Le jardin des critiques

par Benjamin François

le dimanche de 14h à 16h

3 mars 2013 14:00

MAHLER : Symphonie n°1 avec Serge Baudo, Jean-Pierre Derrien et Vincent Warnier

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Achevée en 1891 par un compositeur de 31 ans, connu seulement à cette époque par ses "Chants d’un compagnon errant" (Lieder eines fahrenden Gesellen), la symphonie n°1 reprenait à son compte la tradition romantique d’un narrateur ayant subi un amour malheureux, jusqu’à envisager le suicide, pour finalement trouver la paix intérieure en acceptant son sort.

Mahler se dissocie néanmoins de ce topos des époques classique et romantique, abandonnant la structure habituelle de la symphonie en 4 parties pour mieux tester une orchestration nouvelle, accueillie plutôt fraîchement par la critique et le public.

A y regarder de plus près, Mahler inaugure sa série de 10 symphonies en véritable promoteur de la symphonie moderne : déjà, il nous avoue un penchant inné pour la nature, pour les mélodies héritées du répertoire populaire yiddish entendues depuis l’enfance, avec quelques incursions dans la musique militaire. Dès cette 1ère symphonie, écrite entre 1884-1888, empreinte d’une nostalgie très Fin de Siècle, le compositeur met en scène toute la civilisation d’une Mitteleuropa en pleine mutation qui se pose la question de sa décadence. Mahler y affirme de surcroît un goût inné pour une orchestration resplendissante avec de belles sonorités cuivrées, aux formes grandioses qui font la part belle au contrepoint.



Attaché de production : Yoann JOLIET

Chargé de réalisation : Laurent LEFRANCOIS

illustration : Sortie chez AgOgique en 2012  © DR


invités

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    Serge Baudo

    Issu d’une famille de musiciens, Serge Baudo fait ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où après avoir obtenu une médaille en piano, il reçoit les prix d’harmonie, de percussion et de direction d’orchestre. A l’âge de vingt-deux ans, il entre à l’Orchestre de l’Opéra de Paris comme percussionniste et pianiste. Parallèlement, il compose des musiques de films. Il rencontre Joseph Kosma, assure l’orchestration de certaines de ses oeuvres, puis travaille avec Maurice Jarre et collabore avec Louis Malle. En 1959, il embrasse définitivement la carrière de chef d’orchestre en étant nommé à la tête de l’Orchestre de la Radio de Nice. En 1962, Herbert von Karajan l’invite à venir diriger Pelléas et Mélisande (Debussy) à la Scala de Milan ainsi que plusieurs concerts à Berlin.

    Nommé chef permanent à l’Opéra de Paris en 1962, puis de l’Orchestre de Paris lors de sa fondation en 1967, aux côtés de Charles Munch, Serge Baudo est nommé Directeur musical de l’Orchestre National de Lyon. De 1970 à 1988, il portera cette phalange à son plus haut niveau artistique. De nombreux enregistrements voient le jour. L’un d’eux, dédié à Ravel, sera couronné par un Disque d’Or et celui de Pelléas et Mélisande (Debussy) par un Grand Prix du Disque lyrique. Des tournées en Chine, au Japon, en Corée, Tchécoslovaquie, Allemagne, Suisse, Canada et aux Etats-Unis concourent à étendre la réputation de l’Orchestre, de son chef et de leur talent incomparable dans l’interprétation de la musique française.

    En 1979, Serge Baudo crée le Festival Berlioz à Lyon, donnant ainsi un véritable élan à la connaissance de l’œuvre intégrale du compositeur, surtout prisé à l’extérieur de son pays natal. Il réalise en 1987 une intégrale des Troyens (Berlioz) qui fera date.

