Les lundis de la contemporaine

par Arnaud Merlin

le lundi de 20h à 22h25

25 juin 2012 20:00

Manoury/Berio par l'Ensemble Intercontemporain, dir. Susanna Mälkki (Festival ManiFeste Ircam)

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20h00 : LE CONCERT DU SOIR, par Arnaud Merlin

21h30 : LE MAGAZINE DE LA CONTEMPORAINE, par Arnaud Merlin avec les reportages de Pierre Rigaudière et l'interview "sur le vif" de Jean-Pierre Derrien

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Le concert du soir
Concert enregistré le 9 juin Cité de la Musique, à Paris, dans le cadre du festival ManiFeste

Philippe Manoury (né en 1952)
Neptune, pour trois percussions et processeur de signal en temps réel
Gilles Durot, vibraphone midi
Samuel Favre, vibraphone midi
Victor Hanna, marimba
Cort Lippe, réalisation informatique musicale Ircam
Miller Puckette, conseiller scientifique Ircam

Luciano Berio (1925-2003)
Ofanim, création française de la version de 1997
Esti Kenan Ofri, soprano
Maîtrise de Radio France
Sofi Jeannin, chef de chœur
Ensemble Intercontemporain
Susanna Mälkki, direction
Francesco Giomi, réalisation informatique musicale Tempo Reale
Damiano Meacci, réalisation informatique musicale Tempo Reale

Le concert de ce soir a été enregistré dans le cadre de ManiFeste, ce nouveau festival créé par l’Ircam dans la continuité de ce qui s’appelait auparavant "Agora", mais en intégrant toute une dimension pédagogique, c'est-à-dire en reprenant la structure de ce qui était autrefois "Acanthes" ; ce concert présentait seulement deux œuvres, mais deux œuvres de belle dimension.

Il s’ouvrait avec "Neptune" de Philippe Manoury, une partition écrite en 1991, et destinée à trois percussions, associées à un processeur de signal en temps réel ; la pièce a été créée à l’époque par les trois percussionnistes de l’Ensemble Intercontemporain - il s’agit aujourd’hui de Gilles Durot, qui est né en 1983 et qui fait partie de l’Ensemble Intercontemporain depuis 2007, de Samuel Favre, qui est né en 1979 et a rejoint l’ensemble en 2001, et enfin de Victor Hanna, le plus jeune, né en 1988 et qui vient tout juste d’entrer à l’ensemble en 2012…
Cette pièce est la dernière du cycle consacré aux interactions instruments/ordinateurs, après "Jupiter", "Pluton" et "La Partition du Ciel et de l’Enfer". Elle est écrite pour un marimba et deux vibraphones, les deux vibraphones étant équipés d’un système "midi", ce qui permet de contrôler la musique électroacoustique en direct, et ce contrôle peut être exercé par les instrumentistes eux-mêmes. Cela induit également un autre rapport au jeu des instrumentistes puisque les hauteurs, les dynamiques et les tempi peuvent varier en fonction de l’interprétation des musiciens.
La pièce est construite en cinq sections, la première est fondée sur un "la" grave qui se développe dans le spectre, la deuxième est plus virtuose, avec des accidents provoqués lorsque les instrumentistes dépassent un certain seuil dynamique, la troisième joue sur la transformation des modes de jeu avec des modules électroniques, la quatrième est conçue comme une passacaille reprise en boucle et toujours variée, enfin la cinquième et dernière partie utilise un tam-tam modulé par un système de filtres, en hommage lointain à "Mikrophonie I" de Stockhausen.
La partie logicielle a été élaborée par Miller Puckette, et Cort Lippe a assisté le compositeur dans la réalisation.

Après l’entracte, on découvrait en création française une nouvelle version d’"Ofanim", pièce qui avait été créée dans une première mouture en 1988 à Saint-Paul-de-Vence - en l'occurrence, il s’agissait donc d’une nouvelle version élaborée en 1997. La partition est écrite pour deux chœurs d’enfants, deux groupes instrumentaux, une voix de femme et un système électronique en temps réel. Le texte est tiré d’une part du Livre d’Ezéchiel et d’autre part du Cantique des Cantiques, le titre, "Ofanim", signifiant en hébreu à la fois "roues" et "modes" - en effet on voit dans les apparitions d’Ezéchiel une sorte de rotation perpétuelle dans un ciel embrasé - ; ce texte oppose en quelque sorte la vision dramatique d’Ezéchiel à la grande sensualité du Cantique des Cantiques, jusqu’à la dernière section de l’œuvre où le verger aux senteurs parfumées fait place à une vigne flétrie, et à l’image de la Mère, arrachée à son sol natal et rejetée vers "une terre sèche et brûlée", qui "évoque la mémoire de toutes les mères de notre époque, le souvenir de ces exodes et de ces holocaustes si profondément enracinés dans notre conscience", selon les termes du compositeur. Et cette voix de la Mère est incarnée ce soir par une chanteuse, danseuse, chorégraphe et compositrice très impressionnante de présence, Esti Kenan Ofri…


