Les lundis de la contemporaine

par Arnaud Merlin

le lundi de 20h à 22h25

24 septembre 2012 20:00

Scelsi/Ligeti par Francesco Filidei et Borzelli/Francesconi par Les Cris de Paris

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20h00 : LE CONCERT DU SOIR, par Arnaud Merlin

21h30 : LE MAGAZINE DE LA CONTEMPORAINE, par Arnaud Merlin avec les reportages de Pierre Rigaudière et l'interview "sur le vif" de Jean-Pierre Derrien

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Le concert du soir
Concert enregistré le 2 septembre à l'Abbaye de Royaumont

Giacinto Scelsi (1905-1988)
In Nomine Lucis I
Francesco Filidei, orgue
Hampus Lindwall, John Walthausen, assistants

György Ligeti (1923-2006)
Harmonies, première étude pour orgue (1967)
Francesco Filidei, orgue
Hampus Lindwall, John Walthausen, assistants

Silvia Borzelli (née en 1978)
AND (Amnesia 4) pour 16 voix mixtes
Les Cris de Paris
Geoffroy Jourdain, direction

Luca Francesconi (né en 1956)
Let me bleed
Les Cris de Paris
Geoffroy Jourdain, direction

C’était le 2 septembre dernier, à Royaumont, Les Cris de Paris qui sont en résidence dans ce beau lieu proposaient un programme autour de György Ligeti, une sorte de "relecture Ligeti", avec des pièces de Scelsi, Ligeti bien sûr, Luca Francesconi également, ainsi que de Silvia Borzelli, une jeune compositrice italienne qui a été stagiaire au sein de la session de composition de Royaumont voici quelque temps.
Malheureusement nous ne pouvons pas vous proposer le concert dans son intégralité ce soir, vous n’entendrez pas l’œuvre qui figurait au centre de ce programme, le "Lux AEterna" de Ligeti, dont l’enregistrement souffrait de quelques petits défauts, mais comme c’est une œuvre connue par ailleurs et dont il existe plusieurs enregistrements, nous avons estimé que le reste du programme se tenait parfaitement sans cette pièce.

Le concert s’ouvrait avec une pièce de Giacinto Scelsi, l’une des figures les plus étonnantes et les plus marginales de la musique du XXe siècle, qui a beaucoup inspiré les fondateurs du courant spectral dans les années 70 ; précisément ici il s’agit d’une pièce composée en 1974, intitulée "In Nomine Lucis I", une pièce pour orgue qui provient d’une partition antérieure, celle de Konx-Om-Pax qui date de 1969 ; nous l’écoutons dans l’interprétation de l’organiste Francesco Filidei, à l’orgue Cavaillé-Coll de l’Abbaye de Royaumont…

Francesco Filidei est un habitué de la saison musicale de Royaumont puisqu’il a été stagiaire de la session de composition voici quelques années, avant de revenir pour participer à différents projets et y enseigner. Nous le retrouvons pour une petite pièce pour orgue écrite en 1967 par György Ligeti, intitulée "Harmonies" et sous-titrée "première étude pour orgue".
Ligeti se penche sur les illusions auditives, à la manière dont les plasticiens à cette époque-là pouvaient travailler sur les illusions d’optique - ici une harmonie se transforme progressivement, chaque accord de dix sons progressant vers l’autre par le déplacement d’un seul doigt à distance d’un demi-ton…

Après ces deux figures tutélaires, Scelsi et Ligeti, voici maintenant une création proposée par une jeune compositrice italienne née en 1978, Silvia Borzelli ; elle a été stagiaire à Royaumont et a été l’élève de Luca Francesconi, entre autres.
La partition s’intitule "AND (Amnesia 4)", c’est la quatrième pièce d’un cycle sur l’amnésie, qui vise à reconstruire une chose à partir d’un fragment. Ici, puisqu’il s’agissait d’un concert autour de Ligeti, Silvia Borzelli a pris un accord de son "Lux AEterna".