    En tant que chef invité, Serge Baudo a dirigé les plus grandes formations tant européennes que mondiales : l’Orchestre Philharmonique de Berlin, le RIAS Kammerchor Berlin, les Berliner Sinfoniker, les orchestres du Metropolitan Opera de New York et de l’Opéra de Vienne, celui du Concertgebouw d’Amsterdam, l’Orchestre Yomiuri et celui de la NHK au Japon, les Wiener Symphoniker, l’Orchestre de la Suisse Romande et celui de l’Opéra National de Paris, l’Orchestre du Teatro Colon à Bueno Aires. Il a fait ses débuts à Prague avec l’Orchestre Symphonique de Prague. Puis une longue et fructueuse collaboration avec les autres formations, dont la Philharmonie Tchèque, attache Serge Baudo à la République Tchèque et à ses artistes. Plusieurs compositeurs du XXe siècle lui ont confié leurs créations : Henri Dutilleux, Olivier Messiaen pour la première mondiale de Et Expecto Resurrectionem à la Cathédrale de Chartres et de La Transfiguration de notre Seigneur Jésus-Christ à Lisbonne et à la BBC/Londres, Henri Tomasi, Darius Milhaud, Marius Constant, Daniel Lesur et Marcel Mihailovici et aujourd’hui Karel Husa dont Serge Baudo a créé récemment le Concerto pour orchestre. Il est invité, en décembre 2007, à venir diriger l’Orchestre de Paris, afin de fêter les quarante ans de cette formation.

    Depuis la saison 2001-2002, Serge Baudo est Directeur Musical de l’Orchestre Symphonique de Prague.

    illustration :
    Serge Baudo
    ©DR



programmation musicale

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    VERSION 1 :

    Berliner Philharmoniker, direction Claudio Abbado
    1989
    [DG [431 769-2]]

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    VERSION 2 :

    Orchestre Royal du Concertgebouw, direction Mariss Jansons
    2006
    [RCO [07001]]

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    VERSION 3 :

    Orchestre du Festival de Budapest, direction Ivan Fischer
    2011
    [Channel Classics [ccs SA 33112]]

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    VERSION 4 :

    Berliner Philharmoniker, direction Carlo Maria Giulini
    1976
    [Testament [SBT2 - 1462]]

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    VERSION 5 :

    London Symphony Orchestra, direction Jascha Horenstein
    1969
    [Unicorn Kanchana [UKCD2012]]

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    VERSION 6 : VERSION CHOISIE

    Orchestre Symphonique de la SWR Baden-Baden - Freiburg, direction François-Xavier Roth
    2012
    [Hänssler Classic [CD 93.294]]


vos réactions


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    11 commentaires | page 1/1

    Marcel
    03/03/2013 - 14h11

    Bonjour, chers jardiniers...Tiens, et même si j'aime bien la plupart du temps demeurer dans l'ignorance des versions présentées, je viens de les voir...

    Mes réactions... immédiates : "tiens, trois, les plus récentes, que je ne connais pas.... Mouiii, autrement Abbado, très bien, un peu particulier, mais avec les productions de Lucerne sur Mezzo, devenu très "populaire"... à suivre... Surtout qu'il y a Giulini magnifique mais ce n'est pas la version du Chicago... Ah ! et ni Ancerl, ni Solti, ni Klemperer, ni Walter ... On le sait, allons, un choix c'est équilibré et cela mêle du récent, du sûr, et de l'étrange...

    Mais bon, j'ai aussi Horenstein, oui..., la référence depuis un temps certain... Toujours sourire...Profitons donc des inconnus !!

    [France Musique] Cher Marcel, vous êtes for-mi-dable ! Vous commencez par nous citer 7 versions qui vous semblent incontournables (pour votre gouverne, les panels du Jardin n'en comportent que 6, et pas une de plus), que vous nous présentez comme exceptionnelles (sans nous donner d'autre argument que le nom, magique, des chefs)... et qui le sont effectivement depuis des dizaines d'années. Que vous ont apporté les 3 plus récentes versions (dont l'une sort vainqueur de ce match), qu'avez-vous découvert, que vous a apporté le débat ? Nous ne le saurons pas, dommage... Au risque de nous répéter : la musique est un matériau vivant, rien n'est acquis, rien n'est figé, tout est en mouvement. Nous vous laissons à vos certitudes.

