Open jazz

par Alex Dutilh

du lundi au vendredi de 18h02 à 19h

22 juin 2012 18:00

Hans Lüdemann

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En accompagnement du coffret des 5 volets de son "Die Kunst des Trios" qui parait sur le label BMC, le pianiste allemand livre un "manifeste" de sa conception de l'art du trio : Lorsque l’on compose un morceau de musique, on peaufine chaque détail. Chaque phrase, chaque accord, sont sans cesse contrôlés, corrigés et peaufinés jusqu’à la perfection. Un peu comme j’écris ce texte, le parcourant sans cesse pour le corriger et le modifier. Parfois je le laisse, puis le reprends après plusieurs jours, jusqu’à ce qu'il trouve sa forme définitive.

L’improvisation, elle, fonctionne autrement. Non pas comme le veulent les clichés, dans une liberté et une spontanéité totale : un maître de l’improvisation ne maîtrise pas seulement son instrument, mais aussi le matériau musical. Il doit l’avoir assimilé et intériorisé de manière à pouvoir y faire appel instantanément au moment de l’improvisation, et prendre les bonnes décisions musicales, en harmonie avec ses partenaires de jeu. Le long apprentissage et les années d’expérience nécessaires avant d’arriver à ce stade ont été décrites par Derek Bailey dans son livre « improvisation », et par Paul Berliner dans « Jazz ».

Bien qu’une bonne improvisation implique la maîtrise musicale, elle ne peut pas atteindre la même perfection qu’une œuvre écrite. Il est impossible de corriger les erreurs ou les malentendus du jeu collectif. Ils font obligatoirement partie du processus, quel que soit le niveau des improvisateurs. Mais malgré toute la préparation et tout le travail, jamais une bonne improvisation ne pourra être « pré-composée ». Elle atteint sa qualité lorsque pendant le jeu apparaissent des idées bonnes ou surprenantes, ou encore un long passage particulièrement bien construit. La tension musicale – y compris entre les membres du groupe – existe lorsque personne, pas même moi en tant qu'improvisateur, ne connait la suite du morceau.

Dans le Jazz, il existe des groupes très « entraînés » qui travaillent intensément leur musique et leur jeu d'ensemble, et qui atteignent un haut degré de perfection. Ceux-là aussi peuvent improviser de manière inspirée. Cela dit le danger de la routine, de la prévisibilité et l'apparition de clichés les guettent aussi, ce qui peut nuire à la nature-même de l’improvisation.

Après de nombreuses années de travail dans des formations stables, en particulier le TRIO IVOIRE et le Angelika Niescier‘s Quartett « Sublim », j’ai souhaité m’engager à nouveau d’avantage sur la voie de l’expérimentation et de la recherche. Ce souhait était motivé par la curiosité envers de nouvelles idées et de nouveaux concepts musicaux, et aussi envers d’autres musiciens.

Mon but était de souligner trois aspects particulièrement présents dans le Jazz :
- l’improvisation, c’est à dire la découverte et le développement d’idées
et de formes musicales dans l’instant, ce qui signifie aussi « jouer » avec le matériau musical.
- La communication musicale. En raison du caractère spontané de l’improvisation, la communication dépasse le jeu collectif et l’intuition, et englobe lorsqu’elle est réussie, tout le réservoir des « outils » musicaux.
- L’individualité des musiciens.
D’avantage que dans d’autres genres musicaux, le musicien de Jazz est un individualiste. Il peut, et doit l’être. C’est sa sonorité propre qui l’identifie. De même son jeu, son phrasé et ses constructions, se doivent dans l’idéal, d’être individuelles.
C’est n'est que comme cela que l’on a l’impression d’entendre une musique authentique, dans laquelle le musicien à travers son instrument, nous parle.