Le concert se refermait avec une pièce signée par Luca Francesconi, compositeur italien très actif aujourd’hui, né en 1956. La partition s’intitule "Let me bleed" et date de l’année 2001 ; le compositeur l’a conçue comme une sorte de requiem pour le jeune Carlo Giuliani, qui avait 23 ans lors des manifestations liées au G8 de Gênes et a été tué par les carabiniers.
Luca Francesconi s’est souvenu de Monteverdi, "Lasciate mi morire", ainsi que d’une vieille chanson des Rolling Stones, et il a trouvé par pure coïncidence, dit-il, dans une anthologie de la poésie italienne contemporaine, un poème d"Attilio Bertolucci écrit en 1934, qui dit "Lasciami sanguinare", laisse-moi saigner…


Comblement de programme

Thierry Machuel (né en 1962)
Paroles contre l’oubli
Les Cris de Paris
Geoffroy Jourdain, direction
Enr. 2009
Æon AECD 1092

illustration : Les Cris de Paris  © DR


Billet

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    par Arnaud Merlin

    Les Percussions de Strasbourg ont 50 ans
    Nous sommes en direct de Strasbourg, dans la salle Gignoux du Théâtre National de Strasbourg qui nous accueille ce soir ; dans la salle voisine, la salle Koltès, on vient d’assister à la deuxième représentation d’un spectacle étonnant, "Limbus Limbo", sur une musique de Stefano Gervasoni, qui sera notre invité dans quelques minutes. Dans ce spectacle bouffe, on retrouve un ensemble bien connu, Les Percussions de Strasbourg, et si j’insiste sur leur présence, c’est tout simplement parce Les Percussions de Strasbourg fêtent cette année leur cinquantenaire, avec force manifestations, un livre est à venir aux éditions MF, et d’ores et déjà un splendide coffret de 15 CD vient de paraître chez Universal.
    C’est une mine pour les amateurs, qui revivent ainsi un demi-siècle de création pour percussions. Le coffret est très habilement agencé de manière thématique, on retrouve par exemple l’album "Americana" de 1970 mais il est augmenté de pièces inédites en CD, ou plus récentes ; on mesure aussi l’étendue spectaculaire de leur répertoire, avec les grands anciens, Messiaen, Boulez, Xenakis, Mâche notamment, et puis les spectraux Hugues Dufourt et Gérard Grisey en particulier, les compositeurs de l’Est de l’Europe, les musiciens influencés par l’Asie ; on croise aussi la belle aventure du "Bibilolo" de Marc Monnet, et l’on renoue avec plaisir avec le collectif de l’album "Entente préalable", gravé en 2001…
    Evidemment, en cinq décennies, les membres de l’ensemble ont changé, mais un certain état d’esprit, celui de la collaboration étroite et créatrice entre les compositeurs et les interprètes, est resté, et c’est bien ce qui fait des Percussions de Strasbourg une sorte de référence incontournable pour de nombreux ensembles dans le monde entier. On souhaite donc, tout simplement, un excellent anniversaire aux Percussions de Strasbourg !


    Illustration musicale

    André Boucourechliev (1925-1997)
    Archipel 3 pour piano et six percussions
    Georges Pludermacher, piano
    Les Percussions de Strasbourg
    Enr. décembre 1969
    Universal 480 6512

    liens :
    @ Les Percussions de Strasbourg

    illustration :
    Les Percussions de Strasbourg, le coffret du cinquantenaire (Universal)
    ©DR


Reportage

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    par Pierre Rigaudière

    Le Kammerensemble Neue Musik Berlin à Strasbourg
    Bien que fondé à Berlin en 1988, dans la dynamique de la réunification des deux Allemagnes, le Kammerensemble Neue Musik est resté assez rare en France. Lors de sa venue à Strasbourg pour le week-end d’ouverture du festival Musica, nous rencontrons son co-fondateur, Thomas Bruns, puis le jeune compositeur Aurélien Dumont qui, à l’issue d’une répétition de sa pièce "Berceuse et des poussières", noue confie ses premières impressions sur la pâte sonore du KNM.

    Illustration musicale

    Aurélien Dumont
    Berceuse et des poussières
    Kammerensemble Neue Musik Berlin
    Extraits enregistrés en répétition le 21 septembre et lors du concert du 22 septembre (qui sera diffusé en intégralité dans les Lundis de la contemporaine le 22 octobre prochain)

    liens :
    @ Le KNM (Kammerensemble Neue Musik Berlin)
    @ Le site d'Aurélien Dumont

    illustration :
    Le KNM en concert à Musica, le samedi 22 septembre au matin
    ©Pierre Rigaudière


Sur le vif

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    par Jean-Pierre Derrien

    Stefano Gervasoni
    "Limbus, Limbo" de Stefano Gervasoni et Ingrid von Wantoch-Rekowski, donné à deux reprises à Musica (Strasbourg) ne laisse-t-il comme espoir que l'Enfer ?
    L'oeuvre a surpris, irrité, déçu parfois et on la reverra à l'Opéra Comique les 3 et 4 décembre prochains. Stefano Gervasoni tente de dissiper les malentendus !


