19 mai 2013 12:37

"Je n’ai jamais rien créé par moi-même, je me suis laissé porter par les autres", dit-il. Ce n’est pas tout à fait vrai, on le verra, mais les autres ce sont en l’occurrence ses Musiciens du Louvre, baptisés ainsi il y a trente ans parce qu’il habitait juste en face du musée, capables aujourd’hui de jouer du cor à bicyclette dans la Posthorn de Mozart. Mais n’essayez pas d’en faire autant, et montez plutôt le son !
Ce n’est pas un hasard si en dehors de son propre ensemble, de son festival sur l’Ile de Ré ou de ses fonctions de directeur artistique de la Semaine Mozart à Salzbourg, il est aussi le patron du Sinfonia Varsovia, une manière de renouer avec ses origines polonaises. L’arrière-grand-père du côté paternel est l’auteur du théorème des équivalences, et papa, grand professeur de médecine, prend ses leçons de flûte entre deux consultations dans son bureau à l’hôpital. Maman, elle, grande traductrice de littérature orientale, est la petite fille d’une violoniste élève de Carl Flesh, de Jasha Heifetz et de Georges Enescu.
Petit, le gamin n’est pas fait pour l’école, d’ailleurs il n’ira jamais jusqu’au bac, mais il cultive de manière obsessionnelle ses marottes, les perruches, puis les poissons, les hamsters, en passant par le cheval et le théâtre, capable de passer tout un été à trouver chez un brocanteur un cromorne. On l’inscrit en violon, mais la mèche ne prend pas et sur un conseil d’une ami de la famille sur l’île atlantique, Jean-Claude Casadesus, il découvre le basson et devient le soliste fétiche de Jean-Claude Malgoire, de William Christie ou de Philippe Herreweghe.
Avec quelques potes, Hugo Reyne, Pierre Hantaï et Sébastien Marq, il fonde le quatuor Lou Landes, du nom du restaurant dans la cave duquel ils répètent, et après quelques semaines seulement remportent le Concours de Bruges. A 18 ans, une voisine de Charles Bruck qui travaille dans le service de son père l’envoie aux Etats-Unis travailler avec l’irascible maître. A son retour un an plus tard, son père lui demande pour égayer un congrès de pédiatrie de monter "Acis et Galatée". Il réunit quelques copains et monte Les Musiciens de Port-Royal.
Trente ans plus tard, il a dirigé les plus grandes phalanges de la planète, de Berlin à Cleveland, en passant par Vienne ou Saint-Pétersbourg. Il a créé "Pelléas" à Moscou, nous a fait redécouvrir Gluck ou Offenbach, mais le reste, il va nous le raconter lui-même - alors faites vite une place à notre table pour notre invité, Marc Minkowski !
Avec la complicité téléphonique de Laurent Favier, restaurateur à l'Ile de Ré, et de Piotr Kaminski, critique musical
illustration : Marc Minkowski © Marco Borggreve / Naïve