Giacinto Scelsi
Compositeur et poète italien
né le 8 janvier 1905 à La Spezia, mort le 9 août 1988 à Rome
" Un jour il me donna les clefs de sa musique. Il parlait de Léonin, de Pérotin, et sautant à pieds joints par dessus sept siècles de musique occidentale, il me dit reconnaître, là où tous saluent la naissance de l'art européen, le germe d'un intellectualisme qui ruinera à terme toute expression de la ferveur religieuse, l'instant où la musique meurt en oubliant sa voi(e)(x).Dès l'Ecole de Notre-Dame, quand notre musique sort de sa préhistoire grâce à la notation qui permet l'écriture polyphonique, elle devient pour lui un exercice intellectuel, profane, l'art d'organiser les notes ayant phagocyté la pratique spirituelle. Il ne voulait pas voir renaître un art sacré, une musique d'église, mais une conscience mystique de la sonorité. "
La musique du IIIe millénaire, portrait de Giacinto Scelsi
par Marc Texier, Musica Falsa n°1, 2, 3 et 4, Paris 1997-1998
l'intégralité du document sur le site de l'Ircam
Giacinto Scelsi révèle dès son enfance d'extraordinaires dons musicaux en improvisant librement au piano. Il étudie la composition à Rome avec Giacinto Sallustio tout en gardant son indépendance face au milieu musical de son époque. Pendant l'entre-deux-guerres et jusqu'au début des années 1950 il effectue de nombreux voyages en Afrique et en Orient ; il séjourne longuement à l'étranger, principalement en France et en Suisse. Il travaille à Genève avec Egon Koehler qui l'initie au système compositionnel de Scriabine et étudie le dodécaphonisme à Vienne en 1935-36 avec Walter Klein, élève de Schoenberg.
Scelsi traverse au cours des années 1940 une grave et longue crise personnelle et spirituelle de laquelle il sort, une dizaine d’années plus tard, animé d'une conception renouvelée de la vie et de la musique.
Dès lors, le son occupera le centre de sa pensée et il refusera pour sa part le nom de compositeur, se considérant uniquement comme une sorte de médium par lequel passent des messages en provenance d'une réalité transcendantale. Rentré à Rome en 1951-1952, il mène une vie solitaire dévolue à une recherche ascétique sur le son. Il s'intègre parallèlement au groupe romain Nuova Consonanza qui rassemble des compositeurs d'avant-garde comme Franco Evangelisti.
Avec les Quattro Pezzi su una nota sola (1959, pour orchestre de chambre) s'achèvent dix ans d'intense expérimentation sur le son ; les oeuvres de la maturité accomplissent ensuite une sorte de repli intérieur, vers la profondeur du son qui se trouvera désormais démultiplié, décomposé en ses infimes parties.
Suivent encore plus de vingt-cinq ans d'activité créatrice au cours desquelles la musique de Scelsi n'est que rarement jouée. Il faut attendre le mouvement de curiosité et d'admiration à son égard de la part de jeunes compositeurs français : Tristan Murail, Gérard Grisey et Michaël Levinas au cours des années 1970 et les Ferienkurse für Neue Musik de Darmstadt en 1982 pour voir son oeuvre reconnue au grand jour. Auteur d'essais d'esthétique, de poèmes – parmi lesquels quatre volumes publiés en français –, Giacinto Scelsi est mort le 9 août 1988. De vives polémiques ont éclaté en Italie peu après sa disparition au sujet de l'authenticité de son activité de compositeur.

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