Henri Dutilleux

Compositeur français de musique contemporaine

Né à Angers le 22 janvier 1916,
mort le 22 mai 2013


Compositeur français contemporain parmi les plus joués en France et à l’étranger. Symphoniste, à l’image de Mahler ou de Bruckner, il était l’un des rares compositeurs modernes français qui ne sembla "briser avec aucune tradition" (Jacques Amblard). Dans la continuité de l’ésthétique impressionniste, héritier de Claude Debussy, il a assuré un relais historique entre l’enrichissement harmonique de Debussy et Ravel et la musique spectrale des années 70 représentée entre autres par Tristan Murail ou Gérard Grisey.



SA VIE


Les années d’étude


Dès 1924, il entreprend des études musicales sous la direction de Victor Gallois : solfège, harmonie, piano, contrepoint, et occupe occasionnellement le pupitre des percussions dans l’orchestre du Conservatoire de Douai. En 1929, il compose sa première mélodie La Fleur, sur un poème de Charles-Hubert Millevoye. En 1932 : il quitte Douai pour Paris et s’inscrit en tant qu’auditeur dans la classe d’Henri Busser au Conservatoire de Paris. En 1933 : il intègre le Conservatoire dans la classe de Jean Gallon pour l’harmonie, de Noël Gallon pour le contrepoint et la fugue, d'Henri Busser pour la composition, de Philippe Gaubert pour la direction d’orchestre et de Maurice Emmanuel pour l’histoire de la musique.
1935-1938 : il obtient respectivement les premier prix d’harmonie, de contrepoint et fugue et le Premier Grand Prix de Rome pour sa cantate L’Anneau du Roi sur un poème d’Elise Vollène. Dutilleux arrive à Rome alors que l’Etat fasciste de Mussolini se fait très menaçant. Quatre mois après la déclaration de guerre de la France, il était rappelé et mobilisé en tant que brancardier jusqu’en 1940.


Les années 1940 : l'émancipation stylistique


1940-41 : Dutilleux gagne sa vie en accompagnant les chanteurs de l’Opéra, en donnant des leçons de piano et en composant des arrangements pour les cafés-concerts. Il compose en 1941 une Sarabande pour orchestre, créée par l’Orchestre Pasdeloup sous la direction de Claude Delvincourt. 1942 : il rencontre Geneviève Joy qui devient sa femme en 1946.
1943 : Dutilleux obtient son premier poste à Radio France, où il travaille pendant une vingtaine d’années. Il orchestre les 4 Mélodies pour baryton (ou mezzo-soprano) composées l’année précédente. Cette transcription était créée sous la direction d’Henri Tomasi le 14 décembre.
1944 : création de La Geôle pour baryton et orchestre, interprétée par Gérard Souzay et la Société des concerts du Conservatoire dirigé par André Cluytens.
17 janvier 1944 : première audition publique de la Sonatine pour flûte et piano, avec Dutilleux au piano et Gaston Crunelle à la flûte.
Dutilleux compose quatre œuvres pour servir de morceaux de concours lors des examens instrumentaux du Conservatoire :

  • > Sarabande et Cortège pour basson et piano (1942)
  • > Sonatine pour flûte et piano (1944)
  • > Sonate pour hautbois et piano (1947)
  • > Choral, cadence et fugato pour trombone et piano (1950)

30 avril 1948 : création de la Sonate pour piano, interprétée par Geneviève Joy, la dédicataire de l’œuvre.


En résumé...
Les compositions de ces années reflètent une certaine prudence dans le choix des genres, de l’harmonie, du contenu rythmique et stylistique et même plus largement dans les aspirations poétiques de la musique. Dutilleux réfléchit également beaucoup aux divers aspects de l’enseignement reçut au Conservatoire. Il veut explorer de nouveaux territoires, s’écarter des modèles de l’institution, aspiration partagée par les avant-gardistes tel Boulez, sans pour autant être aussi radicalement progressiste.
Mais l’influence du Conservatoire est néanmoins visible dans sa musique de chambre. Durant cette période, la forme sonate était très importante pour le compositeur. On trouve également du contrepoint baroque et divers types de pastiches (Au Gré des ondes, 1946). Son intérêt pour les procédés contrapuntiques provient non pas de la musique sérielle de ses contemporains, mais de son amour pour la polyphonie chorale de la Renaissance.


Les années 1950-1960 : Vers de nouvelles voies...