Comblement de programme

Thomas Adès (né en 1971)
Asyla, op. 17
City of Birmingham Symphony Orchestra
Sir Simon Rattle, direction
Enr. 1998
EMI 5 56818 2

illustration : La Maîtrise de Radio France et l'Ensemble Intercontemporain  © DR


Billet

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    par Arnaud Merlin

    George Benjamin
    La transhumance festivalière, comme chaque été, ne se montre pas très propice à la création. Il faut éplucher de près les programmes des centaines de manifestations entre le début juillet et la fin août pour trouver matière à curiosité, si l’on veut ne pas bronzer idiot.
    Bien sûr, il y a le 15e festival Messiaen au Pays de la Meije, qui prend le prétexte de la Classe Messiaen au Conservatoire de Paris, du 14 au 22 juillet, pour dresser un beau portrait en creux du professeur, avec de très nombreuses pièces contemporaines, dont une création de Philippe Manoury que nous irons enregistrer pour vous le 21 juillet - nous en parlerons tout à l’heure avec l’invitée de Jean-Pierre Derrien, la violoniste Hae-Sun Kang.
    Sans aller jusqu’à Darmstadt en Allemagne, où l’on retrouvera par exemple l’ensemble Linea, on peut aussi signaler ce festival Jeunes Talents qui se tient pendant tout le mois de juillet au cœur du Marais, à Paris à l’Hôtel de Soubise, et qui reçoit Kaija Saariaho en compositrice invitée : une dizaine de ses œuvres seront ainsi jouées par de jeunes musiciens entre le 6 et le 25 juillet.
    Fin juillet, à Forcalquier, les amis de la famille Queyras font aussi la part belle aux compositeurs d’aujourd’hui comme Maratka, Kurtag ou Mantovani, tandis que le Festival de Chaillol, dans les Alpes du Sud entre la fin juillet et la mi-août, se montre encore plus ouvert aux musiques d’aujourd’hui, en accueillant lui aussi un compositeur en résidence, François Meïmoun, et en croisant les genres, en recevant le compositeur et pianiste François Rossé en duo avec le percussionniste Carlo Rizzo, le compositeur palestinien Ahmad Al-Khatib, le saxophoniste Joël Versavaud, l’ensemble CBarré de Sébastien Boin ou encore les quatuors Bela et Ardeo…
    Un éclectisme exigeant que l’on retrouve à l’affiche des Nuits d’été, du 3 au 14 août, en avant-pays savoyard, entre Lépin-le-Lac et Saint-Alban-de-Montbel, avec là encore le Quatuor Béla, mais aussi le pianiste Jonas Vitaud ou la Compagnie des musiques à ouïr…
    En août, on pourra aussi faire le détour par Aix-en-Provence où le compositeur Phil Glass viendra célébrer le trentième anniversaire de l’Orchestre Français des Jeunes en créant sa 10e Symphonie au Grand Théâtre de Provence, le 9 août… Aix-en-Provence qui aura vu, un mois plus tôt, entre le 7 et le 14 juillet, la création du nouvel opéra très attendu de George Benjamin, "Written on Skin", sur un texte de Martin Crimp, lequel avait déjà signé l’argument de "Into the Little Hill", créé au Festival d’Automne à Paris en novembre 2006…


    Illustration musicale

    George Benjamin (né en 1960)
    Into the Little Hill – Part Two – VIII. Interlude (Mother(s) and Child(ren) "Each cradle rocks empty")
    Anu Komsi, soprano
    Hilary Summers, contralto
    Ensemble Modern
    Franck Ollu, direction
    Enr. 2007
    Nimbus Records NI 5828

    liens :
    @ George Benjamin dans la base documentaire de l'Ircam

    illustration :
    George Benjamin, Written on Skin au Festival d'Aix-en-Provence
    ©DR


Reportage

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    par Pierre Rigaudière

    L’Esprit de l’érable rouge, conte symphonique de Karol Beffa
    Dans ses locaux d’Alfortville, l’Orchestre National d’Ile-de-France est en pleine répétition, en compagnie des nombreux enfants impliqués dans le projet de ce conte symphonique de Karol Beffa, "L’Esprit de l’érable rouge".
    À deux jours du concert à la Salle Pleyel, nous rencontrons le compositeur, le chef d’orchestre Jonathan Schiffman et Manon Leroy, la narratrice.


    Illustrations musicales

    Karol Beffa
    L’Esprit de l’érable rouge, conte symphonique sur un texte de Minh Tran Huy
    Manon Leroy, narratrice
    Enfants de CE2, CM1 et CM2 d’écoles de Bry-sur-Marne et de Paris
    Orchestre National d’Ile-de-France, dir. Jonathan Schiffman
    (Extraits enregistrés en répétition le 21 juin)

    liens :
    @ L'Orchestre National d'Ile-de-France

    illustration :
    Karol Beffa
    ©DR


Sur le vif

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    par Jean-Pierre Derrien

    Hae-Sun Kang
    Le 15ème festival Messiaen au Pays de la Meije tient son édition 2012 du 14 au 22 juillet. Y sera célébrée la classe de Messiaen au Conservatoire de Paris (1941-1978), avec la participation d'élèves actuels du CNSMDP et de leur directeur, Bruno Mantovani, sous une de ses casquettes, la direction d'orchestre. Parmi les interprètes, Hae-sun Kang, violoniste à l'EIC et professeur au CNSMDP, créera la "Partita" pour violon et électronique de Philippe Manoury... qui ne fut jamais élève de Messiaen.

