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Les Greniers de la mémoire

par Karine Le Bail & Philippe Tétart

le samedi de 12h à 13h

samedi 7 novembre 2009

Berlin 1989 - Concert d'archives

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Un mois avant la chute du Mur de Berlin, en octobre 1989, à Leipzig, Kurt Masur donne un concert mémorable. Mémorable en soi. Mémorable, aussi, par sa portée politique. Sachant les manifestants déployés dans la ville, pour appeler à la chute du régime de la RDA et à la fin du Mur, le chef lance un vibrant appel au calme. Puis la musique vient : Strauss, Brahms et Matthus. Les Greniers reviennent sur ce moment d’histoire et de musique à la fois.



Le 9 octobre 1989, à l’heure des prières du soir, Leipzig s’attendait à ce qu’une guerre civile éclate. Depuis plusieurs semaines déjà, les « défilés du lundi », manifestations pacifiques emmenées par les pasteurs de la ville et réunissant des milliers de personnes au cœur de la vieille cité médiévale, venaient ébranler le régime communiste et l’Allemagne de l’Est toute entière. Depuis le début de l’après-midi, on avait déployé la redoutable Stasi, la police secrète, le long de l’itinéraire du défilé, armée de canons à eau et de gaz lacrymogènes ; la police régulière – la Volkpolizei –traversait la ville au pas, avec matraques, gaz et boucliers. On disait que l’ordre avait été donné de tirer dans la foule. C’est alors que le célèbre chef d’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Kurt Masur, annulait la répétition du concert qu’il devait donner le soir-même. Avec l’aide d’un pasteur et de quelques personnes influentes au Parti, il rédigeait un appel à un « dialogue pacifique » entre les citoyens et les autorités.
Lancé à travers la ville au travers de haut-parleurs municipaux l’appel de Kurt Masur contribua très vraisemblablement à faire reculer le régime communiste, qui rappela ses troupes. Le cri des 50 000 manifestants, « Wir sind das Volk ! Keine Gewalt ! » (« Nous sommes le peuple ! Pas de violence ! »), galvanisa le pays tout entier : le peuple avait pu défier l’État, et la démocratie était donc un horizon possible. Durant les semaines qui suivirent, jusqu’à la chute du Mur et bientôt celle du régime communiste, la salle du Gewandhaus de Leipzig devint une sorte d’hôtel de ville citoyen, depuis lequel Kurt Masur dirigea des débats passionnés.
Les Greniers de la mémoire, en prélude aux programmes exceptionnels organisés par Radio France le 9 novembre prochain, afin de commémorer le 20e anniversaire de la Chute du Mur, voulaient faire entendre aux auditeurs de France Musique ce concert mémorable que Kurt Masur dirigea, au soir de cette journée tragique du 9 octobre 1989. Dans une salle vibrante d’émotion, les mains tremblantes, le chef d’orchestre dirigea Till Eulenspiegel de Strauss, le concerto pour trompette, percussions et orchestre de Siegfried Matthus et la 2e symphonie de Brahms. Les archives de la radio allemande ont gardé la trace de ce concert radiodiffusé et nous permettent de diffuser ce document exceptionnel, moment musical autant qu’un événement profondément politique. Nous ferons également entendre des éléments d’actualité de novembre 1989 et des extraits d’entretiens avec Kurt Masur nous parlant de cette période. Entre son et sens, retour sur la chute du mur.


Archives:

Inter-Actualités, (Ina novembre 1989)

Kurt Masur :

Le Matin des Musiciens : Du coeur de l'orchestre : un portrait de Kurt Masur, prod. Jean-Paul Quennesson (Ina juin 2008)

Archives musicales:

Richard STRAUSS : Till Eulenspiegel

Johannes BRAHMS : Symphonie n°2 op 72 (4ème mvt)

Siegfried MATTHUS : Concerto pour trompette, percussions et orchestre

Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, dir. Kurt Masur
(Archive du 9 octobre 1989, grâce à l'aimaible collaboration de la radio de Leipzig, la MDR.)

DISQUE :

Salomon Song, par The Young Gods extrait du CD Wall of sound
(Co-édition Radio France/ Le Son du Maquis 2009)

 © Radio France / Le Son du Maquis