7 juin 1951 : création de la 1ère Symphonie à la Radiodiffusion Française par l’Orchestre National dirigé par Roger Désomière. Cette symphonie était jouée l’année suivante au Festival d’Aix-en-Provence, puis aux États-Unis sous la direction de Charles Munch.
17 mars 1953 : création du ballet Le Loup dans des décors de Jean Carzou, sur une chorégraphie de Roland Petit, sur la scène du Théâtre de l’Empire à Paris.
Il reçoit le Grand Prix du Portique, et de nombreux chefs d’orchestre et solistes montrent un intérêt croissant à l’égard du compositeur, ce qui entraîne davantage de concerts et de commandes.
11 décembre 1959 : création de la 2ème Symphonie à Boston, dirigée par Charles Munch.
1961 : Dutilleux est nommé professeur à l’Ecole Normale de Musique.
1963 : composition de San Fransisco Night, mélodie en hommage à Francis Poulenc décédé en janvier.
14 janvier 1965 : création des Métaboles à Cleveland par l’Orchestre de Cleveland sous la direction de George Szell. La première audition parisienne a lieu le 31 mai.
1966-1968 : Dutilleux reçoit le Grand Prix de l’Académie du Disque pour l’enregistrement de la 2ème Symphonie ; le premier Grand Prix National de la Musique pour l’ensemble de son œuvre et le Grand Prix du Président de la République pour l’enregistrement des Métaboles.


En résumé...
Ces années furent une époque de reconnaissance accrue. Cependant, Dutilleux est en marge du Domaine Musical, et des "attitudes dogmatiques et autoritaires". Boulez, dont l’influence orientait la politique culturelle française, lui tourna le dos lors de la création de la 1ère Symphonie, genre considéré par ses contemporains comme démodé.
Dutilleux découvre de nouvelles voies. Ses œuvres reflètent un monde sonore différent, fait de luminosité rugueuse et de sensualité glacée. Les innovations mesurées mais décisives dans le langage musical vont orienter les nombreuses années à venir. Il était également un compositeur réputé aux Etats-Unis. Même si cet idéal était toujours présent, Dutilleux n’utilise plus la symphonie, ni la sonate, la fugue ou la passacaille qui avaient été la base de sa musique.


A retenir
Le Domaine Musical
Association née en 1954 de la volonté de Jean-Louis Barrault et Pierre Boulez pour offrir aux jeunes compositeurs un cadre où ils puissent s'exprimer et nouer un contact avec un public qui ignore pratiquement tout des bouleversements que connaît la musique, car les organisations de concerts établies, déroutées par les théories nouvelles, n'inscrivaient pas ces compositeurs à leurs programmes. Le Domaine musical fera entendre en dix-neuf ans, de 1954 à 1973, plus de 450 œuvres d'une centaine de compositeurs différents.


Les années 1970-1980 : l'ombre de la maturité



25 juillet 1970 : création de Tout un monde lointain par son dédicataire, Mstislav Rostropovitch et l’Orchestre de Paris dirigé par Serge Baudo au Festival d’Aix-en-Provence. L’œuvre était un tel succès qu’elle était bissée dans son intégralité. Elle était imprégnée de l’univers baudelairien puisque Dutilleux commence à y travailler en même temps que le projet (avorté) de commémoration du centième anniversaire de la mort du poète.
Nommé professeur associé de composition au Conservatoire de Paris, il n’occupera ce poste qu’un an.
17 décembre 1970 : création des deux premières Figures de Résonance pour deux pianos, par Geneviève Joy et Jacqueline Robin.
1973-1974 : il était élu membre associé de l’Académie Royale de Belgique et reçoit le Grand Prix de la Ville de Paris.
1976 : création d’un Hommage à Paul Sacher pour violoncelle seul par Rostropovitch.
6 janvier 1977 : création d’Ainsi la Nuit pour quatuor à cordes.
29 janvier 1977 : création des 4 Figures de Résonance par Geneviève Joy et Jacqueline Robin.
7 novembre 1978 : création de Timbres, Espace, Mouvement ou la Nuit étoilée à Washington par l’Orchestre de Washington sous la direction de Rostropovitch.
28 avril 1982 : création des 3 Strophes sur le nom de Sacher à Bâle par Rostropovitch.
1985 : création de l’Arbre des Songes, concerto pour violon et orchestre commandé par l’Orchestre National de France sous la direction de Lorin Maazel et interprété par Isaac Stern.
1987 : Mini-Prélude en éventail pour piano, demandé par le magazine "Le monde de la musique".
1989 : Mystère de l’Instant pour orchestre, commandé par Paul Sacher pour le Collegium Musicum de Zurich.
1985-1990 : Les Citations, dyptique pour hautbois, clavecin, contrebasse et percussions.


