, même s’il est musicalement plus fluide. Chez Schubert, chaque mot pèse lourd, et il faut vraiment avoir le sens du détail, de la nuance. Vous semblez changer de registre et de style avec aisance. Sur votre dernier disque vous chanter du Mozart, Haydn, Salieri, Cimarosa…tout en légèreté ? Oui, mais j’ai l’habitude, parce que depuis mon tout jeune âge, j’ai chanté des répertoires les plus variés. Mon premier engagement professionnel était dans l’ensemble de l’Opéra de Munich, et je chantais en gros tous les jours une nouvelle œuvre : ce n’était pas rare de chanter un jour du Verdi et du Haendel le lendemain, ou du Mozart le jour d’après, donc j’apprenais vite et ma voix a gagné en souplesse. Mon album Liaisons se plonge dans la Vienne à la charnière du baroque tardif et du classique naissant, et je chante accompagnée sur les instruments d’époque, ce qui fait que l’articulation est très légère et riche en ornementation.En même temps, je chante régulièrement du Verdi et beaucoup de Strauss, et la manière de positionner sa voix chez Strauss est assez semblable à celle qui est propre à Berg. Je parle allemand couramment et je chante beaucoup en allemand, et dans ce sens là, je dirais que c’est la musique germanique quelle que soit l’époque qui est mon répertoire de prédilection. Pensez-vous que les instruments d’époque soient une condition pour reconstituer au mieux l’authenticité de la musique dite « ancienne » ? L’oreille doit reconnaître un certain style, donc, oui, je pense que c’est préférable de faire appel aux instruments d’époque, avec tout ce qu’ils ont comme avantages ou défauts. Avec les orchestres modernes, bien sur, l’intonation est plus stable, mais le son porte plus, donc les difficultés sont différentes pour la voix. Vous êtes artiste en résidence au Staatsoper de Vienne ; est-ce une consécration pour une cantatrice ? J’ai débuté à Vienne dans le rôle de Sophie dans le Chevalier à la rose en 2009, mais le fait que je chante au Staatsoper aujourd’hui est la conséquence de mon passage à Paris en 2010 dans Falstaff, parce qu’à l’époque Dominique Meyer m’a entendue et m’a invitée à Vienne, où il est actuellement directeur. Il est vrai que j’y chante beaucoup : depuis cette automne, j’ai déjà chanté Sophie, ma première Pamina, Waldvogel avec Tillemann, et je prépare ma première Servilia dans la nouvelle production de Clemenza di Tito pour le printemps.Oui, Vienne est vraiment au cœur de ma vie professionnelle et j’en suis ravie. C’est une ville unique pour un musicien. C’est la seule ville au monde où, si vous êtes à la banque ou dans un taxi, et que vous dites que vous êtes engagé au Staatsoper, vous serez traité avec respect et admiration. L’Opéra de Vienne est une référence pour tous les viennois. La musique est vraiment dans le cœur et dans l’âme de chaque citoyen. Il y a quelques jours j’ai donné mon premier récital au Musikverein, et c’est merveilleux parce que le public est non seulement attentif à ce qu’on a à lui dire, mais aussi très cultivé, même érudit. C’est un vrai plaisir de chanter dans un tel contexte. Vous êtes installée à New York, vous travaillez beaucoup en Allemagne, mais où avez-vous appris à aimer la musique ? Je suis née en Israël, mais c’est un pays qui est très loin de la musique classique. Bien sur, nous avons une certaine tradition orchestrale, mais l’opéra est quasi inexistant, donc, après avoir aimé la musique au sein de ma famille, j’ai du très tôt partir à New York pour y étudier le chant. Est-ce que New York est un environnement favorable pour un musicien ? Oh, oui, c’est une ville fantastique, notamment pour étudier la musique. Il y a tellement de bons professeurs, et non seulement pour la technique, mais aussi pour le style, les techniques d’acteurs et toute sorte de spécialités. Il y a énormément de bons chanteurs et beaucoup de concours, ce qui est en effet une bonne chose, parce que cela permet de toujours travailler plus sur toutes les facettes de son art. C’est très motivant d’être le meilleur lorsque le niveau est très élevé, ce qui est effectivement le cas à New York. Avez-vous des projets de chanter plus la musique française ? Oui, bien sûr, nom prochain enregistrement réunira quelques unes de plus belles pages de la musique vocale française, mais c’est encore trop tôt pour tout révéler. Propos recueillis par Suzana Kubik illustration : Vienna 2011 - Rigoletto © Ruth Walz |
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