Vingt ans après la chute du Mur de Berlin, ce Mur qui fut le symbole d’un monde polarisé, hostile, divisé, et dont la disparition fut un grand gage d’espoir, les images qui ont fait basculer l’Histoire sont encore vives.
En prélude à la journée spéciale Radio France fait le Mur le 9 novembre - qui propose une antenne unique composée de programmes conçus par toutes les antennes du groupe -, francemusique.com en partenariat avec ina.fr, vous propose de revivre les événements en Allemagne de l’Est sur les traces des musiciens dont l’engagement a marqué à jamais la conscience collective.
- Berlin : le point sur place (journal France 2 - archive INA)
Mstislav Rostropovitch, aussi grand musicien qu’humaniste, une des figures phares de l’opposition au régime soviétique, n’hésite pas un instant à se rendre à Berlin le lendemain de la chute de mur. Son geste n’est pas sans risque : depuis 1974 il vit en exil à l’Ouest, en disgrâce depuis qu’il a accueilli chez lui, à Moscou, l’écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne, une prise de position qui lui a couté la nationalité soviétique.
"Il y avait un public, mais j'ai joué pour moi-même (...) J'ai demandé à Dieu de réconcilier les deux parties de l'Europe et de mon cœur," a dit Slava dans une interview.
Dix ans après la chute du Mur, Mstislav Rostropovitch revient sur les événements de 1989 à Berlin:
- Rostropovitch : souvenirs du 11-11-1989 (journal France 2 - archive INA)
Kurt Masur
Le 9 octobre 1989 au soir, Kurt Masur, alors chef permanent de l’orchestre de Gewandhaus et figure extrêmement populaire à Leipzig, qui a déjà affiché haut et fort sa solidarité avec les manifestants du lundi, donne un concert retransmis par les ondes. Dans l’après-midi, avec encore cinq concitoyens engagés, il rédige un « appel à la réflexion pour instaurer un dialogue pacifique », retransmis à la radio et par les haut-parleurs disséminés dans la ville, à la destination des manifestants, mais surtout des forces de sécurité. La salle du Gewandhaus se place désormais au cœur même de la contestation pacifique. La révolution de velours est en marche. Ecoutez Kurt Masur raconter ses souvenirs au micro de Jean-Paul Quennesson: - Le Matin des Musiciens, Du chœur de l’orchestre : un portrait de Kurt Masur par Jean-Paul Quennesson, France Musique 2008
- Visite de François Mitterrand en RDA(journal France 2 - archive INA)
Autour du concert historique du 9 octobre 1989, réécoutez : Les Greniers de la mémoire par Karine Le Bail et Philippe Tétart
Concert du 9 octobre 2009 en la Nikolaikirche à Leipzig, "20 ans après la révolution pacifique".
Daniel Barenboïm
Suite à la nuit du 9 novembre, un festival de musique géant et spontané s’organise en toute vitesse à Berlin. Des concerts des musiques tous genres confondus s’enchaînent partout dans la ville, les musiciens sont nombreux à vouloir participer à ce moment historique. A Berlin Ouest, l’Opéra donne la Flûte enchantée, gratuite pour les habitants de Berlin–Est, et ce dimanche 12 novembre, Daniel Barenboim, avec le Berliner Philharoniker, offre un concert historique aux habitants de l'Allemagne de l'Est. Il choisit deux œuvres de Beethoven : le premier concerto pour piano et la septième symphonie.
- Daniel Barenboïm à Berlin (journal France 2 - archive INA)
"Ce qui s'est passé à Berlin le 9 novembre 1989 n'était pas un acte politique, mais un événement humain inoubliable. Ainsi, son importance ne se limite pas seulement à l'Allemagne: cet événement concerne le monde entier car il est l'expression d'hommes qui n'acceptent plus de vivre dans la peur. C'est pourquoi j'ai eprouvé une très grande joie à donner ce concert."
Retrouvez Daniel Barenboïm dans une interview le 9 novembre 2009 :
Leonard Bernstein
Le jour de Noel 1989, un autre chef médiatique choisit d’inscrire dans l’histoire son geste musical. Leonard Bernstein réunit quatre solistes internationaux, des choristes de Bavière, de Berlin et de Dresde, des musiciens de Dresde, de Leningrad, de Londres, de New York et de Paris. Dans la salle du Schauspielhaus, à Berlin-Est, il dirige la 9ème symphonie de Beethoven. Le concert est transmis sur un écran géant, ainsi que par les télévisions de plus de vingt pays. Le message de ce concert est fortement symbolique : Leonard Bernstein modifie le texte de Schiller de l’Ode à la Joie, en remplaçant le mot Freude (joie) par Freiheit (liberté).
Nous voici à Berlin-Est, comme on disait, j’espère que ce terme appartient au passé maintenant qu’il n’y a plus de Mur. C’est la chose la plus merveilleuse qu’il me soit arrivée dans la vie, et lorsque les Allemands m’ont invité de venir pour Noël diriger la 9e de Beethoven avec les orchestres des deux côtés du Mur, j’ai saisi cette chance. Nos répétitions étaient merveilleuses, imprégnées d’une fraternité dans le sens profond du terme, cette fraternité dont respirent les vers de Schiller que Beethoven a mis en musique dans sa 9e symphonie :
Tous les hommes deviennent frères
Là où tes douces ailes reposent.
(Alle Menschen werden Brüder,
Wo dein sanfter Flügel weilt. )
Nous avons remplacé un mot de Schiller, un mot-clé, je l’avoue, le mot Freude, joie, à laquelle Schiller a dédié cette ode, et nous avons pris la liberté, guidés par des spéculations musicologiques du 19e siècle, selon lesquelles Schiller aurait écrit une ode à la liberté (Freiheit). Et donc, à chaque apparition du mot Freude, c’est le mot Freiheit qui le remplace, la liberté qui est en fait l’inspiration de quasiment tout l’opus de Beethoven, et notamment son opéra Fidélio, dont les thèmes sont l’injustice, l’emprisonnement et la libération. Le mot Freiheit résonne des milliers de fois dans cet opéra, et je l’ai toujours entendu résonner dans la 9e symphonie. Pourquoi ne pas le prononcer haut et fort précisément maintenant ?
Retrouvez Antécédent-Conséquent à Berlin.
Variations sur le concert donné par Leonard Bernstein à Berlin, quelques semaines après la chute du mur, dans l'émission Le mot du jour de Pierre Charvet du vendredi 6 novembre, à 8h50, et disponible à la réécoute.
Un mois avant la chute du Mur de Berlin qui survint dans la nuit du 9 novembre 1989, les festivités marquant le 40e anniversaire de la RDA provoquèrent une large mobilisation de contestation parmi la population.
Les manifestants ont investi les rues de plusieurs villes est-allemandes, un mouvement qui s’embrasera jusqu’à cette nuit froide de novembre, où s’écroulera tout un symbole : ce mur qui pendant 28 ans divisa les concitoyens, les familles, les destins.
Mais avant Berlin, cette ville divisée, qui deviendra le symbole d’une Allemagne réunifiée, c’est Leipzig qui écrira les premières lignes d’une histoire nouvelle. Le lundi 9 octobre 1989, quelques 70 000 manifestants se rassemblent et demandent des réformes et plus de liberté, la plus large mobilisation depuis le début des « manifestations du lundi », qui voient défiler depuis plusieurs semaines toujours plus de manifestants, en dépit des arrestations et de la répression.
Wir sind das Volk, disent les slogans, traduisant la détermination des citoyens assoiffés de liberté.