En résumé...
Cette période est marquée par une teinte plus sombre, comme en témoignent plusieurs titres nocturnes ainsi que plusieurs aspects du langage musical de ces œuvres.
"Par le jeu des timbres, je me suis efforcé de créer une impression de large espace qui m’a été suggéré par l’extraordinaire peinture visionnaire qu’était la Nuit Etoilée de Vincent Van Gogh" (Dutilleux).
Dans les années 1980, sa réputation prend une dimension mondiale. Les concerts et les enregistrements se multiplient, et le compositeur était de plus en plus sollicité à l’occasion de concerts et de festivals à travers le monde. Mais de telles manifestations l’éloignent de la composition, activité à laquelle il souhaite se consacrer entièrement.


Depuis 1990


1997 : The Shadows of Time, commande du Boston Symphony Orchestra, dirigé par Seiji Ozawa. Cette œuvre allie une dimension humanitaire et l’apparition de la voix humaine. Trois enfants entonnent un simple chant, modal, solennel, à l’opposé des feux d’artifices d’une voix brillante et virtuose.
2002 : Sur le même accord, nocturne pour violon et orchestre dédié à Anne-Sophie Mutter.
2003 : Correspondances pour voix et orchestre, commandé par l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Sir Simon Rattle.
2007 et 2009 : Le Temps l’horloge pour voix et orchestre, sur des textes de Jean Tardieu et Robert Desnos, commandé par l’Orchestre Symphonique de Boston, de l’Orchestre National de France et du Festival Saito Kinen. Œuvre dirigé par Seiji Ozawa et dédiée à Renée Fleming.



OEUVRES



repères historiques

• 1917 Satie: Parade à Paris, scandale
• 1918 Groupe des Six
• 1926 Berg: Suite lyrique: le dodécaphonisme
• 1928 Weill: Opera de Quat'sous
• 1931 Varèse: Ionisation
• 1935 La femme silencieuse de Strauss interdit à Dresde
• 1936 facture des premieres guitares electriques
• 1937 Berg: Lulu
• 1940 Messiaen: Quatuor pour la fin du temps
• 1944 Copland: Appalachian Spring
• 1945 Boulez : Trois psalmodies
• 1935 mort de Berg
• 1935 Gershwin: Porgy and Bess
• 1936 facture des premières guitares électriques
• 1937 Berg Lulu
• 1938 mort de Ravel
• 1944 Tippett A Child of our time, oratorio, Londres
• 1945 Webern tué par erreur
• 1948 P. Schaeffer: Études de bruits
• 1948 P. Schaeffer: Etudes de bruits (Musique concrète)
• 1951 mort de Schonberg
• 1951 Stockhausen: Kreuzspiel; scandale
• 1953 Le Marteau sans maitre de Boulez
• 1954 Création à Paris de Déserts de Varèse ; scandale
• 1954 Stockhausen publie Etudes II, première musique électronique
• 1960 La Monte Young Composition 1960#7
• 1961 Ligeti: Atmospheres
• 1962 Britten War Requiem
• 1962 Chostakovitch: Trezieme symmphonie à Moscou: scandale
• 1965 Zimmermann: Soldaten
• 1966 Penderecki: Passion selon St. Luc
• 1967 Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band de Beatles
• 1967 Stockhausen Hymnen
• 1968 L. Dallapiccola: Ulisse
• 1968 Scelsi: Okanagon
• 1968 Berio: Sinfonia
• 1969 Woodstock
• 1971 mort de Stravinski
• 1972 Boulez: ...Explosante/Fixe…
• 1976 Glass Einstein on the Beach
• 1974 Henze: Tristan à Londres
• 1976 Glass: Einstein on the Beach
• 1975 mort de Chostakovitch
• 1978 Ligeti: Le Grand Macabre à Stockholm
• 1979 première représentation intégrale de Lulu de Berg à Paris
• 1981 Boulez: Repons
• 1983 Messiaen: Saint François d'Assise
• 1985 le disque compact arrive sur le marché

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