20 août 2012 17:00

Fabuleux alchimiste des sons, Gil Evans est de cette poignée de leaders-compositeurs-arrangeurs (Count Basie, Duke Ellington, George Russell, Carla Bley, Mathias Ruegg), qui, chacun leur tour, ont inventé une autre façon de concevoir le big band. Retour sur un doux géant, accessoirement pianiste, mais surtout coloriste d’une extrême sensualité.
« Dans «Trilby», le roman de George Du Maurier, une jeune fille, plongée dans le sommeil de l'hypnose, se voit enseigner le chant par un étrange personnage, Svengali. L'exact anagramme de Gil Evans, fera remarquer Gerry Mulligan. Il est des jeux de lettres qui peuvent dévoiler le fond des choses. Gil Evans n'apprit pas le chant à Miles Davis, Cannonball Adderley, Kenny Burrell, Helen Merrill ou Astrud Gilberto mais, grâce à son intuition, ils découvrirent la nature profonde de leur art. Mage énigmatique et souriant, homme de culture refusant les étiquettes, Gil Evans respirait l'air de son époque avec gourmandise pour mieux nourrir son monde intérieur. Et les solutions qu'il en tirera en toute humilité infléchiront le cours du jazz. A plusieurs reprises. » (Alain Tercinet in Jazzman)
« Né Ian Ernest Gilmore Green ou Gilmore Ian Rodrigo Green le 13 mai 1912 à Toronto, le canadien Gil Evans se sentira toujours un peu en exil dans ces États-Unis où sa mère vint s'installer sur la côte ouest alors qu'il avait une dizaine d'années. En 1927, durant un séjour à la Berkeley High School, il découvre la musique de Louis Armstrong, Duke Ellington et Don Redman. Les deux premiers détermineront sa vocation, le troisième lui servira de modèle. A l'aide de disques passés et repassés sur son phonographe, Gil s'initie, en autodidacte, aux arcanes de l'arrangement et, à Stockton, lui-même occupant le poste de pianiste, il monte un grand ensemble. Au bout de cinq ans, en 1938, la formation passe entre les mains du chanteur Skinnay Ennis. Est alors engagé un autre arrangeur doté de solides connaissances musicales classiques, Claude Thornhill qui emmènera Gil avec lui lorsque, l'année suivante, il mettra sur pied la plus singulière formation de danse qui fut. Gil Evans: «Mélodie, harmonie, rythme évoluaient à une vitesse minimale (...) Tout était subordonné à la création d'un «son» que rien ne devait venir perturber. Un son planant à la façon d'un nuage». Pour faire bonne mesure, en 1941, Thornhill engagea deux cors… bientôt rejoints par un tuba.
La guerre vint tout interrompre. Après trois ans passés dans l'armée, Gil Evans retrouve Thornhill qui avait décidé, en 1946, de reformer un orchestre. Les choses ne sont plus tout-à-fait pareilles. (…) Gil Evans ayant découvert le bop, écrit d'admirables arrangements sur Anthropology, Yardbird Suite et Robbin's Nest. Thornhill se sent dépassé. » (Alain Tercinet in Jazzman)
illustration : Gil Evans (à dr.) avec Ryland Weston et Johnny De Soto en 1934 en Californie © DR