    Illustrations musicales

    Due Poesie francesi d'Ungaretti : Rose
    Luisa Castellani, soprano
    Ensemble Contrechamps, dir. Emilio Pomarico
    MFA 216016

    Least Bee : II, 676, pour voix et ensemble
    Barbara Zanichelli, soprano
    Mdi Ensemble, dir. Yoichi Sugiyama
    AEon 0866

    Epicadenza pour ensemble, double trio et cymbalum
    Mdi Ensemble, dir. Yoichi Sugiyama
    AEon 0866

    liens :
    @ Le site officiel du compositeur

    illustration :
    Stefano Gervasoni en 2011 à Milan
    ©Paride Galeone (site du compositeur)


Le coup de coeur d'Arnaud Merlin

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    par Arnaud Merlin

    Cage forever
    Voici notre agenda de la semaine, avec bien sûr un coup de projecteur important sur le festival Musica ici à Strasbourg : une grosse actualité John Cage, en compagnie du Cabaret contemporain demain mardi - mardi on retrouvera aussi les Neue Vocalsolisten Stuttgart dans un programme italien, et l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dans un programme américain, Ives et Adams ; jeudi deux concerts, celui de l’ensemble Linea et le ciné-concert de François Sarhan ; vendredi à Mulhouse, reprise de l’opéra d’Oscar Bianchi ; samedi, l’événement c’est le concert du Brussels Philharmonic ; et dimanche matin, un concert attendu du Jack Quartet, avant une lecture de Bob Wilson sur un texte de John Cage.
    Dans le reste de l’actualité, je signale la présence d’une pièce de Karol Beffa au programme du récital du clarinettiste Raphaël Sévère, avec le pianiste Adam Laloum, jeudi prochain à l’Auditorium du Louvre, à 12h30 ;
    dimanche prochain, dans la belle abbaye de Noirlac, dans le Cher, le Quatuor Béla invite de nombreux amis pour une journée en musique, avec notamment Jean-François Vrod, Thierry Madiot, Akosh S. ou encore Fantazio ;
    dimanche toujours, dans une autre abbaye, celle de Royaumont, concert de musique contemporaine à 15h avec un programme Crumb et Rihm…
    Et puis, pour revenir à John Cage qui est décidément omniprésent dans l’actualité de cette rentrée, et pas seulement à Strasbourg, je vous signale une conférence proposée par l’Ensemble Intercontemporain, jeudi prochain à 19h, à la Médiathèque musicale de Paris, l’entrée est libre ; et à Lyon s’ouvre cette semaine au musée d’Art contemporain, le Mac Lyon, une grande exposition John Cage/Erik Satie, l’ouverture de cette exposition sera fêtée en musique samedi prochain de 14h à 20h avec des concerts en contrepoint de l’exposition, avec les Solistes de Lyon Bernard Tétu et l’ensemble Op. cit. dirigé par Guillaume Bourgogne, je vous en dirai davantage la semaine prochaine puisque je vais aller y faire un tour…

    Et dans l’actualité du disque, John Cage, toujours, avec un bel enregistrement du pianiste Alexei Lubimov qui vient de paraître chez ECM, on est un peu moins convaincu par la voix de la chanteuse, mais le piano seul est somptueux…


    Illustration musicale

    John Cage (1912-1992)
    Prelude for Meditation
    Alexei Lubimov, piano
    Enr. 2011
    ECM New Series 2268 476 4933

    liens :
    @ Musica 2012
    @ John Cage, le site

    illustration :
    Musica 2012
    ©DR


Le coup de coeur de Jean-Pierre Derrien

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    par Jean-Pierre Derrien

    François Sarhan
    François Sarhan, le plus Tchèque des compositeurs français est trois fois à l'honneur : il illustre des films d'animation de Jan Svankmajer (à Musica le 27 septembre), nous propose un nouveau CD (Sismal Records) et s'expose à L'Inlassable Galerie, 18 rue Dauphine 75006 Paris, jusqu'au 10 octobre. Coup de coeur !

    Illustration musicale

    L'Nfer : I, Un petit détail
    Ensemble Ictus
    Sismal Records 007

    liens :
    @ Le site de François Sarhan

    illustration :
    François Sarhan, L'Nfer (Sismal Records)
    ©DR