Pour moi ce sont là les véritables trésors que nous délivre le Jazz, ceux qui le caractérisent et le rendent unique. C'est l’art de cette musique et du jeu en trio. Mais un mystère subsiste, car même le meilleur enseignement ne peux nous apprendre l’inspiration instantanée, ni ne peut nous aider au moment du jeu, à nous ouvrir complètement à nous-même et aux autres musiciens. Il ne peut que de façon limitée nous apprendre à découvrir notre propre voix et à l’élever. Le risque existe, que ces trésors se perdent ou soient oubliés. Le poids de l’histoire du Jazz elle-même pèse de plus en plus lourd. C’est la raison pour laquelle la maîtrise des styles historiques prend de plus en plus de place. Elle limite la liberté d’improvisation et rend plus difficile les évolutions nouvelles dans la musique, et s’accompagne d’une pression vers une perfection toujours plus grande. Ces deux évolutions vont à l'encontre des « mystères », de l’essence du jazz.

Dans « kunst des trios », j'ai délibérément recherché la prise de risque afin de poursuivre ces « mystères », et créer des situations qui en raison de leur nouveauté et de leur singularité pour tous, représentent un vrai défi, et qu’apparaisse ainsi une tension musicale particulière.

Les conditions furent donc les suivantes :
- Chaque trio joue son propre programme, crée pour l’occasion à partir
de mes compositions et de celles de mes partenaires musiciens.
- Chaque trio ne donne qu’un seul concert, après une courte période de répétitions
- Celui-ci est enregistré en qualité studio.
Il n’y a donc qu’un seul essai !

Tous les enregistrements de ce CD sont des premières prises issues des concerts au LOFT. Les conditions et les équipements sont les mêmes pour chacun des 5 trios :
Le même espace, le même piano (Steinway D), les mêmes micros, batterie et amplis, et le même ingénieur du son (Christian Heck). On n'insistera jamais assez sur la qualité proposée par le LOFT. Le piano de Hans Martin Müller est, grâce à la main magicienne du technicien de pianos Hans Giese, toujours dans un état irréprochable.

Ces conditions ont incité les musiciens à réagir spontanément et à s'accorder mutuellement une attention et une latitude maximales. Cela leur a permis aussi de travailler avec des musiciens soit qu' ils ne connaissaient pas, soit qu'ils redécouvraient dans un nouveau contexte, avec une musique nouvelle.

Je suis heureux et fier, non seulement que tous ces formidables musiciens aient été prêts à se soumettre à cette expérience, et aussi que chacun de ces cinq très différents trios, aient fonctionné non seulement musicalement, mais aussi humainement. Le choix d'une instrumentation unique avec piano, basse, et batterie, c'est à dire le trio « classique » dans le Jazz, devait révéler de manière évidente la manière dont la personnalité et le son de chaque musicien influe sur le résultat final.

Le défi ne venait pas seulement de la réunion inhabituelle de musiciens, mais aussi de la maîtrise de compositions complexes, dans un temps de répétition limité. Cela s'applique particulièrement aux trios 1, 2 et 5. Au lieu de travailler sans structure musicale composée à l'avance, il me semblait plus intéressant de proposer une base de travail à laquelle se confronter afin que cela contribue à révéler le caractère d'un groupe, et celui d'un programme de concert. Cela me paraissait plus excitant que la liberté totale d'improvisation qui aurait pu aussi déboucher sur la banalité. Lorsque je parle de « composition », de « structure composée » cela désigne toujours un thème composé, ainsi qu'une forme et des indications servant de squelette ou de base à l'improvisation.

La difficulté considérable d'une partie du matériau, découle des préférences et des capacités des musiciens, qui participèrent au choix des morceaux et firent des propositions parmi leurs propres compositions. L'objectif finalement, était que chaque musicien puisse s'intégrer et s'exprimer le mieux possible.

On trouve de la complexité dans la composition de Nu RISM (CD 1) par exemple, ainsi que dans les titres « Radbaz » et « Doublé », dans « Exil » de Eisler, et « der Sohn » (CD 2), de même que dans presque tous les titres de « Chiffre » (CD 5).

