22 août 2012 23:00

Fabuleux alchimiste des sons, Gil Evans est de cette poignée de leaders-compositeurs-arrangeurs (Count Basie, Duke Ellington, George Russell, Carla Bley, Mathias Ruegg), qui, chacun leur tour, ont inventé une autre façon de concevoir le big band. Retour sur un doux géant, accessoirement pianiste, mais surtout coloriste d’une extrême sensualité.
« Dans «Trilby», le roman de George Du Maurier, une jeune fille, plongée dans le sommeil de l'hypnose, se voit enseigner le chant par un étrange personnage, Svengali. L'exact anagramme de Gil Evans, fera remarquer Gerry Mulligan. Il est des jeux de lettres qui peuvent dévoiler le fond des choses. Gil Evans n'apprit pas le chant à Miles Davis, Cannonball Adderley, Kenny Burrell, Helen Merrill ou Astrud Gilberto mais, grâce à son intuition, ils découvrirent la nature profonde de leur art. Mage énigmatique et souriant, homme de culture refusant les étiquettes, Gil Evans respirait l'air de son époque avec gourmandise pour mieux nourrir son monde intérieur. Et les solutions qu'il en tirera en toute humilité infléchiront le cours du jazz. A plusieurs reprises. » (Alain Tercinet in Jazzman)
« Gil avait l'habitude de dire que ce qu'il y avait de fantastique dans la sonorité de Miles c'est que dans tous les registres, du grave à l'aigu, elle demeure la sienne. Il n'y avait pas de césure dans le son. Et Gil était tout spécialement attaché au son. » (Maria Schneider)
Après « Miles Ahead » que nous écoutions hier soir, trois autres albums en studio naîtront de la collaboration durable entre Miles et Gil, dont deux majeurs : «Porgy and Bess» et le très envoûtant «Sketches of Spain». Gil Evans a toujours eu une sensibilité très aiguisée pour la musique hispanique, peut-être à cause de son enfance californienne… Miles devait déclarer à propos de ces « croquis d’Espagne » : « Gil a fait sonner l'orchestre comme une énorme guitare. »
illustration : Miles Davis et Gil Evans © DR