    Illustrations musicales

    Pierre Boulez
    Anthèmes 2 (1997)
    Hae-Sun Kang, violon
    Réalisation électro-acoustique Andrew Gerzso
    Deutsche Grammophon 463 475 2

    Pierre Boulez
    Sonate pour piano n° 2 (1948) : premier mouvement
    Jean-Frédéric Neuburger, piano
    (Enregistrement Radio France Matin des musiciens du 04/05/2012)

    Philippe Manoury
    Synapse (2009-2010)
    Hae-Sun Kang, violon
    Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Jean Deroyer
    (Enregistrement Radio France)

    liens :
    @ Le festival Messiaen au Pays de la Meije 2012

    illustration :
    Hae-Sun Kang
    ©DR


Le coup de coeur d'Arnaud Merlin

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    par Arnaud Merlin

    Exulte
    Le mois de juin n’est pas terminé et cette semaine est encore riche, à commencer par l’académie de l’Ircam, ManiFeste, qui tire ses derniers feux ces jours-ci : demain une rencontre avec Pierre-Laurent Aimard, jeudi une conférence de Geoffroy Jourdain, également nombre de manifestations de théâtre aux Bouffes du Nord et au CentQuatre, de la danse au Centre Pompidou, des créations de compositeurs avec le Quatuor Arditti samedi, et dimanche, journée de clôture avec des créations pour chœur au CentQuatre à 18h, et le soir, au Centre Pompidou, un concert dirigé par Thomas Adès avec au programme Francesconi, Kurtag, Adès et Donatoni.
    En région, cette semaine, l’événement sera lorrain avec la création française du "Tueur de mots" de Claudio Ambrosini, d’après un sujet de Daniel Pennac, spectacle qui a été créé à La Fenice de Venise en 2010, et qui est repris à l’Opéra de Lorraine du 26 juin au 3 juillet…
    Si vous passez aux Flâneries Musicales de Reims, l’ensemble Zellig propose un concert Debussy/Philippe Hersant, mercredi à 16 heures au Temple.
    Deux événements autour de Cage également cette semaine, avec tout d’abord une Nuit Cage, vendredi prochain en l’Eglise Saint-Merri à Paris, et dimanche une journée John Cage se tiendra à l’Abbaye de Senones en Lorraine, à l’invitation de l’ensemble K.
    A Noirlac, dimanche prochain, toute une journée de création avec Sit Fast et le quartette du guitariste David Chevallier, l’ONJ de Daniel Yvinec, et l’Ensemble symphonique de la région Centre avec l’ensemble Cairn dans une création de Claire Mélanie Sinnhuber, notamment.
    Enfin, à Auvers-sur-Oise, pour la 32e édition du festival, qui se tient depuis le 1er juin, je rappelle que le compositeur invité cette année est Pascal Zavaro, le 28 juin aux côtés de Thierry Escaich et Christian-Pierre La Marca, le 1er juillet pour le récital orgue et percussions de Jean-Charles Gandrille et Hélène Colombotti, le 4 juillet au programme du pianiste Zihui Song, et bien sûr pour le concert de clôture le 6 juillet avec la Maîtrise de Paris, Claire-Marie Le Guay, Karen Vourch et Stephan Genz, concert au cours duquel sera créée son "Annonciation".
    J’en profite également pour vous signaler la parution d’une nouvelle monographie de Pascal Zavaro, où se trouve cette pièce pour orchestre, "Exulte", enregistrée en concert à Pau, sous la direction de Fayçal Karoui.


    Illustration musicale

    Pascal Zavaro (né en 1959)
    Exulte pour orchestre
    Orchestre de Pau Pays de Béarn
    Fayçal Karoui, direction
    Enr. 2010
    Intégral Classic INT 221.176

    liens :
    @ Le site de Pascal Zavaro

    illustration :
    Pascal Zavaro par l'Orchestre de Pau Pays de Béarn (Integral Classic)
    ©DR


Le coup de coeur de Jean-Pierre Derrien

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    par Jean-Pierre Derrien

    Luis Naon
    "Sainte Nitouche (la fille ni bien ni mal)" est l'héroïne d'un monodrame de Luis Naon sur un texte d'Yves Pagès : une actrice de peep-show, muette donc, est confrontée aux délires de miss Didascalie... S'y ajoutent trois pièces instrumentales avec électronique.

    Illustration musicale

    Luis Naon
    Sainte Nitouche
    Ensemble Diagonal
    Alamuse ALM 004, distribué par Distrart Musique

    liens :
    @ Le label Alamuse, de La Muse en circuit
    @ Le site de Luis Naon

    illustration :
    Luis Naon, Sainte Nitouche (Alamuse)