En contrepartie, l'on trouve des improvisations plus ou moins libres, soit intégrées dans les morceaux, soit indépendantes. Parfois l'on trouve aussi du matériau esquissé, laissant beaucoup d'espace à l'improvisation. C'est le cas dans chaque trio, mais cela s'entend tout particulièrement dans les trios 3 et 4.
[hansluedemann.de]

 © Roger Hanschel


Milestones

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    par le collectionneur

    John Coltrane « Giant Steps » (1959)

    En 1959, John Coltrane est toujours le saxophoniste de Miles Davis. Ses albums en leader sur le label Prestige viennent de clore le premier volet de sa carrière, marqué par le tempo quasiment intangible de la tradition hard-bop.

    Le deuxième étage de la fusée, celui de la série des enregistrements pour le label Atlantic va le propulser dans une "autre" dimension, celle du jazz modal.

    Le 1er avril 1959, une première tentative a lieu en studio avec Cedar Walton (p) Paul Chambers (b) et Lex Humphries (dms). Au menu, les compositions originales qui vont faire mouche un mois plus tard dans les séances de « Giant Steps » avec un quartet plus souple. En deux jours, les 4 et 5 mai, s'opère le basculement de Coltrane dans le futur du jazz. Spirales hypnotiques, densité du son, lyrisme exacerbé, choix harmoniques inouïs : les règles du jeu de l'improvisation sont radicalement rebattues.

    Il faudra attendre encore pour que le saxophoniste trouve l'équipage du quartet qui l'aidera à dilater la notion du temps. Ici, la concision est encore de mise. Du coup, c'est un véritable manifeste qui s'entend là, un nouveau traité d'harmonie in vivo.

    Aujourd'hui, Naima, enregistré le 2 décembre 1959 à New York, lors des séances de « Giant Steps », la prise du mois de mai ne s'étant pas révélée satisfaisante.
    John Coltrane (sax ténor)
    Wynton Kelly (piano)
    Paul Chambers (contrebasse)
    Jimmy Cobb (batterie)


Time out

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    par le noctambule

    concerts du premier week-end d'été...

    > demain Agathe au Campo Santo d'Orléans dans le cadre du festival Orléans Jazz qui se déroule jusqu'au samedi 30 juin.

    Agathe Iracema (chant)
    Rémi Vignolo (batterie)
    Mauro Gargano (contrebasse)
    Laurent Coulondre (piano)
    ***********************************************
    > dimanche à 18h le quartet Actuum, l'un des trois lauréats du programme Jazz Migration de l'Afijma, à l'Atelier Do Hamot à Montreuil (93)

    Benjamin Dousteyssier (saxophone)
    Louis Laurain (trompette)
    Julien Loutelier (batterie)
    Ronan Courty (contrebasse)
    *************************************************
    > lundi 25 Dany Doriz-Alex Grillo à la Java à Paris dans le cadre d'une soirée Vibraphones en liberté

    Dany Doriz, Alex Grillo, Ronald Lecourt et Alain Pinsolle (vibraphones)
    Claude Terranova (piano)
    Dominique Lemerle (contrebasse)
    Christian Lété (batterie)


Culture jazz

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    par l'insatiable

    Gani Jakupi

    Le "roman graphique" La dernière image de Gani Jakupi vient de paraitre aux éditions Soleil-Collection Noctambule.

    Originaire du Kosovo et installé à Barcelone depuis de nombreuses années Gani Jakupi livre un témoignage poignant sur son retour au pays et le traitement de l’information concernant le conflit des Balkans.

    La "dernière", l’image ultime, c’est le Saint Graal de tout reporter-photographe. C’est celle qui vaincra la résistance du public blasé, qui a tout vu et ne s’émerveille, ni ne s’émeut plus de grand-chose. [...] G. J.

