28 septembre 2012 18:02

« Brother Stoon » est le premier album d’un jeune saxophoniste qui, à 24 ans, n’a déjà plus rien d’un jeune premier jeune premier. Arrivé à Paris en 2003, pour étudier avec Jean-Charles Richard, Baptiste Herbin n’a en tête que le jazz et le saxophone. Après avoir bénéficié des conseils avisés du saxophoniste et pédagogue Pascal Gaubert, puis d’un passage au CNSM, il ne tarde pas à se lancer sur la scène parisienne dont il est désormais un habitué. Là, comme dans des festivals importants tels que ceux de Coutances ou encore de Clermont-Ferrand, il y complètera son apprentissage auprès de Michael Cheret, Rémi Vignolo, Alain Jean Marie, Aldo Romano, Jean Pierre Como, Roy Hargrove, Mark Gross...
Il était donc grand temps pour Baptiste de fixer sur un disque le fruit de ces premières collaborations. L’occasion lui fut donnée en mai 2011 par André Ceccarelli : « lors d’une résidence organisée par Jean-Michel Proust au Duc des Lombards, explique-t-il, j’ai appelé André, un musicien que j’admire, pour lui demander de jouer avec moi. Une semaine après, celui-ci m’a recontacté pour enregistrer un disque sur lequel il se proposait de jouer ! ». On l’imagine, une telle proposition ne pouvait pas se refuser.
Le métissage, naguère automatiquement considéré comme un signe d’audace, étant aujourd’hui devenu un quasi lieu commun, Baptiste n’a pas choisi cette voie toute tracée. Plutôt que de mélanger les genres musicaux, il préfère les convoquer tour à tour et en exploiter à fond les possibilités. Résultat : un premier album, principalement constitué de compositions originales, qui a tout d’une première autobiographie musicale.
En tête de la carte d’identité musicale de Baptiste se trouverait sans doute la mention « hard bop », ainsi que trois figures de son Panthéon musical : Charlie Parker, Cannonball Adderley, et Kenny Garrett, à propos desquels le jeune saxophoniste aime à rappeler qu’ « ils sont sans doute les trois musiciens qui [l]’ont le plus influencé jusqu’à présent ».
La force de son quartet consiste à remplir ces moules anciens d’une musique excitante, et même parfois franchement amusante lorsque Baptiste lance des citations ou des idées connues des improvisateurs, pour tout de suite les détourner grâce à une fin ou à un développement inattendus.
Hommage à une tradition bop, émergence d’une voix personnelle, ouverture aux musiques cousines du jazz, telle pourrait être résumée la démarche de Baptiste Herbin dans cet première pierre à un édifice musical qui s’annonce particulièrement prometteur. En attendant, laissons-nous porter par sa furieuse joie de jouer, et par son enthousiasme hautement contagieux. On parlera beaucoup de sa maîtrise technique impressionnante, de son « time » d’acier sur tous les tempos. Mais ce qui frappe avant toute chose chez ce jeune saxophoniste est sans doute sa sonorité décoiffante. Décoiffante parce que pleine et très puissante. Décoiffante surtout parce qu’elle vous pénètre et vous traverse à chaque note. » … [Martin Guerpin]
André Ceccarelli (batterie, percussions)
Pierre de Bethmann (piano, Fender Rhodes, voix)
Sylvain Romano (contrebasse)
© Baptiste Herbin