    Ivan Pierre JULIA
    03/03/2013 - 14h34

    Merci beaucoup pour ce jardin sur Mahler. Il est vrai qu'il existe des centaines de versions, mais je trouve dommage que la version stéréo de Bruno Walter ne soit pas présente. Mr. Baudo aurait pu nous parler de la vision tchèque de Mahler avec Neumann. Je suis curieux de la version Horenstein et celle de Giulini. Le début du premier est tout aussi redoutable et les transitions et crescendi déroutent plus un. Fischer semble faire l'unanimité actuellement. Voyons s'il tient le coup dans cette confrontation!

    simon
    03/03/2013 - 14h45

    Enfin une émission avec que des versions incontestables, la 6ème peut-être légèrement en retrait .

    [France Musique] Vous n'êtes semble-t-il pas d'accord avec le 1er auditeur et aurez donc matière à discuter ensemble !

    Louy
    03/03/2013 - 14h49

    A quoi bon si vous supprimez au premier tour la version apparemment la plus originale. Finalement un travail de jardinier : égaliser les haies !

    [France Musique] A la serpe !

    Armel Derollez
    03/03/2013 - 15h23

    Enfin ! Dehors ! Exit dès le premier tour, et sans regrets, pour celui qui nous impose sa tronche sur tous ses disques , avec ou sans chapeau, on se demande bien à quel titre, quand on les écoute un peu sérieusement ! Une fois de plus il est ici au premier plan par rapport à Mahler ! Incompréhensible l' engouement dont il jouit: ces "Diapason d'or" comme s'il en pleuvait !
    En revanche, bravo pour François-Xavier Roth, qui nous émerveille comme il l'avait déjà fait avec Stravinski !

    [France Musique] La "tronche" est un peu fort, vous ne trouvez pas ? Je suggère : "binette", "bouille", "bobine", "trombine"... et s'il vous fait vous gondoler : "bille" ! :)

    Laurent
    03/03/2013 - 15h26

    Quelle magnifique surprise que la version de François-Xavier Roth ! Une découverte !
    Bravo à France-Musique, encore une belle émission aujourd'hui.

    simon
    03/03/2013 - 15h33

    L'extrémisme de Roth tourne au système et devient didactique, piège à éviter . Il y a Abbado l'électrique, Janssons le mahlérien confortable, Fischer le poète, Giulini le grand classique, Horenstein toujours fascinant et presque le plus moderne.

    [France Musique] Vous êtes bien le seul à trouver de l'extrémisme dans cette version magnifique et très fluide. Faut-il préciser que F.-X. Roth n'est ici pas avec les Siècles sur instruments d'époque, mais avec son orchestre de la SWR de Freiburg.

    Sinoué
    03/03/2013 - 16h39

    Merci pour ces Jardins des critiques toujours passionnants et le plaisir particulier d'entendre aujourd'hui Serge Baudo, même si je l'entends pourtant si souvent sur mes vinyles et CD et principalement dans la musique Française. J'ai beaucoup apprécié aussi la version SWR Baden-Baden - Freiburg dirigée par François-Xavier Roth et Giulini aussi bien sûr. Par contre il m'a manqué d'entendre une mémorable Première par Bruno Walter avec le Columbia, tout autant celle de Karel Ancerl avec le Czech Philarmonic orchestra, et une magnifique par Tennstedt en live avec le Chicago.

    Petit bémol, de taille tout de même, la qualité technique de la diffusion des extraits est toujours déplorable et d'ailleurs cela devient général depuis quelques temps sur France Musique. L'abus dévastateur des compresseurs de dynamiques sur les enregistrements retransmis, les défigure totalement...! C'est parfois insupportable, à moins d'aller écouter sur son auto radio dans sa vieille deux chevaux, pied au plancher sur l'auto-route, les fenêtres grandes ouvertes. Il est vrai qu'on ne raterait alors pas une miette de tous ces extraits, des pianissimi jusqu'au tutti. ;O)

    [France Musique] Soyez tout de même prudent sur les routes et prenez votre cache-nez si vous ouvrez les fenêtres de votre 2CV !