    Juin 1999
    À la fin du conflit au Kosovo, un magazine propose à Gani Jakupi – qui résidait alors en Espagne – de s’y rendre accompagné par un photographe, afin d’y faire un reportage sur son retour au pays. Une occasion inespérée pour lui de revoir ses proches.
    Mais si son objectivité vis à vis de son pays natal sera constamment mise à l’épreuve, sa subjectivité, elle, maintiendra tous ses sens en éveil. N’étant pas journaliste professionnel (il n’a exercé que pendant quelques années), il a le double avantage de pouvoir observer le milieu de l’information à la fois de l’intérieur, et de l’extérieur.
    Un pan de ce livre s’intéresse ainsi aux reporters-photographes. Si on est informés par les mots, ce sont les images qui modèlent nos sentiments. Elles ont le pouvoir de changer le cours de l’Histoire. Certains journalistes s’en servent en respectant une éthique pointue, et d’autres non. Gani découvrira qu’il est justement escorté par un photographe avide de sensationnalisme.

    Ce livre contient un dossier complémentaire incluant photos, manuscrits, interviews de journalistes et photographes.

    En parallèle, l'auteur étant également musicien (guitariste et compositeur), paraît l'album Aldea. La musique de Gani Jakupi est jouée par la fine fleur du jazz catalan d'aujourd'hui. L'album est actuellement disponible à la boutique parisienne Paris Jazz Corner.


Globe trotter

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    par le routard

    Jesper Lovdal

    Parution à Copenhague, chez Ilk Music, de "Jesper Løvdal & Günter Baby Sommer", la rencontre entre le saxophoniste ténor danois et le batteur allemand rompu aux duos avec tous ceux qui comptent dans la sphère de l'improvisation.


Curiosité

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    par le chineur

    Scott DuBois
    L'album "Landscape Scripcture", de Scott DuBois, illustré par le célèbre tableau de Claude Monet issu de la série des bottes de foin, comprend une suite inspirée par ces peintures. Sortie chez Sunnyside (distribué en France par Naïve).

    Scott DuBois (guitar)
    Gebhard Ullmann (tenor sax & bass clarinet)
    Thomas Morgan (bass)
    Kresten Osgood (drums)


programmation musicale

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    18:03
    Robert Landfermann
    « Die kunst des trios 1-5 » Komm, wir fahr’n ins Grüne

    Hans Lüdemann
    [BMC 196]

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    18:10
    Robert Landfermann
    « Die kunst des trios 1-5 » Le Peulh virtuel

    Hans Lüdemann
    [BMC 196]

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    18:15
    Brad Mehldau
    « Songs, The Art of the Trio vol 3 » Convalescent

    Brad Mehldau
    [Nonesuch]

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    18:23
    Carsten Dahl
    « Space Is The Place » Sing, Sing Loud

    Carsten Dahl
    [Storyville 101 4271]

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    18:27
    John Coltrane
    « Giant Steps » Naima

    John Coltrane
    [Atlantic 1311]

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    18:33
    Agathe Iracema
    « Believe in Romance » Believe in Romance

    Agathe Jazz Quartet
    [Déjà]

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    18:37
    Louis Laurain
    « Brutal Music for Nice People » Brutal Music for Nice People

    Actuum
    [Coax]

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    18:39
    Lester Young
    « This One’s For Basie » Tickle Toe

    Dany Doriz
    [Black & Blue 860.2]

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    18:45
    Gani Jakupi
    « Aldea » Nishets

    Gani Jakupi, Connections
    [Autoprod]

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    18:52
    Jesper Løvdal
    « & Günter Baby Sommer » Billy Strayhorn

    Jesper Løvdal
    [Ilk Music 188]

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    18:57
    Scott DuBois
    « Landscape Scripcture » Summer Haystacks

    Scott DuBois
    [Sunnyside 1309]


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