14 octobre 2012 12:37

Etre femme et chef d’orchestre, ce n’est déjà pas facile. Mais lorsqu’on est d’origine algérienne et que l’on exerce en Seine Saint-Denis, cela complique encore un peu les choses. Et pourtant tous ceux qui encensent l’expérience d’El Sistema et le succès de Gustavo Dudamel devraient un peu balayer devant leur porte. Alors ouvrez vite votre partition et poussez le son !
Son père, chef de rang dans un grand restaurant parisien, profitait de chaque pause pour filer écouter un concert à Pleyel. Rien d’étonnant donc à ce que sa mère veuille inscrire ses enfants au jardin musical du Conservatoire de Pantin où ils vivent. Mais il ne reste qu’une seule place ; elle sera donc pour le petit frère, et les jumelles devront patienter un peu, l’une pour apprendre le violoncelle, l’autre la guitare puis l’alto, même si à quatre ans déjà elle dessinait des clés de sol ou de fa sur son ardoise.
Quoi qu’il en soit, son prénom, qui signifie splendeur ou porte-bonheur, lui portera chance car dès le CE2 elle dirige sa première chorale et fera à dix-sept ans ses vrais débuts avec le Scherzo de la Deuxième de Brahms.
Et la petite, qui en même temps est une quasi pro du tennis et de la natation, s’accroche. Lors d’un stage, le grand Sergiu Celibidache la remarque - elle travaillera avec lui jusqu’à sa disparition. Mais en France, on confine plus facilement les femmes à la direction de chœur ou au répertoire baroque ; alors, elle fonde son propre ensemble dans les rangs duquel sa sœur reste soliste. Puis, elle prend les rênes du Conservatoire de Stains, où les élèves se bousculent désormais bien plus que dans les halls d’immeubles de la cité.
Et qu’importent les préjugés, elle est aussi aujourd’hui la directrice musicale de l’Orchestre symphonique national d’Alger, et à l’origine dans le "9 cube" d’un Sistema à la française, le projet DEMOS, dispositif d’éducation musicale et orchestre à vocation sociale.
Alors, faites vite place à notre table à une grande musicienne et à une très belle personne, notre invitée Zahia Ziouani !
Avec la complicité téléphonique de Jean-Marc Phillips, violoniste, et de Fettouma Ziouani, violoncelliste
illustration : Zahia Ziouani © DR