    Bertrand M
    03/03/2013 - 16h50

    Bel après-midi, vraiment, avec la "Titan". Soyez remercié d'abord pour deux raisons : le choix de 6 versions toutes belles ou très belles, le découpage choisi permettant d'avoir une vue d'ensemble satisfaisante de la symphonie. La présence de Serge Baudo était d'autant plus précieuse qu'il apporte le point de vue d'un artiste ayant dirigé l'oeuvre. La version élue est magnifique, même si le finale m'a paru trop démonstratif et le scherzo un peu rapide. Chemin faisant je me demandais : qui ? Un Kubelik, un Inbal inconnus ? Quelle belle surprise !
    Quant aux versions Abbado et Fischer, elles n'ont pas démérité : si, comme c'est l'habitude, vous aviez commencé par faire entendre le début du 1er mouvement, qui sait si elles auraient été "recalées"...

    [France Musique] Evidemment, on y a pensé. Mais le 1er mouvement met 10 mn à se dévoiler, alors autant organiser le match sur la fin, vraiment démonstrative.

    Alphee
    03/03/2013 - 21h

    De bonnes versions, techniquement impeccables, mais plutôt dans le genre un peu gras et bien nourri, axé sur l'hédonisme sonore.
    Cela me fait un peu penser à ces vins de concours que je suis forcé de noter 18/20, mais dont je suis incapable de boire trois verres.

    Le fantastique, l'inquiétude, le sarcastique, l'ironie, voire l'agressivité et le kitsch, sont aux abonnés absents.

    Les tchèques, terreau naturel de Mahler étaient bizarrement oubliés, ablation aussi étrange qu'une discographie comparée de Shostakovitch sans russes.

    Je précise que je ne connais assez bien l'historique des interprétations et de la discographie, puisque j'ai commencé à m'interesser à la musique enregistrée à l'époque du 78 tours. Ceci afin d'être tenu, s'il y a lieu, non pour un blanc-bec, mais pour un authentique vieux con

    Enfin, resctification, il n'y a pas de "Frères Jacques" en allemand, mais "Bruder Martin", et cette citation de la symphonie renvoie à une gravure aussi répandue que l'Angélus de Millet sur nos calendriers des postes, qui est l'enterrement parodique d'un chasseur par les animaux de la forêt

    Elément grinçant et parodique qui était masqué par la somptuosité sonore des enregistrements choisis.

    Mais ceci est un peu la loi du genre: en écoute comparative par fragments, ce sont toujours les interprétations les plus extérieures et les plus confortables qui recueillent les suffrages.

    [France Musique] Vous avez raison "Frère Jacques" est, en la matière, une traduction un peu rapide de "Bruder Martin". Mais si vous annoncez "Frère Martin", pas grand monde sera mis au parfum. Pour le reste, une "Titan" sans hédonisme sonore, je ne vois pas trop... Et surtout, vous semblez dire que seuls les orchestres originaires d'une sphère culturelle en phase avec le compositeur seraient seuls aptes à jouer ce répertoire. J'ai bien peur de ne pouvoir vous suivre sur ce terrain... les contre-exemples sont nombreux.

    Armel Derollez
    04/03/2013 - 12h21

    Un contre-exemple particulièrement frappant : Valery Gergiev est-il un interprète recommandable de Tchaïkovski ? Dans le genre imbuvable, fait-on mieux ? Mais il est vrai que des Ancerl, Kubelik, étaient d'une autre trempe !

    [France Musique] 100% d'accord avec vous !


    Les propos publiés ici n'engagent que leurs auteurs.



 

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