23 septembre 2012 14:00

Une réédition chez EMI d'un enregistrement datant d'octobre 1988 mérite le détour : le Voyage d'hiver D. 911 de Schubert par la mezzo-soprano Brigitte Fassbaender, accompagnée par le pianiste Aribert Reimann.
Voici longtemps que les chanteuses se sont emparées de ce répertoire jadis réservé aux seuls hommes. Déjà la grande Lotte Lehmann dans "18 cycles de Lieder" (Eighteen Song Cycles chez Praeger Publishers, 1972) affirmait l'égalité des sexes dans ce répertoire : "Pourquoi refuser à une chanteuse une telle profusion de Lieder merveilleux si elle dispose de ce pouvoir de créer l'illusion, et de faire en sorte que le public lui-même y croie ?"
Partant de là, il est parfaitement légitime de vous proposer un panel de versions entièrement féminines, et de les comparer entre elles.
Partout vous apprécierez le "paysage fou" (Michel Schneider) de ce cycle, ce corps désert en deux temps (de 1 à 12, et de 13 à 24) en parfaite adéquation avec l'état d'esprit dépressif de Schubert en ce début de l'année 1827, et les vers de Wilhelm Müller.
Depuis le lied glacial "Gute Nacht" (Bonne nuit) qui semble assurer la transition avec le dernier lied de "La Belle meunière", au Vielleux (Der Leiermann), figure de musicien déchu auprès duquel le malheureux vagabond errant va trouver une ultime figure d'identification, c'est un poète hagard et titubant dans la neige qui nous est présenté ici, incapable d'avancer car figé dans son souvenir de l'aimée, et terrorisé par sa propre image que lui renvoie une nature figée par le froid.
Attaché de production : Yoann JOLIET
Chargé de réalisation : Laurent LEFRANCOIS
illustration : réédition de la version 1988 chez EMI Classics © DR